Des centaines de milliers de manifestants ont défilé partout en France ce jeudi 5 novembre, à l'appel des syndicats, autour des thèmes du pouvoir d'achat et de l'éducation. Le gouvernement a annoncé dans la foulée une conférence sociale avec les partenaires sociaux, prévue le 9 novembre à Matignon.
Le ministère de l'Intérieur a recensé 575 000 participants, dont 65 000 à Paris, tandis que la CGT avance le chiffre de 1 573 000 manifestants, selon un décompte publié par Le Monde. Le même source relève 193 actions recensées par Beauvau, contre 430 lors de la mobilisation du 17 octobre.
Un soutien massif de l'opinion aux revendications
Stéphane Zumsteeg, directeur du département politique et opinion de l'institut Ipsos-BVA, a analysé la portée de cette journée dans des propos recueillis par Le Dauphiné Libéré. Son constat : la colère exprimée dans la rue est largement partagée par l'ensemble de la société française.
« On est entre trois quarts à 90 % des Français qui pensent que ces causes sont légitimes. C'est presque unanime. »
Pour le sondeur, les problématiques dénoncées, à savoir la lutte contre la vie chère et l'état de l'éducation nationale, constituent des urgences qui doivent être traitées immédiatement et non renvoyées à la prochaine élection présidentielle.
Une superposition inédite des publics mobilisés
La spécificité de cette journée réside dans la convergence de publics habituellement distincts : la jeunesse, les syndicats et de nouveaux gilets jaunes. Cette superposition est puissante dans un contexte où l'exécutif est très affaibli et très impopulaire, selon Stéphane Zumsteeg.
Le gouvernement est jugé responsable de la situation, même après les réponses qu'il a apportées au mouvement lycéen. L'argument financier avancé par l'exécutif n'est pas entendable pour les manifestants, estime le directeur d'Ipsos-BVA, pour qui l'enjeu relève d'une question de priorités budgétaires : les Français considèrent que cet argent pourrait être redistribué autrement que par des aides aux entreprises.
Des mesures quickly effacées par l'impopularité
Interrogé sur les mesures déjà prises par le gouvernement depuis 2017, notamment les suppressions de la taxe d'habitation et de la redevance audiovisuelle, Stéphane Zumsteeg nuance leur portée.
« Quand vous êtes impopulaires, même quand vous prenez des mesures, elles sont très vite effacées. »
Il cite l'exemple de la réforme des retraites : même suspendue, elle a durablement abîmé la relation des Français avec l'exécutif et le président de la République. Il souligne également une réhabilitation de la dépense publique ces dernières années, du « quoi qu'il en coûte » pandémique aux aides au carburant. « Quand on ferme le robinet d'un coup, il peut y avoir une incompréhension qui est brutale », analyse-t-il.
Violences urbaines et revendications : une distinction claire
Les débordements observés lors de précédentes mobilisations, notamment le 17 octobre, marqué par des dégradations et des pillages, n'ont pas entamé le soutien de l'opinion au mouvement, selon le sondeur.
« Les Français savent faire la différence entre les violences et le cœur des revendications, qui sont largement soutenues. »
Sur le temps long, les violences peuvent émousser le mouvement et ont créé une indignation de l'opinion publique, mais elles ne créent pas de fracture sociale pour autant, précise-t-il.
Les syndicats, acteurs reconnus de l'encadrement des cortèges
Les manifestations de ce jeudi ont été encadrées par les syndicats, ce qui constitue un facteur de stabilité. Stéphane Zumsteeg relève une bienveillance de l'opinion envers les organisations syndicales qui organisent les défilés, considérées comme des acteurs nécessaires au mouvement et plus efficaces pour la bonne tenue des cortèges.
Cette journée s'inscrit dans un cycle de mobilisations entamé depuis plusieurs semaines, après la journée de grève dans la fonction publique du 29 septembre puis les mobilisations successives des 17, 24 et 31 octobre, rappelle Le Figaro. La CGT avait appelé dès le 21 octobre à « franchir un nouveau cap dans la mobilisation », estimant que « la grève doit prendre le relais ». En Normandie, la mobilisation a été importante et s'est déroulée sans heurts, avec plus d'un millier de personnes rassemblées à Alençon, rapporte Ouest-France.
Vers une réponse institutionnelle
L'annonce par Matignon d'une conférence sociale le 9 novembre, réunissant syndicats et patronat, marque une volonté de rétablir le dialogue social après plusieurs semaines de tension. Cette réponse institutionnelle intervient alors que le mouvement a démontré sa capacité à mobiliser durablement et à fédérer des publics variés autour de revendications jugées légitimes par une très large majorité de Français.
Questions fréquentes
Quelle a été l'ampleur de la mobilisation du 5 novembre ?
Le ministère de l'Intérieur recense 575 000 manifestants, dont 65 000 à Paris, tandis que la CGT avance le chiffre de 1 573 000 participants.
Quelles sont les principales revendications du mouvement ?
Les manifestants dénoncent principalement la vie chère et l'état de l'éducation nationale.
Quelle réponse le gouvernement a-t-il apportée ?
Le gouvernement a annoncé l'organisation d'une conférence sociale avec les syndicats et le patronat, prévue le 9 novembre à Matignon.
Les violences ont-elles fragilisé le mouvement ?
Selon Stéphane Zumsteeg, directeur du département politique et opinion d'Ipsos-BVA, les Français distinguent clairement les violences du cœur des revendications, qui demeurent largement soutenues.
