Le départ de la Route du Rhum Destination Guadeloupe sera donné dimanche à 13 h 02 devant Saint-Malo, avec 115 bateaux engagés. Franck Cammas, vainqueur de la course en Ultime en 2010 et aujourd'hui routeur de Tom Laperche sur le SVR Lazartigue, dépeint un début de parcours maîtrisable mais une première nuit exigeante, marquée par un vent d'est qui forcira jusqu'à 25 ou 28 nœuds en mer d'Irlande.
C'est ce que rapporte Le Télégramme, qui a recueilli l'analyse du navigateur à quelques heures du coup d'envoi. Son diagnostic météorologique éclaire les choix tactiques qui structureront les premières heures de la transatlantique en sol.
Un départ lent mais sous surveillance
Le peu de vent annoncé sur la ligne de départ constitue, paradoxalement, une donnée plutôt favorable à la sécurité. « Il n'y aura pas beaucoup de vent, ça c'est positif », explique Franck Cammas, qui précise que la lenteur des bateaux réduit mécaniquement les risques d'abordage. Les flottes, bien séparées au départ, devraient toutefois se concentrer à l'approche de la ligne.
Le parcours côtier impose quatre manœuvres en deux heures, un rythme soutenu pour des Ultimes de 32 mètres. Les skippers devront empanner pour rejoindre le cap Fréhel, passer sous les éoliennes sur un bord de reaching, puis répéter l'exercice pour sortir vers l'île de Bréhat. « Ce bord-là est un peu complexe parce que ce n'est pas tout à fait du portant », souligne le routeur, qui anticipate des changements de voiles d'avant au cap Fréhel, une manœuvre qu'il qualifie de « un peu tendue ».
Le cap Fréhel agira comme un entonnoir : les concurrents doivent franchir un passage balisé de 900 mètres seulement. Les Ocean Fifty, plus manœuvrants, s'y retrouveront au milieu des Ultimes, avec des manœuvres que Franck Cammas juge « un peu dégradées ».
Quels dangers pendant la première nuit ?
La sortie de la Manche concentre les difficultés. Au sortir de Bréhat, les skippers longeront le dispositif de séparation du trafic (DST) et croiseront les cargos. « Il faut qu'ils comprennent qu'on est en course, qu'on ne peut pas changer de route », insiste Franck Cammas, qui recommande la plus grande prudence. Les voiliers seront en vol, ce qui constitue un premier danger technique et physique.
Les îles Scilly apporteront une zone de vent faible, conséquence du dévent de la Cornouaille anglaise sous un flux d'est. Une petite houle attendra les concurrents au sortir de la Manche. Dès la mer d'Irlande, les premières options stratégiques se dessineront, autour du timing de l'empannage et de la gestion d'un vent qui forcira sérieusement.
« Ça va être une zone incertaine qui va être difficile pour les marins parce que le bateau va être un peu dangereux et, en même temps, ça ne dure que trois heures », résume le vainqueur 2010. La consigne est à la retenue : on ne gagne pas la course dans cette portion, mais on peut tout perdre en cassant du matériel. La première manœuvre sérieuse interviendra de nuit, en mer d'Irlande.
Vers le nord des Açores à 40 nœuds
Après l'empannage d'Irlande, le parcours devient une grande ligne droite vers le nord de l'archipel des Açores. Les Ultimes y avanceront à 40 nœuds de moyenne, avec une nouvelle réduction de toile à prévoir en fin de nuit lors de la rotation du vent. « Le départ va être assez cool mais la nuit sera intense », résume Franck Cammas, qui estime que les skippers dormiront peu avant d'atteindre les Açores dans la nuit de lundi à mardi.
Un front barrera ensuite la route. « Plus on arrive tôt, mieux ça passe », note le routeur : le système, peu étendu, reste très instable, avec une transition d'un vent de sud à un vent de nord, entrecoupée de pluie et de calme. Le retour du vent, brutale mais limitée à 25 nœuds, imposera de naviguer avec peu de toile pendant la période faible.
Des alizés absents et une option occidentale discutée
L'absence d'alizés sur ce bord constitue l'anomalie majeure de cette édition. Le portant qui suivra les Açores s'annoncera instable, avec des vents de 25 à 30 nœuds et des bourraques dangereuses pour les multicoques. Une option plus radicale, consistant à partir à l'ouest à près de 45 degrés du vent, rapprocherait les skippers « plus de Terre-Neuve que des Bermudes », plaisante Franck Cammas. L'investissement en milles reste à arbitrer au cas par cas.
La transatlantique, qui relie Saint-Malo à Pointe-à-Pitre tous les quatre ans, reste la course en sol la plus suivie du monde nautique. Les choix météorologiques des premières heures, entre prudence et performance, dessineront déjà la hiérarchie de la flotte des Ultimes.
Questions fréquentes
Quand part la Route du Rhum 2026 ?
Le départ est donné dimanche à 13 h 02, avec 115 bateaux engagés au large de Saint-Malo, vers la Guadeloupe.
Quels vents sont annoncés après le départ ?
Peu de vent sur la ligne de départ, puis un flux d'est qui forcira jusqu'à 25 à 28 nœuds, voire 30, en mer d'Irlande et au-delà des Açores.
Qui est Franck Cammas dans cette course ?
Vainqueur de la Route du Rhum en Ultime en 2010, il assure cette année le routage météorologique de Tom Laperche sur l'Ultime SVR Lazartigue.
