Le laboratoire danois Novo Nordisk prépare le lancement européen de la version orale du Wegovy, déjà commercialisée aux États-Unis, afin d'élargir l'accès aux traitements anti-obésité au-delà des seuls patients acceptant les injections hebdomadaires. Ce développement intervient dans un marché mondial estimé à près de 100 milliards de dollars à l'horizon 2030, alors que la progression de l'obésité en France suscite l'inquiétude durable des associations de patients.
Comme le rapporte une enquête de Paris Match publiée le 31 octobre 2026, les comprimés sont développés, produits et conditionnés dans le centre de recherche de Novo à Malov, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Copenhague, où des millions d'unités sortent chaque semaine des chaînes de production.
Un succès thérapeutique devenu phénomène économique
Le Wegovy oral est la déclinaison en comprimé quotidien du traitement injectable homonyme, lui-même fondé sur le sémaglutide, principe actif commun avec l'Ozempic. Cette molécule, dont le développement s'appuie sur les travaux menés depuis les années 1990 par la chercheuse Lotte Bjerre Knudsen, imite l'action de l'hormone intestinale GLP-1, qui régule la glycémie et l'appétit.
Les résultats cliniques sont inédits dans le champ de l'obésité et du diabète de type 2. « Il n'y avait jamais eu de médicament qui permettait de telles pertes de poids », a indiqué à Paris Match le Pr Jean-Michel Oppert, chef du service de nutrition de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, qui parle d'une « transformation majeure ». Les effets secondaires, nausées, vomissements, diarrhées ou constipation, touchent toutefois 30 % à 40 % des patients. « Ces troubles sont généralement sans gravité mais suffisamment fréquents pour rappeler que ce n'est pas anodin. Globalement, le profil de sécurité est plutôt rassurant », a précisé le professeur.
Le retentissement économique dépasse largement le secteur pharmaceutique. En 2024, l'Ozempic a rapporté à lui seul 16 milliards d'euros et est devenu le deuxième médicament le plus vendu dans le monde. La capitalisation boursière de Novo a dépassé 550 milliards d'euros durant l'été, davantage que le produit intérieur brut du Danemark, faisant du laboratoire la première valeur cotée d'Europe. Aux États-Unis, la diffusion massive de ces traitements remodèle des pans entiers de la consommation : les ménages réduisent leurs dépenses dans la restauration rapide, les restaurateurs ajustent leurs menus et les enseignes de prêt-à-porter constatent un recul de la demande en grandes tailles. Selon la banque Jefferies, une baisse de 10 % du poids moyen des passagers permettrait aux compagnies aériennes d'économiser 580 millions de dollars de kérosène par an.
La concurrence d'Eli Lilly rebat les cartes
Cette dynamique n'a pas épargné au laboratoire danois les revers de la concurrence. Le groupe américain Eli Lilly, avec lequel l'affrontement se jouait naguère sur le terrain de l'insuline, a lancé le Mounjaro en 2022 puis le Zepbound en 2023, et grignote progressivement les parts de marché de son rival. En septembre 2025, Novo a annoncé la suppression de 9 000 postes dans le monde, soit 11 % de ses effectifs.
« Nous avons abordé l'obésité sous l'angle de la santé et notre concurrent a compris que le marché était davantage prêt à entendre parler de perte de poids », a reconnu le directeur général du groupe, Maziar Mike Doustdar, alors que le Mounjaro s'est hissé en tête des médicaments les plus vendus au monde.
La version orale du Wegovy constitue la réponse de Novo à ce rééquilibrage. Le traitement n'est pas sans contraintes d'usage : il se prend à jeun et impose d'attendre une demi-heure avant de boire ou de manger. Eli Lilly a emboîté le pas avec son propre traitement anti-obésité oral, le Foundayo, autorisé aux États-Unis et doté d'un avis favorable de l'Agence européenne des médicaments. La concurrence se déplace désormais des injections vers les comprimés.
Obésité en France : quelles conséquences pour la politique de santé ?
L'enjeu dépasse la rivalité entre laboratoires. Anne-Sophie Joly, présidente du Collectif national des associations d'obèses (CNAO), alerte depuis vingt-six ans les autorités sur ce qu'elle décrit comme la « progression catastrophique » de l'obésité en France. Elle évoque les humiliations subies par les malades, les refus de soin, voire la réticence de certains professionnels de santé à l'idée qu'un patient obèse puisse endommager « leur table d'examen à 100 000 euros ». L'essor de cet arsenal thérapeutique lui donne toutefois des raisons d'espérer.
« Ces médicaments, c'est très clairement une révolution. Et aussi une façon d'être véritablement considéré en tant que patient », a-t-elle déclaré à Paris Match.
Cette révolution thérapeutique n'exonère cependant pas la puissance publique de ses responsabilités en matière de prévention. « La prise en charge de l'obésité ne peut pas se résumer à un médicament », prévient le Pr Oppert, rappelant que le traitement ne s'attaque pas aux causes profondes de la maladie et que son interruption s'accompagne souvent d'une reprise de poids. La présidente du CNAO redoute par ailleurs que ces comprimés ne se dissolvent dans une nouvelle injonction sociale à la minceur. « Le but n'est pas de rentrer dans la robe de Marilyn, avertit-elle, mais de retrouver ses propres repères. »
Pour les décideurs publics français et européens, l'arrivée de ces traitements oraux ouvre un chantier d'ampleur : encadrer la prescription, garantir un accès équitable aux patients dont l'obésité constitue une pathologie et non un choix esthétique, et maintenir l'effort de prévention qui demeure, selon les professionnels interrogés, la condition d'une prise en charge durable. À Malov, les chaînes de production, elles, tournent déjà à pleine cadence.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Wegovy oral ?
Il s'agit d'une déclinaison en comprimé quotidien du traitement anti-obésité injectable Wegovy, développée par le laboratoire danois Novo Nordisk et déjà commercialisée aux États-Unis.
Quel est le principe actif du Wegovy et de l'Ozempic ?
Les deux médicaments reposent sur le sémaglutide, une molécule qui imite l'action de l'hormone intestinale GLP-1 et régule la glycémie et l'appétit.
Quels sont les effets secondaires de ces traitements ?
Des troubles digestifs, nausées, vomissements, diarrhées ou constipation, touchent 30 % à 40 % des patients, selon le Pr Jean-Michel Oppert, qui juge le profil de sécurité globalement rassurant.
Quelle est la taille du marché mondial de l'obésité ?
Le marché est estimé à près de 100 milliards de dollars à l'horizon 2030, selon les données rapportées par Paris Match.
