Le ministre des PME, du Commerce, de l'Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d'achat, Serge Papin, a annoncé mardi 3 novembre 2026 que 6 000 stations-service sur les 10 000 que compte le pays avaient déjà baissé le prix du gazole à la suite de la libération d'une partie des stocks stratégiques. Dans un entretien accordé au groupe EBRA, dont fait partie Le Progrès, le ministre a également déclaré son intention d'intégrer les petites stations-service indépendantes au fonds de soutien au commerce rural d'ici la fin de l'année.
Cette mobilisation inédite des réserves stratégiques constitue, selon le ministre, une première en France : jamais ces stocks n'avaient été utilisés jusqu'ici pour faire baisser les prix à la pompe. L'opération, décrite comme lourde sur les plans logistique, technique et juridique, doit se poursuivre tout au long de la semaine afin que la totalité des stations répercute les tarifs du carburant déstocké.
Un déstockage aux effets mesurables à la pompe
Le bilan chiffré communiqué mardi fait état de 4 000 stations ayant abaissé leurs prix de plus de 15 centimes par litre, certaines allant au-delà de 20 centimes. Ces données, corroborées par Franceinfo, indiquent un recul moyen de 12 centimes sur le gazole. Le ministre a par ailleurs souligné que la baisse bénéficie aussi au gazole non routier, utilisé notamment par les pêcheurs, ainsi qu'au fioul domestique, dont la distribution en vrac impose des délais de livraison différents.
L'économie réalisable pour un ménage consommant du fioul domestique pourrait, selon Serge Papin, se chiffrer en dizaines, voire en centaines d'euros. Les fournisseurs doivent transmettre leurs engagements tarifaires à l'administration dans les jours à venir.
Le dispositif cible le diesel, carburant le plus cher et privilégié par les grands rouleurs, en particulier dans les zones rurales. Les prix du sans-plomb 95 et du sans-plomb 98 demeurent inférieurs et ne sont pas concernés par la mesure. Le ministre a rappelé que le gazole, autrefois le carburant le moins cher, avait structuré l'équipement automobile des territoires ruraux, où les distances parcourues sont plus importantes.
Contrôle des marges et encadrement des distributeurs
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) est chargée de vérifier l'absence d'effet d'aubaine, c'est-à-dire de marges indûment prélevées sur le carburant issu des stocks stratégiques. Le ministre a confirmé que ces contrôles seraient menés à bien.
Interrogé sur le cas de TotalEnergies, Serge Papin a indiqué que le groupe abaissait de 10 centimes son prix plafond, jusqu'ici fixé à 2,25 euros le litre. Il a également relevé que l'effet de dilution permis par le déstockage est d'autant plus prononcé que le gazole vendu en station était cher. Comme l'a rapporté Le Figaro, le gouvernement attend que les 10 000 stations du pays appliquent progressivement la baisse dans les jours à venir.
Un soutien renforcé pour les stations indépendantes
Plusieurs stations-service indépendantes ont fait part de leurs difficultés à obtenir rapidement les volumes déstockés, dénonçant une concurrence déloyale au profit des grands réseaux de distribution. Le ministre a récusé cette lecture, affirmant que l'accès aux stocks stratégiques est ouvert à tous. Les cuves des stations indépendantes, remplies de carburant acheté à prix élevé, se vident toutefois plus lentement, ce qui retarde la répercussion de la baisse.
Pour y remédier, le gouvernement a mis en place une facilité de trésorerie adossée à la Banque publique d'investissement (Bpi), sous la forme d'un prêt à taux zéro. Ce dispositif permet aux stations indépendantes d'acheter immédiatement du carburant issu des stocks stratégiques et d'en répercuter le prix sans attendre l'écoulement de leurs stocks anciens. Une réunion avec la Bpi et les représentants des stations indépendantes a été convenue pour favoriser l'appropriation de cet outil, que certaines exploitations ont d'ores et déjà commencé à utiliser.
