Le Musée national de l'histoire de l'immigration ouvre le 30 octobre 2026 à Paris une exposition consacrée à la contribution des cinéastes maghrébins et d'origine maghrébine au septième art français. Intitulée « Une histoire du cinéma français. Héritages maghrébins », elle est présentée jusqu'au 21 mars 2027.
Commissaire de l'exposition, Clémentine Deroudille décrit dans un entretien accordé à RFI un pan entier de l'histoire culturelle française resté largement méconnu, des Indépendances des années 1960 jusqu'à la génération actuelle des César et des Palmes d'or.
Retisser des fils oubliés
« Il s'agit de retisser des fils et de raconter une histoire du cinéma français qui n'avait jamais véritablement été racontée », explique la commissaire. L'exposition retrace comment l'immigration maghrébine a façonné et transformé le cinéma national : nouveaux acteurs, nouveaux récits, nouveaux décors.
Le parcours débute avec « Mektoub », d'Ali Ghalem, premier long métrage présenté et restauré à cette occasion. Ce film, longtemps disparu des archives, a exercé une influence déterminante sur plusieurs générations de réalisateurs. Rachid Bouchareb l'a découvert au Quartier latin ; Abdellatif Kechiche a intitulé plusieurs de ses films « Maktoub » en hommage à Ali Ghalem ; Mehdi Charef y a trouvé la source du « Théorème d'Archimède », premier film à entrer dans les familles d'origine maghrébine et à porter à l'écran des récits inédits.
« La vivacité de ce cinéma ne serait pas celle qu'elle est aujourd'hui sans toutes ces figures pionnières », estime Clémentine Deroudille.
Des « films bascule » qui ont changé la société
L'exposition s'ouvre sur « Indigènes » de Rachid Bouchareb, dont 2026 marque le vingtième anniversaire. Ce film a révélé l'apport des soldats algériens, marocains et tunisiens dans l'armée française pendant la Seconde Guerre mondiale, puis le drame de leurs pensions jamais versées. À sa sortie, le président Jacques Chirac a fait adopter en Conseil des ministres une loi révisant ces pensions.
Autre bascule citée par la commissaire : « Taxi », vu par dix millions de spectateurs, qui a offert pour la première fois un premier rôle à un acteur d'origine maghrébine, Samy Naceri, aux côtés de Sami Bouajila.
Le cinéma a aussi permis de réparer des silences historiques. Le documentaire « Octobre à Paris » de Jacques Panigel, tourné en 1962 après la répression sanglante de la manifestation du 17 octobre 1961, n'a obtenu son visa d'exploitation qu'en 1973, après une grève de la faim de René Vautier. Selon RFI, la manifestation pacifique contre un couvre-feu visant les seuls « Français musulmans d'Algérie » a entraîné plus de 12 000 arrestations et au moins 150 Algériens tués.
Plus récemment, « Nos frangins » de Rachid Bouchareb a fait entrer dans les mémoires collectives l'histoire d'Abdel Benyahia, jeune homme d'origine maghrébine assassiné le même soir que Malik Oussekine en décembre 1986.
La place des femmes et les filiations
Hafsia Herzi signe l'affiche de l'exposition avec « La petite dernière ». Révélée par « La Graine et le mulet » d'Abdellatif Kechiche, devenue réalisatrice avec notamment « Bonne Mère », elle siège aujourd'hui au conseil d'administration de la Cinémathèque française.
Le parcours met en lumière les filiations entre générations : de Mohamed Zinet, figure assignée à des rôles stéréotypés dans les années 1970 et 1980, à Roschdy Zem, Reda Kateb ou Leïla Bekhti, que la commissaire décrit comme des acteurs français jouant tous les rôles, sans plus être définis par leur origine. Un mur des César et des Palmes d'or réunit Camélia Jordana, Sami Bouajila, Rachida Brakni et Hafsia Herzi.
La commissaire indique que le choix a été fait de ne pas traiter du cinéma colonial, qui mériterait selon elle une exposition à part entière, pour privilégier des cinéastes maghrébins filmant « avec » et non « sur ».
Questions fréquentes
Où et quand se tient l'exposition « Une histoire du cinéma français. Héritages maghrébins » ?
Au Musée national de l'histoire de l'immigration, à Paris, du 30 octobre 2026 au 21 mars 2027.
Quel est le film qui ouvre l'exposition ?
« Indigènes » de Rachid Bouchareb, dont 2026 marque le vingtième anniversaire. Sa projection a conduit à la révision des pensions des soldats coloniaux par la loi adoptée sous la présidence de Jacques Chirac.
Pourquoi l'exposition parle-t-elle d'héritages « méconnus » ?
Parce que de nombreux films, comme « Mektoub » d'Ali Ghalem, avaient disparu faute d'archivage et de conservation, et que leur influence sur les générations suivantes de cinéastes n'avait jamais été documentée.
