Injections esthétiques illégales : 5 000 médecins interpellent la ministre de la Santé
Dans une tribune publiée ce dimanche dans Le Parisien, 5 000 médecins libéraux et spécialistes de médecine esthétique interpellent la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, après le décès de deux jeunes femmes ayant eu recours à des injections pratiquées illégalement. Cette alerte collective souligne l'urgence d'une réponse publique face à un phénomène qui, selon les praticiens, constitue désormais un problème de santé publique majeur.
Deux décès en quelques mois qui marquent un tournant
La première victime, âgée de 40 ans, est décédée en mars à Villeurbanne lors d'une séance d'injections dans les fesses. Une seconde femme de 25 ans a perdu la vie il y a quelques jours à Nice, après un malaise consécutif à une injection de lidocaïne, un produit anesthésiant, précédant une injection de botox dans les fessiers. Pour Dominique Bellecour, président de l'Union de la médecine esthétique du Syndicat des médecins libéraux et co-auteur de la tribune, ces décès constituent une première dans l'histoire de ces pratiques illégales.
Des alertes récurrentes face à des complications graves
Depuis plusieurs années, les médecins alertent sur l'exercice illégal de la médecine esthétique. Dans leurs cabinets, ils prennent régulièrement en charge des victimes de ces fake injectors, constatant des complications parfois très graves : infections, allergies, réactions inflammatoires ou nécroses pouvant conduire à l'amputation de tissus. Dès 2023, Hugues Cartier, dermatologue à Arras et vice-président de la Société française de médecine esthétique, alertait déjà sur l'émergence de véritables mafias de l'esthétique.
Un phénomène massif et difficile à endiguer
Selon le coprésident du Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique, plus de 40 % des injections esthétiques sont réalisées en dehors du cadre médical, dans des appartements, des instituts ou des lieux échappant à tout contrôle. Les affaires judiciaires se multiplient : en 2023, le tribunal judiciaire de Valenciennes a condamné deux sœurs originaires de Wattrelos pour exercice illégal de la médecine, dans un dossier hors norme impliquant près de 600 victimes, 35 parties civiles et plus de 120 000 euros de bénéfices estimés. L'exercice illégal de la médecine est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende, mais ces sanctions ne suffisent pas à enrayer le phénomène.
Les revendications des médecins : un observatoire national et un assouplissement des règles
Dans leur tribune, les signataires appellent l'État à mettre en place une stratégie nationale pour lutter contre ces réseaux clandestins. Ils réclament notamment la création d'un observatoire national de la médecine esthétique, afin de disposer de données fiables sur le nombre d'actes pratiqués, les professionnels qui les réalisent et les conditions dans lesquelles ils sont effectués. Selon eux, ces statistiques sont indispensables pour mieux mesurer l'ampleur du phénomène et adapter les moyens de lutte.
Parmi leurs autres revendications figure un assouplissement des règles encadrant les injections esthétiques pratiquées par les médecins généralistes. Dominique Bellecour souligne que, jusqu'à récemment, les généralistes pouvaient acheter du botox en pharmacie, mais que depuis quelques mois, les officines refusent de leur en délivrer sans explication. Il dénonce une grande réticence des autorités qui craignent que les médecins ne se consacrent exclusivement à l'esthétique, une crainte qu'il juge infondée.
Quelles sont les sanctions encourues pour exercice illégal de la médecine esthétique ?
L'exercice illégal de la médecine est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende. Ces sanctions, bien que dissuasives sur le papier, ne suffisent pas à endiguer un phénomène qui, selon les médecins, relève désormais d'un problème de santé publique.
Pourquoi les médecins réclament-ils un observatoire national ?
Les signataires de la tribune estiment que les données actuelles sont insuffisantes pour mesurer l'ampleur du phénomène et adapter les moyens de lutte. Un observatoire national permettrait de collecter des statistiques fiables sur le nombre d'actes pratiqués, les professionnels impliqués et les conditions d'exercice.
Quels sont les risques pour les patients ?
Les complications peuvent être très graves : infections, allergies, réactions inflammatoires ou nécroses pouvant conduire à l'amputation de tissus. Les médecins prennent régulièrement en charge des victimes de ces pratiques illégales dans leurs cabinets.
