La start-up rennaise Kemiwatt développe une technologie de batterie à flux organique destinée à convertir les cuves de stockage des ports et des sites industriels en réserves d'électricité de longue durée. Son directeur général, Guillaume Chazalet, a détaillé cette trajectoire dans l'émission Grand Angle de BFMTV selon une interview publiée le 4 novembre 2026.
L'entreprise, issue de travaux de recherche menés à Rennes à l'Institut des sciences chimiques, a levé 6 millions d'euros fin 2025 pour soutenir son développement industriel et fabrique actuellement une batterie destinée à un port néerlandais.
Une technologie de stockage sans terres rares ni PFAS
La batterie à flux organique de Kemiwatt stocke l'énergie dans des molécules dissoutes dans l'eau. Deux liquides, conservés dans des cuves séparées, circulent dans des modules électrochimiques appelés stacks, où s'effectuent la charge et la restitution de l'électricité.
Cette architecture présente un intérêt notable pour les industriels : la puissance et la quantité d'énergie stockée peuvent être dimensionnées séparément. « Plus on met de liquide dans les cuves, plus on obtient de kWh ou de MWh et plus on met de stacks, plus on a de kW ou de MW », a précisé Guillaume Chazalet.
L'électrolyte est non inflammable et la conception n'utilise ni terres rares ni PFAS. Le recyclage des électrolytes en fin de vie est prévu. Lorsque les cuves existantes sont compatibles, elles peuvent recevoir une nouvelle fonction énergétique, l'entreprise n'utilisant pas d'acide pour dissoudre les molécules actives.
Pour quels usages et quels acteurs ?
Les cibles stratégiques de Kemiwatt sont les terminaux de stockage de liquides, les ports, les gestionnaires de réseaux, les énergéticiens et les sites chimiques ou pôles industriels. Leur besoin commun consiste à mieux gérer le moment où ils consomment ou fournissent de l'électricité.
Les applications concrètes incluent l'alimentation des navires à quai, la valorisation de la production renouvelable locale, la réduction des pointes de consommation et la contribution au soulagement des réseaux congestionnés. L'entreprise étudie également des opportunités auprès des centres de données et des développeurs de projets de batteries.
Le choix des cuves portuaires, une demande venue des industriels
Le recentrage de l'activité sur les cuves portuaires procède d'une logique de marché. « Ce sont les industriels eux-mêmes qui sont venus nous voir », a indiqué Guillaume Chazalet. Des entreprises stockant des produits liquides dans de grandes cuves ont demandé si ces infrastructures pouvaient être transformées en batteries, afin d'optimiser leur consommation d'électricité et de répondre aux problèmes de congestion du réseau.
Cette demande correspond aux caractéristiques de la technologie : ces acteurs disposent d'infrastructures et d'un savoir-faire dans la gestion des liquides. Ce positionnement prioritaire demeure compatible avec des projets utilisant des cuves neuves, des conteneurs-citernes ISO réemployés et les autres marchés stratégiques de l'entreprise.
Comme le relève Maddyness, les stockistes, compagnies de stockage de produits pétroliers ou chimiques, ont ainsi l'opportunité de redéployer leurs cuves existantes en méga-batteries stockant l'électricité sous forme liquide.
Durée de vie et modèle d'industrialisation
Les systèmes sont conçus pour une durée de service de l'ordre de vingt ans ou 20 000 cycles de charge et décharge, deux repères à ajuster selon le profil d'utilisation et les conditions d'exploitation. L'entreprise insiste sur la nécessité de raisonner sur l'ensemble de l'installation et sa maintenance : chaque composant ne fonctionne pas vingt ans sans intervention.
Pour passer à l'échelle, Kemiwatt a opté pour un modèle fabless, s'appuyant sur des partenaires industriels pour la fabrication tout en concentrant ses efforts sur sa technologie et l'organisation de son industrialisation.
Une levée de fonds de 6 millions d'euros fin 2025
Kemiwatt a levé 6 millions d'euros fin 2025 pour soutenir cette trajectoire. Les investisseurs historiques ont renouvelé leur confiance, tandis que Stolt Ventures, le fonds du groupe Stolt-Nielsen, et Impact Océan Capital ont rejoint le tour de table. Cet ancrage dans l'écosystème maritime et du stockage de liquides est cohérent avec les marchés visés.
La jeune pousse fabrique actuellement une batterie pour un projet portuaire aux Pays-Bas, première illustration concrète de son ambition : développer le stockage de longue durée dans les ports et les sites industriels, en France et à l'international. L'entreprise présente sur son site cette mission comme un engagement pour une technologie durable de stockage stationnaire à l'échelle mondiale.
Une contribution à la transition énergétique des infrastructures
Au-delà du cas d'entreprise, cette trajectoire illustre la capacité de la recherche française à répondre à une demande industrielle exprimée. La transformation des infrastructures de stockage de liquides en outils de pilotage électrique ouvre une voie complémentaire pour absorber les énergies renouvelables intermittentes et soulager des réseaux sous tension.
Chaque projet reste toutefois conditionné à des performances documentées et à un modèle économique adapté au client. La démonstration du service rendu, par le dimensionnement, l'intégration sur site et la fiabilité des installations, constituera l'enjeu central des prochaines étapes de déploiement.
Questions fréquentes
Comment fonctionne la batterie à flux organique de Kemiwatt ?
Deux liquides contenant des molécules actives dissoutes dans l'eau sont conservés dans des cuves séparées, puis circulent dans des modules électrochimiques où l'électricité est chargée ou restituée.
Quelle est la durée de vie des batteries Kemiwatt ?
Les systèmes sont conçus pour environ vingt ans de service ou 20 000 cycles de charge et décharge, selon le profil d'utilisation et les conditions d'exploitation.
Quelle levée de fonds Kemiwatt a-t-elle réalisée ?
L'entreprise a levé 6 millions d'euros fin 2025, avec l'arrivée de Stolt Ventures et d'Impact Océan Capital aux côtés de ses investisseurs historiques.
