La rentrée des vacances de la Toussaint s'est ouverte lundi 2 novembre sous tension dans plusieurs académies. Des lycées ont été bloqués à l'appel des organisations lycéennes et étudiantes, qui entendent poursuivre un mouvement engagé depuis la mi-septembre, malgré les concessions annoncées par le gouvernement.
Sur France Inter, le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray a toutefois minimisé l'ampleur des perturbations. « On était ce matin sur quelques lycées perturbés, c'est a priori assez résiduel, quelques-uns en Île-de-France, quelques-uns dans le Nord, un ou deux à Toulouse », a-t-il déclaré, selon des informations rapportées par BFMTV.
Une reprise sélective du mouvement
À Marseille, l'entrée du lycée Montgrand a été obstruée par plusieurs bennes à ordures empilées devant les grilles. Selon des lycéens militants interrogés par l'AFP, environ sept établissements sur les quelque 75 que compte la ville étaient bloqués lundi matin.
« On a repris le mouvement parce qu'on nous a soi-disant apporté des réponses, mais qui ne conviennent pas du tout », a expliqué à l'AFP Meriem, lycéenne de 16 ans. À Toulouse, les installations de blocage ont été remontées devant le lycée Berthelot, tandis que les élèves affluaient devant le lycée des Arènes.
« Ce n'est pas deux annonces du gouvernement qui seront périmées dans quelques mois qui vont arrêter le mouvement », a estimé Anton, 17 ans, joint par l'AFP. « On demande des choses concrètes plutôt que de la démagogie », a ajouté Camille, également âgée de 17 ans.
Quelles mesures le gouvernement a-t-il annoncées ?
Lundi dernier, le ministre de l'Éducation nationale et le ministre de l'Enseignement supérieur ont dévoilé une série de mesures destinées à apaiser le mouvement. Le gouvernement s'est engagé sur le remplacement progressif de Parcoursup d'ici 2028, l'annulation des suppressions de postes prévues dans l'Éducation nationale et la création de 500 postes supplémentaires.
Les annonces comprennent également un plafonnement à 28 élèves par classe de seconde et 15 000 places supplémentaires dans l'enseignement supérieur. Selon Matignon, le Premier ministre a en outre demandé au ministre de l'Éducation de veiller à ce qu'une réponse soit apportée aux 200 lycées les plus en difficulté recensés sur la plateforme de concertation, dans le prolongement de la réunion interministérielle organisée jeudi avec les régions et les lycéens.
« Le temps d'un retour en classe est venu », a estimé dimanche l'entourage du président Emmanuel Macron auprès de la presse, tout en reconnaissant que « ce genre de mouvement ne se termine jamais de manière absolument nette ».
La question de la continuité pédagogique
Le ministre a exprimé une préoccupation partagée par une partie de la communauté éducative. « La priorité absolue, c'est que les élèves puissent aller en cours. Moi, j'ai des élèves qui passent le baccalauréat à la fin de l'année, qui pour plusieurs centaines de milliers d'entre eux n'ont pas eu cours depuis 4 ou 5 semaines », a prévenu Édouard Geffray, estimant que « l'année scolaire est maintenant en risque ».
Sur le terrain, la lassitude gagne certains élèves. « Je soutiens le mouvement et les revendications, mais là c'est chaud, ça fait un mois qu'on n'a pas eu cours », a témoigné un élève de seconde de 14 ans devant le lycée des Arènes.
Les chefs d'établissement partagent cette vigilance. « Personne ne sait à quoi s'attendre, tout le monde est un peu sur le qui-vive », a confié à l'AFP Agnès Andersen, secrétaire générale du syndicat de chefs d'établissement ID-FO. « La profession a terminé sur les rotules juste avant les vacances », a déclaré vendredi sur RMC Carole Zerbib, proviseure du lycée Vauquelin à Paris et membre de l'exécutif du SNPDEN-Unsa.
La Direction nationale de la sécurité publique a indiqué, dans un message consulté par l'AFP, un renforcement des effectifs policiers pour sécuriser les établissements scolaires après les violences observées lors des précédentes mobilisations.
Une mobilisation que les organisations estiment toujours vive
Les organisations de jeunesse jugent les annonces gouvernementales insuffisantes, tout en y voyant un « premier pas ». « Même si ce n'est pas satisfaisant, c'est quand même des vraies choses, ce sont des premières réussites, ça montre que la mobilisation fonctionne », a assuré à l'AFP Marius Mesnil, co-secrétaire général de l'Union des lycéens, qui s'attend « à beaucoup de blocus ».
« La colère continue. On ne sent pas du tout un essoufflement », a renchéri Coppélia Moreau, membre d'Interfac Île-de-France, collectif regroupant des étudiants d'assemblées générales d'universités. Une nouvelle manifestation parisienne est prévue mardi, entre le Panthéon et le siège du Medef.
L'intersyndicale réunissant l'USL, l'Unef, la Fage et l'Union étudiante réclame notamment un investissement de 10 milliards d'euros dans l'éducation et l'enseignement supérieur, ainsi que l'abrogation de Parcoursup. « C'est très simple, si le gouvernement annonce que nos revendications seront écoutées, on retourne en cours », a résumé Marius Mesnil.
Questions fréquentes
Combien de lycées ont été bloqués le 2 novembre ?
Le ministre Édouard Geffray a qualifié les perturbations d'« assez résiduelles », citant quelques établissements en Île-de-France, dans le Nord et un ou deux à Toulouse ; à Marseille, environ sept établissements sur 75 étaient bloqués selon des lycéens militants.
Quelles sont les revendications des organisations lycéennes et étudiantes ?
L'intersyndicale réclame notamment un investissement de 10 milliards d'euros dans l'éducation et l'enseignement supérieur, l'abrogation de Parcoursup et des mesures concrètes sur les conditions d'études.
Quelles concessions le gouvernement a-t-il accordées ?
Le gouvernement a annoncé le remplacement progressif de Parcoursup d'ici 2028, l'annulation des suppressions de postes, la création de 500 postes, un plafonnement à 28 élèves par classe de seconde et 15 000 places supplémentaires dans l'enseignement supérieur.
