La directrice générale de Lextenso, Emmanuelle Filiberti, a détaillé le 23 octobre 2026, dans un entretien publié par BFMTV, les mutations que l'intelligence artificielle imprime aux métiers du droit et l'ambition de Consult'IA, l'assistant juridique développé par l'éditeur.
Deux transformations structurelles sont identifiées : l'automatisation d'une partie de l'analyse documentaire, point de départ de la plupart des travaux juridiques, et un accès direct des professionnels expérimentés à des recherches documentaires autrefois confiées aux jeunes collaborateurs.
Une IA spécialisée plutôt qu'une IA généraliste
La distinction entre une IA généraliste et une IA juridique conditionne, selon Emmanuelle Filiberti, la valeur réelle de l'outil pour le praticien. Une solution spécialisée sait, selon la nature du document, quelles informations rechercher, quelles obligations identifier et quels éléments appellent une attention particulière.
L'enjeu n'est pas de remplacer le juriste mais d'augmenter sa capacité d'analyse, afin qu'il consacre davantage de temps à la stratégie, au conseil et à la décision. Cette approche rejoint les analyses publiées par Disiz sur l'analyse documentaire avec Consult'IA, où l'extraction structurée de l'essentiel d'un document vise à replacer l'humain au centre de la réflexion stratégique.
La traçabilité, réponse au risque d'hallucination
La fiabilité demeure déterminante dans le domaine juridique. Emmanuelle Filiberti le reconnaît sans détour : aucune garantie absolue d'absence d'hallucination ne peut être offerte, même si tout doit être fait pour réduire ce risque.
La première protection consiste à permettre le contrôle de l'information à sa source. Consult'IA s'appuie sur un fonds documentaire propriétaire constitué de contenus issus d'auteurs reconnus. Chaque réponse est construite à partir de documents identifiés, dont le nom et la qualité de l'auteur ainsi que la date de publication sont précisés.
L'outil sait également reconnaître ses limites : si l'information recherchée n'existe pas dans le fonds documentaire, il indique qu'il ne dispose pas de l'élément nécessaire au lieu de produire une réponse inventée. Cette exigence s'inscrit dans un débat plus large sur la définition et le fonctionnement des agents d'IA juridiques, dont les limites doivent être connues des utilisateurs.
Une vigilance partagée par les institutions
Cette prudence n'est pas propre aux éditeurs privés. Didier-Roland Tabuteau, vice-président du Conseil d'État, souligne dans l'éditorial du rapport 2025 que produire un texte d'apparence juridique est devenu facile, sans garantie sur la pertinence ni sur l'exactitude des décisions citées, comme le rapporte Melty sur les requêtes générées par IA qui engorgent les tribunaux.
À Grenoble, deux ordonnances de décembre 2025 du tribunal administratif ont relevé des références jurisprudentielles fantaisistes, attribuées vraisemblablement à l'usage d'un outil d'IA générative. Ces épisodes justifient l'exigence de traçabilité portée par les éditeurs juridiques.
La directrice générale de Lextenso l'a également affirmé dans les colonnes de Livres Hebdo : avec l'IA générative, l'accès à la technologie se démocratise, et ce qui devient déterminant, c'est la qualité des sources sur lesquelles elle s'appuie.
Une relation client redessinée par l'IA
Les professionnels du droit composent désormais avec des clients qui arrivent avec une réponse générée par ChatGPT ou Claude et la considèrent parfois comme une solution acquise. Le rôle du juriste évolue sur un plan pédagogique : écouter, expliquer, remettre la réponse dans son contexte.
Une réponse produite par une IA peut être pertinente dans son principe sans correspondre à la situation précise du client. Le professionnel apporte ce niveau supplémentaire d'analyse et de compréhension, qui fonde son obligation de conseil.
Des usages déjà largement diffusés
Les avocats constituent une part importante des utilisateurs de Consult'IA, quelle que soit la taille de leur structure. Les notaires, les administrateurs et mandataires judiciaires ainsi que les juristes d'entreprise sont nombreux à avoir adopté l'outil. Des acteurs publics et des magistrats s'y intéressent dans le cadre de différents tests, un signal notable pour les administrations engagées dans la modernisation de leurs fonctions juridiques.
Les attentes diffèrent selon les profils : les petites structures recherchent avant tout un gain de temps, les directions juridiques apprécient d'aborder un même sujet sous plusieurs angles du droit, et les notaires valorisent la rapidité d'accès à une réponse.
Quelles perspectives pour 2027 ?
L'évolution technologique rend difficile toute définition précise. L'objectif demeure de se rapprocher de l'assistant juridique complet, avec l'analyse de l'intégralité d'un dossier et, à terme, la rédaction de certains documents comme des conclusions. L'interaction orale et la possibilité d'effectuer certaines actions à partir d'une réponse sont également à l'étude.
Une exigence constante demeure : préserver l'équilibre entre technologie et intervention humaine. L'IA rassemble les données, analyse une masse documentaire et structure l'information ; elle ne prend pas la décision à la place du professionnel.
Le droit reste une science humaine et la responsabilité demeure celle du juriste. La richesse de l'IA repose aussi sur l'intelligence humaine des auteurs qui sélectionnent, analysent et produisent l'information juridique. C'est cette alliance entre modernité et tradition qui guide le développement de Lextenso.
Questions fréquentes
Consult'IA peut-il garantir l'absence totale d'hallucination ?
Non. Emmanuelle Filiberti reconnaît qu'aucune garantie absolue n'est possible, mais l'outil réduit le risque en s'appuyant sur un fonds documentaire propriétaire et en citant des sources identifiables que le professionnel peut vérifier.
Qui utilise aujourd'hui les solutions d'IA juridique de Lextenso ?
Des avocats de toutes tailles de structure, des notaires, des administrateurs et mandataires judiciaires, des juristes d'entreprise, ainsi que des acteurs publics et des magistrats engagés dans des tests.
L'IA juridique remplace-t-elle le travail des jeunes collaborateurs ?
Elle en transforme les modalités. Certaines recherches documentaires deviennent accessibles directement aux associés, ce qui oblige les cabinets à repenser l'acquisition de l'expérience et le développement du raisonnement juridique des jeunes professionnels.
