Depuis la fermeture de la décharge de Dar-es-Salam fin août 2026, la capitale guinéenne accumule des dépôts d'ordures sauvages qui constituent une menace sanitaire directe pour ses habitants. Selon Orange Actualités, des montagnes de détritus bordent désormais les principales artères de la ville, tandis que les autorités viennent de lancer, début novembre, les travaux de réhabilitation de l'ancien site et la construction d'un centre d'enfouissement à Coyah.
Cette situation illustre, de manière aiguë, les difficultés que rencontrent plusieurs métropoles africaines dans l'organisation de la collecte et du traitement des déchets, un enjeu de santé publique mais aussi de gouvernance locale.
Une fermeture consécutive à une catastrophe
La crise trouve son origine dans un drame. Dans la nuit du 22 au 23 août 2026, un éboulement de la décharge de Dar-es-Salam, provoqué par de fortes pluies, a emporté des habitations précaires riveraines et fait 36 morts, rappelle France 24. Les autorités ont alors condamné définitivement le site, mettant fin à l'exutoire qui absorbait l'essentiel des ordures de la capitale.
Cet immense dépotoir de 28 hectares, situé au cœur de Conakry, était devenu un grave problème de santé publique et de sécurité pour les riverains, comme le relate Africa Radio. Au lancement des travaux de réhabilitation, le 2 novembre 2026, le ministre de l'assainissement Aboubacar Camara a qualifié le site de « honte nationale », selon Guinee360.
Des dépôts sauvages aux risques sanitaires
Sur l'autoroute Fidel Castro et la route Le Prince, les deux grandes artères de la capitale, des amas de sacs poubelles envahissent trottoirs et chaussées. Des liquides noirâtres mêlés aux eaux stagnantes s'écoulent jusqu'au milieu de la route, dans une odeur âcre qui rend l'air difficilement respirable.
Ces dépôts favorisent l'apparition de maladies, dont le choléra. « Nous souffrons, c'est difficile ! On ne peut pas vivre avec les ordures, c'est difficile avec l'odeur, il y a des vers de terre ; ça peut même donner des maladies », alerte Mariam Bayo, une habitante de Conakry interrogée par l'AFP, citée par TV5MONDE.
Avant la fermeture, les éboueurs intervenaient deux fois par semaine. Les passages peuvent désormais espacer de trois semaines, obligeant une partie de la population à déposer ses ordures où l'espace le permet, faute d'alternative.
Une logistique pénalisée par l'éloignement
Le site de Baritodé, à Coyah, à une cinquantaine de kilomètres de Conakry, recueille depuis quelques années une partie des quelque 3 000 tonnes de déchets produites chaque jour par la capitale. Mais l'éloignement et les embouteillages paralysent son exploitation à plein temps.
« Le camion, quand il quitte ici à 08 heures, il va à Baritodé, à 125 kilomètres de Conakry. Avant qu'il ne revienne, il est 17 ou 18 heures », explique à l'AFP Oumar Pathé Bah, dirigeant d'une petite entreprise de collecte.
Faute de rotation régulière des camions et des tricycles de ramassage, les prestataires privés voient leur activité s'effondrer. « J'avais mille et quelques clients. Aujourd'hui, je ne crois pas qu'il me reste 500 », déplore M. Bah, qui emploie une vingtaine de travailleurs et doit débloquer chaque fin de mois plus de 10 millions de francs guinéens, soit un peu plus de 1 000 euros, pour couvrir ses charges.
L'absence d'infrastructures pérennes, obstacle principal
Pour Siriman Condé, de BCEIP Environnement, une PME de collecte et de valorisation, la difficulté première est l'obtention « d'une décharge moderne et contrôlée ». « La gestion des déchets demande beaucoup d'investissements, et quand on n'a pas les moyens, on ne peut pas rentrer dans la gestion des déchets. Tous les déchets qui ne sont pas valorisables, on ne sait pas où les amener », résume-t-il.
Le secteur privé, souvent présenté comme relais de l'action publique dans les villes du Sud, ne peut compenser seul l'absence d'équipements collectifs. Ce constat rejoint celui d'autres métropoles de la région où la chaîne du déchet, de la pré-collecte à l'enfouissement, demeure le maillon faible des services urbains.
Les réponses des autorités
Lundi 2 novembre 2026, les autorités guinéennes ont lancé les travaux de réhabilitation de la décharge de Dar-es-Salam. Une fois la montagne de 7,2 millions de tonnes de déchets stabilisée et dépolluée, le site sera transformé en parc urbain.
Pour remplacer l'ancien exutoire, un centre d'enfouissement des déchets est en construction sur le site de Baritodé. Ce projet, s'il est mené à terme avec les normes de contrôle environnemental appropriées, permettrait de restaurer une filière complète de traitement.
Dans l'intervalle, les habitants de Conakry et de sa banlieue continuent de subir les conséquences sanitaires d'une transition dont la phase d'attente n'était pas anticipée. La stabilisation de la montagne de déchets et l'achèvement du centre de Coyah constituent désormais les deux échéances qui conditionneront le retour à une gestion ordinaire des ordures ménagères dans la capitale guinéenne.
Questions fréquentes
Pourquoi la décharge de Dar-es-Salam a-t-elle été fermée ?
Elle a été condamnée définitivement après un éboulement provoqué par de fortes pluies dans la nuit du 22 au 23 août 2026, qui a fait 36 morts parmi les riverains.
Combien de déchets Conakry produit-elle chaque jour ?
La capitale guinéenne produit environ 3 000 tonnes de déchets par jour, selon les informations rapportées par l'AFP.
Quelles solutions sont prévues par les autorités ?
La réhabilitation de Dar-es-Salam, lancée le 2 novembre 2026, doit transformer le site en parc après dépollution, tandis qu'un centre d'enfouissement est en construction à Baritodé, à 125 kilomètres de Conakry.
