Le directeur général de BFMTV, Fabien Namias, a rappelé le 6 novembre que les désaccords internes à la rédaction devaient être réglés en interne, à la suite des propos tenus par le grand reporter Igor Sahiri au sujet de sa consœur Sonia Mabrouk sur le plateau de Quotidien (TMC), le 2 novembre. Selon Closermag.fr, qui rapporte l'échange, le dirigeant a formulé une mise au point sans ambiguïté : les débats sont légitimes, mais ils ne doivent pas s'exposer sur un plateau concurrent.
L'épisode illustre les tensions croissantes auxquelles sont confrontées les rédactions audiovisuelles françaises, prises entre l'exigence de loyauté interne et la tentation, pour certains journalistes, de porter le débat sur la place publique. Il interroge aussi la capacité des directions de rédaction à encadrer des prises de parole individuelles dans un contexte médiatique fragmenté.
Ce qu'a dit Igor Sahiri chez Quotidien
Invité de Yann Barthès dans Quotidien sur TMC, le 2 novembre, Igor Sahiri a d'abord décrit les difficultés rencontrées par les équipes de BFMTV sur le terrain. Selon lui, la défiance envers la chaîne ne date pas des mouvements du 17 octobre : le journaliste indique en avoir observé les premières manifestations lors des mobilisations des Gilets jaunes, fin 2018. Certains reporters seraient contraints de dissimuler leur identité par crainte de représailles.
Le grand reporter a également estimé que BFMTV était parfois associée, à tort, au racisme.
BFMTV est taxée de chaîne raciste et c'est dramatique parce que c'est factuellement faux. Il n'y a pas de gens racistes dans notre rédaction.
Il a toutefois reconnu qu'une partie du public pouvait entretenir cette impression, notamment en raison de la place accordée à certaines personnalités d'extrême droite dans les émissions de la chaîne. Interrogé sur les critiques apparues depuis l'arrivée de Sonia Mabrouk, Igor Sahiri a estimé que sa collègue était devenue une cible pour les détracteurs de BFMTV, et rapporté que des journalistes de la rédaction s'interrogeaient sur les conséquences de ce recrutement.
La réponse d'Igor Sahiri au Figaro
Cette prise de parole a suscité une réaction de Sonia Mabrouk, qui a demandé à la direction d'intervenir. Igor Sahiri a ensuite tenu à préciser le sens de ses déclarations dans une réponse adressée au Figaro le 5 novembre, rejetant toute volonté de mettre en cause sa collègue, son travail ou sa présence à l'antenne.
Mes propos concernant Sonia Mabrouk ont été mal interprétés. Elle ne cristallise pas la haine au sein de BFMTV, mais chez ceux qui nous attaquent. À aucun moment je n'ai souhaité son départ, ni jugé son travail.
Lors de son passage sur TMC, le journaliste avait aussi évoqué le décalage entre les émissions diffusées et les extraits qui circulent sur les réseaux sociaux. À ses yeux, les téléspectateurs qui ne connaissent la chaîne qu'à travers ces séquences peuvent se former une image partielle de son traitement de l'actualité. Ce constat rejoint une préoccupation partagée par nombre de professionnels du secteur : la circulation d'extraits décontextualisés modifie le rapport entre les médias et leur audience.
Fabien Namias : « on n'attaque jamais son entreprise ni ses collègues »
Dans les colonnes du Parisien, le directeur général de BFMTV a contesté l'idée que Sonia Mabrouk puisse être tenue pour responsable de l'hostilité visant la chaîne.
Personne ne cristallise la haine, certainement pas Sonia Mabrouk. La haine, le racisme, l'exclusion et la division sont étrangers à BFMTV, comme à Sonia.
Fabien Namias a renouvelé le soutien total de la direction à la journaliste, tout en indiquant qu'il comptait toujours sur Igor Sahiri et sur ses qualités de grand reporter. Sa intervention comporte néanmoins une mise au point ferme à l'égard de ce dernier.
Mais il y a une règle : on n'attaque jamais son entreprise ni ses collègues. Les débats sont légitimes mais doivent se dérouler en interne.
Un épisode emblématique de la gouvernance des rédactions
Au-delà du cas BFMTV, cet épisode pose la question du cadre applicable aux prises de parole publiques des journalistes. La règle rappelée par Fabien Namias, selon laquelle les désaccords professionnels se règlent en interne, correspond à un principe classique de gouvernance des rédactions, régulièrement rappelé dans les chartes déontologiques du secteur. Elle se heurte cependant à un environnement médiatique où les plateaux télévisés et les réseaux sociaux incitent à l'exposition publique des désaccords.
La position du directeur général, qui combine soutien explicite aux deux journalistes et rappel des règles internes, traduit une volonté de préserver la cohésion de la rédaction sans remettre en cause les compétences professionnelles du reporter concerné. Cette approche, qui privilégie le dialogue institutionnel sur la polémique, est cohérente avec les pratiques de gestion des ressources humaines dans les grandes entreprises de presse.
L'affaire s'inscrit par ailleurs dans un contexte plus large de défiance envers les médias, que le journalisme français cherche à endiguer par des initiatives de médiation et de transparence. Le maintien d'un cadre interne clair, capable de garantir à la fois la liberté d'expression des journalistes et la loyauté envers l'entreprise, apparaît comme une condition de la stabilité des rédactions dans la durée.
Questions fréquentes
Qu'a déclaré Fabien Namias à propos d'Igor Sahiri ?
Le directeur général de BFMTV a rappelé le 6 novembre, dans Le Parisien, la règle selon laquelle on n'attaque jamais son entreprise ni ses collègues, tout en réaffirmant qu'il comptait toujours sur Igor Sahiri et sur ses qualités de grand reporter.
Pourquoi Igor Sahiri a-t-il été critiqué ?
Le grand reporter avait déclaré le 2 novembre dans Quotidien sur TMC que Sonia Mabrouk était devenue une cible pour les détracteurs de BFMTV, des propos qui ont conduit la journaliste à solliciter l'intervention de la direction. Il a depuis précisé au Figaro, le 5 novembre, que ses propos avaient été mal interprétés.
Quelle est la position de la direction de BFMTV vis-à-vis de Sonia Mabrouk ?
Fabien Namias a contesté l'idée que Sonia Mabrouk puisse cristalliser la haine visant la chaîne et a renouvelé le soutien total de la direction à la journaliste.
