Sifflets lors de La Marseillaise : quel équilibre pour les symboles républicains ?
La polémique suscitée par les déclarations du maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, sur le sifflement de l'hymne national interroge l'équilibre entre la liberté d'expression et le respect des emblèmes républicains. Alors que le gouvernement y voit une remise en cause des fondements institutionnels, la députée Alma Dufour tente de recentrer le débat sur le droit à la critique de l'action publique, tout en réaffirmant l'attachement de son parti aux symboles nationaux.
Entre droit à la critique et respect de l'emblème national
Le 18 juin 2026, la déclaration de Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, a relancé la réflexion sur la portée des symboles républicains. L'élu a invoqué un droit à la réplique populaire pour justifier le sifflement de La Marseillaise lorsque la politique internationale de la France heurte le ressenti d'une partie de la population, citant notamment les enfants de citoyens binationaux. Cette position a immédiatement appelé des réactions institutionnelles.
Du côté du gouvernement, la porte-parole Maud Bregeon a dénoncé, sur RMC-BFMTV, une stratégie politique de conflictualité remettant en cause les valeurs républicaines. À droite et à l'extrême droite, le président du RN Jordan Bardella a condamné une instrumentalisation des symboles nationaux. Face à cette polarisation, Alma Dufour, députée LFI, a cherché à tempérer les propos de son collègue. Sur RMC Story, elle a rappelé que La France Insoumise est un parti extrêmement patriote, où l'hymne est chanté lors des meetings et le drapeau français brandi.
La liberté d'expression face au sacré républicain
Alma Dufour a soulevé un point de droit et de philosophie politique : la frontière entre la critique de l'État et le blasphème républicain. En référence aux débats post-Charlie Hebdo, la députée s'est interrogée sur la possibilité de distinguer la critique légitime de la politique d'un État du respect dû à l'identité nationale.
La Marseillaise c'est sacré, ça représente l'identité nationale : est-ce que pour des raisons politiques, de critique d'un État, on peut estimer que des gens ont le droit de siffler La Marseillaise ?, a interrogé Alma Dufour.
Elle a assuré n'avoir jamais sifflé l'hymne, tout en reconnaissant un droit légitime de critiquer la politique de l'État français.
Quelle considération pour le ressenti des communautés binationales ?
Sur le fond, Alma Dufour a élargi la réflexion aux enjeux diplomatiques et sociaux liés aux binationaux. Elle a pointé un manque d'égard du gouvernement français envers ces populations, évoquant plus précisément le cas de l'Algérie. L'élue a estimé que les positions passées de Bruno Retailleau, alors ministre de l'Intérieur, avaient fait l'objet d'une surfocalisation et d'attaques maladroites par rapport au ressenti des binationaux franco-algériens. Elle a conclu en rappelant que de nombreux binationaux chantent La Marseillaise, appelant ainsi à une compréhension apaisée des tensions sans renoncement aux symboles communs.
Le sifflement de l'hymne national est-il puni par la loi ?
Sur le plan juridique, le sifflement de l'hymne national n'est pas un délit spécifique dans le code pénal français. La jurisprudence le protège généralement au titre de la liberté d'expression, sauf circonstances aggravantes liées à l'ordre public ou à la provocation à la haine.
Quel est le protocole républicain pour La Marseillaise ?
Le décret du 7 floréal an VIII prévoit que l'hymne national est joué lors des cérémonies officielles et des rencontres sportives. Le protocole exige que les personnes présentes se tiennent debout et observent une attitude de respect, sans que le non-respect de cette règle ne soit systématiquement sanctionné pénalement.