Ventilation des logements rénovés : un enjeu de santé publique négligé
La politique publique de rénovation énergétique des logements, initiée pour répondre à l'urgence climatique et à la hausse des coûts de l'énergie, révèle aujourd'hui une problématique sanitaire majeure : l'absence de ventilation mécanique contrôlée (VMC) dans de nombreux bâtiments rénovés.
Un défaut d'anticipation dans les politiques de rénovation
Selon les professionnels du secteur, la ventilation constitue "le parent pauvre du bâtiment" dans les projets de rénovation énergétique. Cette situation résulte d'une approche fragmentée des politiques publiques d'amélioration de l'habitat, où l'isolation thermique prime sur la qualité de l'air intérieur.
Les incitations publiques à la rénovation, motivées par l'envolée des prix énergétiques, ont conduit à une étanchéification massive des logements anciens sans prise en compte systématique des besoins en ventilation. Les bâtiments historiquement "poreux" assuraient naturellement le renouvellement de l'air, contrairement aux logements rénovés hermétiquement clos.
Impact sanitaire et réglementaire
L'absence de ventilation adéquate génère des taux d'humidité dépassant les normes recommandées (40 à 60%), provoquant l'apparition de moisissures et la dégradation de la qualité de l'air intérieur. Les occupants émettent quotidiennement près de 20 litres de CO₂ par heure, nécessitant un renouvellement d'air constant.
Depuis 1982, la réglementation impose l'installation de VMC dans toutes les constructions neuves, mais cette obligation ne s'applique pas systématiquement aux rénovations, créant un vide normatif préoccupant.
Solutions techniques et recommandations
Trois systèmes de ventilation s'adaptent aux contraintes de la rénovation :
- VMC simple flux : renouvellement d'air par extraction depuis les pièces humides
- VMC double flux : récupération de chaleur optimisant l'efficacité énergétique
- Ventilation par insufflation : solution adaptée aux contraintes architecturales
Les experts préconisent un diagnostic préalable des besoins en ventilation avant tout projet de rénovation, ainsi qu'un entretien régulier des équipements installés.
Perspectives d'amélioration des politiques publiques
L'air intérieur étant 5 à 10 fois plus pollué que l'air extérieur, et les citoyens passant 80% de leur temps en espaces clos, l'intégration systématique de la ventilation dans les dispositifs d'aide à la rénovation constitue un enjeu de santé publique majeur.
Cette problématique appelle une évolution des référentiels techniques et des critères d'éligibilité aux aides publiques, pour garantir une approche globale de la performance énergétique et sanitaire des logements.