Le ministre est allé plus loin en annonçant l'intégration des petites stations-service au fonds de soutien au commerce rural, dont elles ne font pour l'instant pas partie. Ce dispositif, dont la mise en place est attendue avant la fin de l'année, concernera plusieurs dizaines de stations. Les aides, pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros, financeront des travaux de rénovation et des démarches de diversification de l'activité, dans la logique de préservation des services de proximité portée par ce fonds.
Quelles suites après les trois mois de déstockage ?
La libération des stocks stratégiques s'étalera sur trois mois. Le gouvernement a reconduit pour la même période des aides sectorielles destinées aux pêcheurs, aux professionnels du bâtiment et des travaux publics ainsi qu'aux agriculteurs. Un point d'étape est programmé en début d'année prochaine.
L'aide de 100 euros destinée aux grands rouleurs, dont 5,5 millions de Français sont éligibles, fait l'objet d'une montée en charge progressive : un peu moins de la moitié des ayants droit ont déposé une demande à ce jour. Le ministre a invité les salariés parcourant plus de 30 kilomètres pour se rendre à leur travail à saisir ce dispositif, qualifiant la marge de progression restante de considérable.
Le pouvoir d'achat au cœur de l'agenda gouvernemental
Interrogé sur l'ampleur des mesures face à la hausse générale du coût de la vie, Serge Papin a rappelé l'ensemble des dispositifs mobilisés : le chèque énergie anticipé, l'aide aux grands rouleurs et le déstockage des réserves. Il a également cité plusieurs pistes en cours d'examen : la pérennisation de l'usage des titres-restaurant en supermarché, le déblocage défiscalisé d'une partie de l'épargne salariale jusqu'à 5 000 euros, en discussion à l'Assemblée nationale, et l'allègement de la fiscalité des donations intergénérationnelles prévu par le projet de loi de finances pour 2027. Des échanges avec les partenaires sociaux se poursuivent par ailleurs sur l'augmentation du Smic.
Sur la mission flash rendue mardi par la rapporteuse Aurélie Trouvé (LFI), qui met en cause les profits des raffineurs et propose d'encadrer leurs marges, le ministre a rappelé que l'Europe enquête sur les profits du secteur. Il a toutefois estimé que TotalEnergies, major française leader en Europe, contribue à l'effort national par le plafonnement de ses prix, une pratique qu'elle n'applique qu'en France, et que la question des profits devra être réexaminée une fois la crise surmontée.
Enfin, sur le projet de budget pour 2027, Serge Papin a plaidé pour un accord politique permettant l'adoption d'une loi de finances. Selon lui, le rétablissement des comptes publics et la préservation du pouvoir d'achat doivent être conciliés, et l'adoption d'un budget ferait baisser les taux d'emprunt, avec un impact direct sur le pouvoir d'achat des ménages. Comme l'a constaté RTL, le ministre a réaffirmé que les distributeurs jouaient le jeu, plus de la moitié des stations ayant abaissé leurs prix de 12 à 18 centimes.
Questions fréquentes
Combien de stations-service ont déjà baissé le prix du gazole ?
Au 3 novembre 2026, 6 000 stations sur les 10 000 du territoire avaient répercuté la baisse, dont 4 000 de plus de 15 centimes par litre, selon le ministre Serge Papin.
Quels carburants sont concernés par le déstockage des stocks stratégiques ?
La baisse porte sur le gazole, le gazole non routier et le fioul domestique. Les carburants sans-plomb 95 et 98 ne sont pas concernés, leurs prix restant inférieurs.
Comment les stations-service indépendantes sont-elles soutenues ?
Elles peuvent bénéficier d'un prêt à taux zéro de la Bpi pour acheter immédiatement le carburant déstocké, et seront intégrées avant fin 2026 au fonds de soutien au commerce rural, avec des aides pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros.
Qui peut bénéficier de l'aide de 100 euros pour les grands rouleurs ?
Les 5,5 millions de Français éligibles effectuant plus de 30 kilomètres en voiture pour se rendre à leur travail peuvent en faire la demande ; un peu moins de la moitié des ayants droit l'ont déjà obtenue.
