Les Américains votent mardi 3 novembre 2026 lors des élections de mi-mandat, un scrutin que les républicains eux-mêmes anticipent comme une sanction historique. Selon le spécialiste de la rhétorique trumpienne Jérôme Viala-Gaudefroy, chargé de cours à Sciences Po Paris, une victoire démocrate ne priverait toutefois pas Donald Trump d'une part importante de ses prérogatives.
Dans une entretien accordé au Dauphiné Libéré, le chercheur estime que le président sortant conserverait des leviers d'action considérables, notamment la capacité de gouverner par décrets et de bloquer la volonté du Congrès.
Des résultats contestés et des tribunaux fortement sollicités
L'incertitude entourant le dépouillement constitue un premier enjeu. Certains résultats, notamment en Californie et en Alaska, pourraient tarder à être proclamés en raison de contestations portées par l'administration fédérale.
« Donald Trump ne peut pas ne pas certifier les élections sans décision de justice : l'ouverture d'une enquête ne suffit pas », rappelle Jérôme Viala-Gaudefroy. Les tribunaux fédéraux vont être extrêmement sollicités dans les semaines qui suivent le scrutin.
Le chercheur évoque également la possibilité que des agents fédéraux tentent de saisir des bulletins de vote. Les États, y compris certains dirigés par des républicains, se sont préparés à répondre à ces interventions fédérales. La Géorgie, dont le secrétaire d'État s'était opposé à Donald Trump en 2020, continue de lui tenir tête.
La stratégie du président : entre déni et positionnement en victime
Pour Jérôme Viala-Gaudefroy, Donald Trump a d'ailleurs déjà intégré une probable victoire démocrate. Il a annoncé qu'il mettrait son veto, se présentant comme le « roi du deal » face à des démocrates contraints de négocier.
« Ce qu'il veut, c'est prouver qu'il y a de la corruption ou que les élections sont truquées », indique le spécialiste. L'objectif viserait moins le scrutin de 2026 que celui de 2020, puisque « le cœur de son récit est qu'il n'a jamais perdu une élection ».
Le chercheur anticipe également un retournement rhétorique. Ayant appelé ses partisans à voter « comme si j'étais sur le bulletin », Donald Trump affirmera demain que les républicains ont perdu parce qu'il n'y figurait pas.
Que pourrait faire Trump face à un Congrès démocrate ?
Le nouveau Congrès ne siégera qu'à partir de début janvier. La période de transition, en novembre et décembre, sera déterminante : les républicains battus continueront-ils à soutenir toutes les initiatives présidentielles, ou des divisions apparaîtront-elles ?
Le Sénat constituera l'enjeu institutionnel central, en raison de son pouvoir d'enquête et de sa compétence de validation des nominations de juges fédéraux et de hauts fonctionnaires. Pour surmonter un veto présidentiel, une majorité des deux tiers dans les deux chambres est nécessaire, un seuil que les démocrates ne devraient pas atteindre.
« Donald Trump continuera de gouverner comme il l'a beaucoup fait : par décrets », prévient Jérôme Viala-Gaudefroy. Le président peut aussi décider de ne pas dépenser l'argent voté par le Congrès, ou de l'affecter différemment, ce qui posera des questions constitutionnelles.
La Cour suprême, plutôt favorable à l'exécutif, pourrait accompagner cette dynamique. Une partie des juges a adopté la théorie de l'« exécutif unitaire », selon laquelle le président a la main sur toutes les agences fédérales, à l'exception de la Fed. Le chercheur en conclut que « Donald Trump aura encore énormément de pouvoir ».
Une guerre de succession au sein du parti républicain
Une déroute républicaine ouvrirait une phase d'incertitude pour le parti. Donald Trump cherchera à jouer les faiseurs de rois et à adouber son héritier, J.D. Vance notamment, dont la capacité à « tuer le père » interroge.
Le parti républicain abrite des courants très variés qui n'ont en commun que la figure de Trump, observe le chercheur. Sans programme cohérent ni idéologie autre que l'intérêt personnel du président, le parti devra se redéfinir. Les cadres comme Marco Rubio ou J.D. Vance doivent aujourd'hui se positionner sans rompre avec Donald Trump, tout en sachant que leurs déclarations passées leur seront rappelées.
L'hypothèse d'un troisième mandat, jugée illégale, paraît très compromise à l'analyste : « Il est difficile d'adopter une posture autoritaire quand vous n'avez qu'un tiers de la population derrière vous, dans un contexte économique qui ne convient pas à la majorité des citoyens. »
Une victoire démocrate par défaut ?
Le parti démocrate ne bénéficie pas d'une grande popularité en soi, reconnaît Jérôme Viala-Gaudefroy. Une majorité d'Américains considère toutefois que les démocrates seraient meilleurs pour l'économie, alors que les républicains conservaient cet avantage depuis quinze ans.
L'aile progressiste, portée par des figures comme Abdul El-Sayed, pourrait rebattre les cartes internes. Des personnalités émergeront également lors de ces élections de mi-mandat, comme Barack Obama l'avait fait après sa victoire au Sénat en 2004. Le Progrès relève par ailleurs l'importance des donateurs privés, d'Elon Musk à Michael Bloomberg, dans le financement de ce scrutin.
D'autres analyses du scrutin sont parues dans la presse régionale, notamment dans L'Est Républicain, qui souligne l'ampleur des enjeux institutionnels de ces midterms.
Questions fréquentes
Quand les résultats des midterms 2026 seront-ils connus ?
Certains résultats, notamment en Californie et en Alaska, pourraient tarder en raison de contestations fédérales et de recours judiciaires.
Un Congrès démocrate peut-il bloquer Donald Trump ?
Seule une majorité des deux tiers dans les deux chambres permet de surmonter un veto présidentiel, un seuil probablement hors de portée des démocrates.
Qui pourrait succéder à Donald Trump au sein du parti républicain ?
J.D. Vance figure parmi les prétendants possibles, mais la succession dépendra de l'ampleur de la défaite et du poids politique conservé par Donald Trump.
