Le 17 octobre 2026, l'essayiste libéral Rainer Zitelmann publiait une tribune relayée par Orange Actualités et L'Express estimant que la conséquence la plus dommageable d'un impôt sur les plus riches ne réside pas dans les départs de contribuables fortunés, mais dans la dégradation du climat social qui accompagne son instauration. Son argumentation s'appuie notamment sur la transformation de la Suède depuis les années 1980.
Cette prise de position intervient dans un contexte parlementaire précis. Selon MoneyVox, l'Assemblée nationale a rejeté vendredi plusieurs propositions de la gauche visant à instaurer un impôt minimum proportionnel au patrimoine des plus grandes fortunes, sur le modèle de la taxe Zucman, ainsi qu'à rétablir l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) dans le cadre du budget 2027.
Un diagnostic centré sur les mentalités plutôt que sur les chiffres
Pour Rainer Zitelmann, auteur de How Nations Escape Poverty et New Space Capitalism, l'analyse économique des hausses d'impôts commet une erreur de méthode. Les économistes mesurent la charge fiscale ou le nombre de départs de contribuables, mais accordent trop peu d'attention aux effets psychologiques d'un changement d'attitude de la société envers la réussite.
La plupart des personnes fortunées ne quittent pas leur pays lorsque la fiscalité s'alourdit, rappelle-t-il. Elles y restent attachées pour des raisons humaines : l'affection pour leur pays, les liens amicaux, l'âge, ou l'espoir d'une évolution politique. Le problème, selon lui, se situe en amont : les impôts élevés constituent la dernière étape d'un changement de mentalité, généralement préparé par des années de campagnes médiatiques et politiques.
Le cas suédois : d'une fiscalité punitive à un écosystème d'innovateurs
L'argument central de la tribune repose sur le souvenir des entrepreneurs suédois ayant connu les années 1970 et 1980. Ils se rappellent surtout, écrit Rainer Zitelmann, une atmosphère dans laquelle ils étaient traités avec méfiance, comme des ennemis de la société.
Le contraste avec la Suède contemporaine est net. Le pays a produit 46 licornes, ces start-up valorisées au moins un milliard de dollars, dont Spotify, Klarna, King et iZettle. Il occupe la première place européenne en nombre de licornes par habitant. Selon l'OCDE, citée par l'auteur, 1 114 entreprises sont entrées en Bourse en Suède entre 2014 et 2025, et Stockholm était en 2025 la première place boursière d'Europe pour les nouvelles cotations.
L'écrivain allemand Hans Magnus Enzensberger décrivait la Suède des années 1970 comme un pays où les riches se sentaient « superflus, méprisés et exclus ». Aujourd'hui, note la tribune, l'envie sociale y est moins répandue qu'en France et en Allemagne, et les droits de succession, les droits de donation et l'impôt sur la fortune y ont été abolis depuis longtemps.
« Un pays où les entrepreneurs sont considérés comme des modèles et où les jeunes aspirent à suivre leurs traces développera un dynamisme économique très différent de celui d'un pays où le mot 'riche' est devenu une insulte. »
Pourquoi ce débat intéresse l'action publique
Au-delà de la controverse partisane, la tribune pose une question pertinente pour l'administrateur public : celle de l'attractivité d'un territoire et du signal envoyé par la norme fiscale. Une fiscalité ne produit pas seulement des recettes ; elle exprime un rapport collectif à la création de richesse, à l'initiative et au risque.
Le rejet des amendements sur la taxe Zucman et l'ISF par l'Assemblée nationale, rapporté par
