La journaliste Françoise Degois a défendu, vendredi 6 novembre 2026, sur le plateau de l'émission Quotidien, la publication de ses échanges privés avec Emmanuel Macron, contenus dans son livre Vous êtes tous trop durs avec moi, paru la veille chez Robert Laffont. Son témoignage éclaire la fin du second quinquennat et les séquelles institutionnelles de la dissolution de 2024.
L'ouvrage, issu de deux années de correspondance avec le chef de l'État, notamment via Telegram, a fait l'objet d'une large reprise médiatique. Selon Closermag.fr, l'autrice affirme n'avoir pas sollicité l'accord du président avant de rendre ces messages publics, un choix de méthode qui alimente le débat sur les conditions dans lesquelles s'écrit l'histoire immédiate d'un mandat.
Un portrait sans complaisance de l'exercice du pouvoir
Interrogée par Yann Barthès et Jean-Michel Aphatie, Françoise Degois a dressé un tableau sévère du rapport du président à sa fonction. Elle a déclaré qu'Emmanuel Macron « s'emmerde vraiment » et lui a prêté deux craintes précises : finir comme François Hollande et voir le Rassemblement national accéder à l'Élysée.
La comparaison avec son prédécesseur l'a conduite à une formule abrupte. « Alors François Hollande, que je respecte infiniment, a fini dans la ridiculitude. Dans le grotesque, c'était le président ridicule en fait », a-t-elle déclaré. « Emmanuel Macron, on peut dire qu'il a tout construit pour ne jamais être ce président ridicule, au point d'être autoritaire de façon caricaturale et grotesque. »
Ce jugement, sévère, porte moins sur le bilan des politiques publiques que sur un style de gouvernance perçu comme de plus en plus autoritaire. Il rejoint une interrogation récurrente sur la concentration du pouvoir décisionnel au sommet de l'État en fin de mandat.
La dissolution de 2024, un choix lourd de conséquences
L'analyse la plus substantielle de la journaliste concerne la décision du 9 juin 2024. Après les élections européennes, le président avait annoncé la dissolution de l'Assemblée nationale, ouvrant des élections législatives anticipées qui ont durablement recomposé l'équilibre politique.
Deux ans plus tard, l'auteure ne nuance pas son évaluation. « Il a vraiment foiré cela et moi je pense qu'il a vraiment raté en appuyant sur le bouton dissolution », a-t-elle affirmé. La séquence a profondément fragilisé le camp présidentiel et installé une Assemblée sans majorité, contraignant les gouvernements successifs à l'instabilité législative.
Gabriel Attal n'aurait jamais pardonné la dissolution
La relation entre le chef de l'État et Gabriel Attal, alors Premier ministre, en aurait durablement pâti. Selon Françoise Degois, ce dernier n'aurait jamais pardonné au président d'avoir déclenché la dissolution. « Il dissout non seulement Gabriel Attal, donc il en fait un ennemi. Il se dissout lui-même, il dissout ce macronisme qui ne tient que par lui-même et quand vous lui dites ses conneries, il vous répond 'C'est pas vrai, je ne suis pas d'accord' », a-t-elle relaté.
Quelques semaines après la dissolution, Gabriel Attal avait quitté Matignon à la suite de la démission de son gouvernement. La journaliste qualifie désormais la relation entre les deux hommes de cassée, marquée par une « blessure narcissique, personnelle » qu'elle juge « irréparable ». Elle assure également qu'Emmanuel Macron n'aimerait pas davantage Édouard Philippe.
Ces tensions internes à la majorité sortante, si elles sont confirmées, dessinent un paysage politique contraint à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. La capacité du camp présidentiel à se recomposer autour d'une candidature unifiée apparaît, dans ce récit, fortement compromise.
Un président qui « regarde arriver » les événements ?
Sur le reste du quinquennat, Françoise Degois décrit un chef de l'État disposant de marges de manœuvre réduites. Selon elle, les leviers d'influence à sa disposition se sont considérablement restreints depuis le début de son mandat.
« La seule manière dont il pourrait peser dans le cours des choses, ça serait de jouer avec les institutions, une dissolution ou une démission, je ne suis pas sûr qu'il en soit là en fait », a-t-elle estimé. Après neuf ans à l'Élysée, la question du legs présidentiel et de la transition vers 2027 demeure ouverte.
Cet épisode relance, au-delà du cas particulier de ce livre, le débat sur la frontière entre vie privée des gouvernants et information légitime du public. La publication de correspondances non autorisées pose la question du contrôle démocratique sur l'exercice du pouvoir : si les institutions de contrôle peinent à documenter le fonctionnement réel de l'État, le témoignage journalistique, même contesté dans sa méthode, comble un vide documentaire que la recherche d'information publique ne saurait ignorer.
Questions fréquentes
Que contient le livre de Françoise Degois sur Emmanuel Macron ?
Vous êtes tous trop durs avec moi, paru le 5 novembre 2026 chez Robert Laffont, compile deux années d'échanges privés entre la journaliste et le président, notamment sur Telegram, ainsi que des analyses sur son exercice du pouvoir.
La journaliste a-t-elle demandé l'accord d'Emmanuel Macron avant la publication ?
Non. Selon Closermag.fr, Françoise Degois affirme n'avoir pas sollicité le feu vert du chef de l'État avant de rendre ces messages publics.
Que reproche-t-elle au président concernant la dissolution de 2024 ?
Elle estime qu'Emmanuel Macron a commis une erreur majeure en annonçant la dissolution de l'Assemblée nationale le 9 juin 2024, une décision qui a fragilisé sa majorité et son camp politique.
