Une démarche exemplaire de conservation des ressources génétiques végétales en Amazonie équatorienne
L'initiative privée de préservation de la biodiversité développée par la famille Pucha dans la région amazonienne de l'Équateur illustre les défis et les opportunités liés à la conservation des ressources génétiques végétales. Cette expérience, menée sur une exploitation de 32 hectares dénommée El Picaflor, présente un modèle innovant de banque de semences et de laboratoire vivant.
Un dispositif de conservation autonome
Ramón Pucha, âgé de 51 ans, a développé avec sa famille un système de collecte, de conservation et de reproduction d'espèces végétales menacées au sein de la communauté indigène quichua d'Alto Ila, située à 128 kilomètres au sud-est de Quito. Cette initiative s'appuie sur des expéditions régulières dans la forêt amazonienne pour la collecte de graines d'espèces rares.
Le processus de conservation implique plusieurs étapes techniques : la collecte des graines en milieu naturel, leur germination dans des conditions contrôlées par Marlene Chiluisa, épouse du porteur de projet, puis leur replantation dans l'écosystème forestier. Cette méthodologie permet également la distribution de plants à d'autres acteurs locaux engagés dans la régénération forestière.
Transmission des compétences et enjeux générationnels
La continuité du projet est assurée par Jhoel Pucha, fils de 21 ans, qui a développé des compétences botaniques approfondies. Cette transmission intergénérationnelle constitue un élément essentiel de la pérennité de l'initiative, particulièrement dans un contexte où les savoirs traditionnels liés à la biodiversité amazonienne sont menacés.
Reconnaissance institutionnelle et défis structurels
Le ministère équatorien de l'Agriculture et de l'Élevage reconnaît officiellement la valeur de cette initiative, qualifiant El Picaflor de laboratoire vivant et de banque de semences essentielle. Cette reconnaissance intervient dans une région ayant subi cinquante années d'exploitation forestière intensive.
Néanmoins, l'absence de soutien financier public constitue un obstacle majeur au développement de cette initiative. Les porteurs du projet soulignent l'insuffisance des mécanismes d'accompagnement gouvernementaux et philanthropiques.
Contexte politique et environnemental
Cette initiative s'inscrit dans un contexte institutionnel complexe. Bien que l'Équateur ait été précurseur en inscrivant les droits de la nature dans sa Constitution, la récente fusion du ministère de l'Environnement avec celui de l'Énergie et des Mines, décidée par le président Daniel Noboa, suscite des interrogations quant à la priorité accordée aux politiques de conservation.
Les impacts du changement climatique, notamment les sécheresses affectant la production de graines par les arbres matures, constituent un défi supplémentaire pour ce type d'initiatives de conservation ex-situ.
Perspectives et enjeux de politique publique
Cette expérience met en évidence la nécessité de développer des mécanismes de soutien public aux initiatives privées de conservation de la biodiversité. Elle souligne également l'importance de l'intégration des savoirs traditionnels dans les stratégies nationales de préservation des ressources génétiques.
La dimension temporelle de cette démarche, illustrée par la plantation d'essences nécessitant un siècle pour atteindre leur maturité, démontre l'importance d'une vision à long terme dans les politiques de conservation, dépassant les cycles politiques traditionnels.