Les États-Unis ont enregistré, depuis le début de l'année 2026, plus de 5 000 cas de rougeole, un niveau jamais atteint depuis trente-cinq ans pour cette maladie grave et hautement contagieuse. Selon un décompte des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) publié vendredi 6 novembre, 5 182 cas confirmés ont été recensés à travers le pays depuis le 1er janvier, et huit décès, touchant notamment de très jeunes enfants, ont été rapportés par les autorités sanitaires de plusieurs États américains.
L'épidémie, d'une ampleur inédite depuis 1991, s'est déclarée en 2025 au Texas et demeure loin d'être contenue. Elle s'inscrit dans un contexte de recul de la couverture vaccinale et de défiance croissante envers les autorités sanitaires, un phénomène qui s'est accentué depuis la pandémie de Covid-19, comme le rapporte SudOuest.fr.
Un statut d'élimination menacé
La rougeole avait été déclarée éliminée aux États-Unis en 2000 grâce à la vaccination. Ce statut, acquis après des décennies d'efforts de santé publique, pourrait toutefois être remis en cause dès la semaine prochaine : l'Organisation panaméricaine de la santé (PAHO), branche régionale de l'Organisation mondiale de la santé, doit réévaluer le classement du pays, et les experts s'attendent à ce que les États-Unis perdent leur statut de nation ayant éliminé la rougeole.
Une telle décision constituerait un signal fort pour les politiques de prévention au-delà du seul continent américain. Elle rappelle que les acquis sanitaires les plus solides demeurent réversibles dès lors que la confiance dans les instruments de prévention, au premier rang desquels les vaccins, s'érode. Le Monde relève que ce retour de la rougeole s'inscrit dans une tendance de fond liée à la baisse de la vaccination.
Le bilan global de l'épidémie reste difficile à établir avec précision. Depuis l'an passé, plus de 7 000 cas et 11 décès ont été enregistrés dans plus de 45 États américains, selon plusieurs experts qui estiment ces chiffres très largement sous-évalués.
« Il y a probablement au moins 10 000 cas dans le pays », assure Paul Offit, pédiatre infectiologue en Pennsylvanie, l'un des États les plus durement touchés par l'épidémie.
Des dérogations vaccinales en forte hausse
La quasi-totalité des personnes infectées était non vaccinée, selon les données des CDC. Le vaccin contre la rougeole est pourtant obligatoire aux États-Unis, mais une grande partie du territoire autorise des exemptions pour des raisons religieuses, voire parfois philosophiques. Or, ces dérogations ont fortement progressé depuis la pandémie de Covid-19, dans un environnement marqué par l'expansion de la désinformation vaccinale.
« C'est tragique et cela aurait pu être totalement évité », déplore Adam Ratner, pédiatre américain spécialiste en maladies infectieuses, qui regrette que cette crise sanitaire ne fasse pas « les grands titres » et ne soit pas véritablement prise au sérieux par l'administration Trump.
La rougeole provoque fièvre, symptômes respiratoires et éruptions cutanées. Dans certains cas, elle entraîne des complications graves telles que pneumonie ou encéphalite, pouvant causer des séquelles durables, voire le décès.
La responsabilité de l'administration fédérale en débat
Paul Offit accuse directement l'administration de Donald Trump d'inaction face à une crise sanitaire qu'elle aurait, selon lui, contribué à créer. Le ministre de la Santé, Robert Kennedy Jr, relaie depuis des années des informations erronées sur le vaccin contre la rougeole et a minimisé à plusieurs reprises la dangerosité de la maladie, allant jusqu'à contester l'attribution de certains décès récents.
« Ils sont très doués pour convaincre les gens que les vaccins sont dangereux. Tellement doués que nous voyons aujourd'hui des enfants mourir, et que la question qui se pose à présent est donc : combien d'enfants doivent encore mourir avant qu'on ne réalise qu'on fait quelque chose de mal ? », s'indigne le pédiatre.
Franceinfo dresse un état des lieux alarmant : des milliers de cas confirmés, plusieurs décès en Pennsylvanie et une vaccination en net recul. Le Figaro Santé confirme que ce niveau de contamination constitue une première en trente-cinq ans.
Des enseignements pour les politiques publiques de santé
Pour les décideurs européens comme français, cette situation de l'autre côté de l'Atlantique rappelle que la lutte contre les maladies évitables par la vaccination repose sur deux piliers indissociables : une obligation vaccinale effective et une politique durable de confiance dans l'institution sanitaire. La France, qui a rendu onze vaccins obligatoires pour les enfants depuis 2018, et l'Union européenne, engagée dans des programmes communs de couverture vaccinale, ont intérêt à observer avec attention ce précédent américain.
L'expérience des États-Unis montre qu'un cadre juridique favorable ne suffit pas lorsque les mécanismes de dérogation se banalisent et que la parole publique se fait l'écho du doute. La protection de la santé collective suppose une action publique constante, pédagogique et assumée, faute de quoi les avancées les plus anciennes peuvent se défaire en quelques années.
Questions fréquentes
Combien de cas de rougeole ont été recensés aux États-Unis en 2026 ?
5 182 cas confirmés ont été recensés depuis le début de l'année 2026 selon les CDC, un niveau jamais observé depuis 1991. Huit décès ont été rapportés depuis janvier et onze depuis le début de l'épidémie en 2025.
Les États-Unis vont-ils perdre leur statut de pays ayant éliminé la rougeole ?
L'Organisation panaméricaine de la santé doit réévaluer ce statut à partir de la semaine prochaine. Les experts s'attendent à ce que les États-Unis perdent ce classement, obtenu en 2000 grâce à la vaccination.
Pourquoi la rougeole progresse-t-elle malgré un vaccin obligatoire ?
Le vaccin est obligatoire, mais de nombreuses exemptions religieuses ou philosophiques sont possibles selon les États. Ces dérogations ont fortement augmenté depuis la pandémie de Covid-19, alimentées par la désinformation vaccinale.
