Le déstockage des réserves stratégiques de gazole, engagé par le gouvernement le 12 octobre, provoque une baisse du prix à la pompe dont les stations-service indépendantes pourraient être les premières victimes. Selon RMC, la profession alerte, ce dimanche 1ᵉʳ novembre, sur la possible disparition de 250 à 300 stations-service indépendantes en France d'ici un an.
L'alerte émane de Stéphane Decome, vice-président de la branche stations-service du réseau Mobilians, invité sur RMC. Alors que le gouvernement a mis à disposition des distributeurs jusqu'à 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques, le représentant de la profession soulève un paradoxe : les indépendants, pourtant promis à un accès prioritaire au produit détaxé, seraient les derniers à en bénéficier.
Une baisse du prix à la pompe qui pénalise les indépendants
Le dispositif gouvernemental a permis une baisse rapide et visible du prix du gazole. TotalEnergies a plafonné ses prix et E. Leclerc a annoncé samedi une baisse de 21 centimes par litre dans ses 742 stations-service, dépassant la fourchette de 12 à 18 centimes envisagée par l'exécutif. Une bonne nouvelle pour les automobilistes, mais un facteur de tension pour les stations indépendantes, moins à même d'absorber le coût de la mesure.
« On nous avait promis un déclenchement des stocks stratégiques en priorisant les stations plutôt rurales, indépendantes. Cependant, dans les faits, ça ne se produit pas, on peut considérer qu'on sera encore les derniers à bénéficier de ce produit détaxé », déplore Stéphane Decome sur RMC. « Ça crée des difficultés chez des stations qui sont déjà en grande difficulté », ajoute-t-il.
Le représentant de Mobilians précise que certaines stations indépendantes ne pourraient afficher des prix plus bas que mardi, soit trois jours après les stations TotalAccess et deux jours après celles de la grande distribution. « Même si des dispositifs ont été mis en place par le gouvernement avec un prêt à taux zéro, très peu de stations sont en mesure de pouvoir faire une avance sur le prix », explique-t-il. Il estime la baisse possible du prix à la pompe « difficile à quantifier », mais la situe « entre 12 et 18 centimes par litre », selon les distributeurs auprès desquels les approvisionnements sont effectués.
Un « marché déséquilibré » selon la profession
Stéphane Decome salue l'action de TotalEnergies, « une entreprise privée qui fait le nécessaire », mais souligne que cette concurrence crée un « marché déséquilibré sur lequel on ne peut pas suivre ». L'entreprise pétrogazière française a par ailleurs annoncé jeudi un bénéfice net record de 8,3 milliards de dollars pour le troisième trimestre, contre 3,7 milliards de dollars sur la même période en 2025, et s'est montrée optimiste pour les mois à venir auprès de ses investisseurs.
C'est dans ce contexte que le vice-président de la branche stations-service de Mobilians alerte sur la disparition possible, « d'ici un an, entre 250 et 300 stations-service » indépendantes en France, en raison du déstockage des réserves stratégiques et d'éventuels autres dispositifs successifs. Selon la presse reprise par RMC, cette estimation constitue le principal cri d'alarme de la profession.
Le gouvernement avait annoncé la mesure le 12 octobre
Rappelons que le gouvernement avait annoncé, le 12 octobre, mettre à disposition des distributeurs, jusqu'à fin janvier et au prorata de leur part de marché en 2025, dix millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques. Ces stocks, achetés avant la guerre au Moyen-Orient, sont cédés à 0,28 euro le litre, contre environ 1,10 euro sur le marché à la mi-octobre, selon Matignon. Un arrêté oblige par ailleurs les stations à afficher « de manière claire » le montant de la baisse.
Ce dispositif, destiné à soulager le pouvoir d'achat des automobilistes, s'inscrit dans un contexte de hausse des prix des carburants liée au conflit au Moyen-Orient. Il traduit la volonté de l'exécutif d'agir sur les prix sans recourir à une nouvelle baisse de taxes, tout en mobilisant un outil de régulation disponible : les réserves stratégiques nationales.
Un enjeu de proximité et d'aménagement du territoire
Au-delà de la question des prix, Stéphane Decome insiste sur la dimension territoriale du dossier. « On entend tous les candidats à l'élection qui parlent de ruralité mais c'est le moment de s'en soucier parce qu'une station-service, c'est un commerce de proximité. C'est encore un éloignement d'une certaine population qui n'aura pas accès à boulangerie, etc. », expose-t-il.
Cet argument renvoie à un débat récurrent sur l'aménagement du territoire et l'accès aux services en zone rurale. La disparition de stations-service indépendantes, souvent présentes dans les communes peu denses, réduirait l'offre de proximité pour les automobilistes qui n'ont pas d'alternative à la voiture. C'est un enjeu de cohésion territoriale, au-delà de la seule concurrence entre réseaux de distribution.
La profession appelle donc à un suivi attentif de la mise en œuvre du dispositif, afin que les stations indépendantes, et notamment rurales, bénéficient effectivement du produit détaxé dans des délais comparables à ceux des grands réseaux. La suite dépendra de l'application concrète du déstockage dans les semaines à venir, et de la capacité des indépendants à répercuter rapidement la baisse sur leurs prix, malgré des trésoreries souvent fragiles.
Questions fréquentes
Combien de stations-service indépendantes risquent de disparaître ?
Entre 250 et 300 stations-service indépendantes pourraient fermer d'ici un an, selon Stéphane Decome, vice-président de la branche stations-service du réseau Mobilians, cité par RMC.
Quelle baisse du prix du gazole attendre à la pompe ?
La profession évoque une baisse difficile à quantifier, comprise entre 12 et 18 centimes par litre selon les distributeurs. E. Leclerc a annoncé une baisse de 21 centimes par litre dans ses 742 stations.
Quand les stations indépendantes baisseront-elles leurs prix ?
Certaines stations indépendantes pourraient afficher des prix plus bas dès mardi, soit trois jours après les stations TotalAccess et deux jours après celles de la grande distribution, selon la profession.
