Procès pour violences sexuelles sur mineurs : l'audience de Jean-Patern Ars s'ouvre à Vannes
Le procès de Jean-Patern Ars, ancien directeur de l'école privée du Sacré-Cœur à Noyal-Muzillac (Morbihan), s'ouvre ce jeudi 10 septembre devant la cour criminelle du Morbihan, à Vannes. L'intéressé, âgé de 47 ans, est poursuivi pour viol et agressions sexuelles sur quatorze élèves âgés de 5 à 10 ans au moment des faits. L'audience doit se tenir jusqu'au vendredi 18 septembre. L'affaire, qui a profondément marqué cette commune de 2 548 habitants, suscite une vive émotion parmi les familles et les proches des victimes.
Une attente de trois ans jugée éprouvante par les familles
Placé en détention provisoire depuis son interpellation le 11 octobre 2023, au lendemain d'un voyage scolaire à Cork, en Irlande, Jean-Patern Ars comparaît pour des faits qui auraient été commis entre 2018 et 2023. Les familles des victimes, qui ont dû patienter près de trois ans avant cette audience, décrivent une période d'incertitude et de souffrance. « Trois ans d'attente, c'est épouvantable », confie un habitant de la commune, dont le petit-fils figure parmi les victimes. « Mon petit-fils ne parle jamais de ce qui s'est passé. Même avec ma fille, je n'ose pas aborder le sujet », ajoute-t-il, visiblement ému.
Un traumatisme persistant chez les enfants et les proches
Le personnel de l'école, qui a dû poursuivre ses activités dans un climat de tension, témoigne d'une hypervigilance accrue chez les parents. « On n'aborde pas le sujet avec les élèves, la plupart semblent détachés, mais certains en parlent », indique un membre de l'équipe éducative. « Depuis l'affaire, il y a surtout une hypervigilance chez leurs parents. Mais tout se passe bien, les voyages scolaires ont même repris », précise-t-il.
La mère d'une victime souligne le courage des enseignants : « Les autres instituteurs s'en veulent encore parce qu'ils étaient là-bas et n'ont rien vu venir, mais ce n'est pas de leur faute. Ils auraient pu sombrer, mais ils ont le courage de continuer à s'occuper de nos petits. »
Un sujet tabou dans la commune
Dans le bourg, le procès est dans toutes les têtes, mais rarement évoqué ouvertement. « On connaît tous la date, mais on n'en parle pas, c'est devenu un sujet tabou », souffle un adolescent. « Dans ma famille, on en a discuté une semaine, puis plus jamais. On ne veut pas mettre mal à l'aise mon cousin, qui a subi des choses », ajoute-t-il.
La mère d'un garçon abusé révèle que « beaucoup d'enfants sont traumatisés, certains n'en ont jamais parlé, même s'ils ont vu de nombreux psychologues ». Elle précise : « On arrive à en discuter avec notre fils maintenant, il avait seulement cinq ans quand c'est arrivé. »
Les familles demandent la publicité des débats
Les familles des victimes ont exprimé leur souhait que le procès se tienne en public. « Demander le huis clos, ce serait faire un cadeau à la défense. Ces agissements doivent être diffusés le plus largement possible. Plus il y aura de journalistes au tribunal, mieux ce sera », conclut la mère d'une victime.
Le maire de Noyal-Muzillac, Patrick Beillon, a indiqué qu'il assisterait à une audience « par solidarité ». « Ces faits sont d'une ignominie. J'ai confiance en la justice, qui fera son travail », a-t-il déclaré. Il a également salué la résilience de l'établissement : « Le Sacré-Cœur est bien reparti, l'établissement a fait ce qu'il fallait. Surtout, les parents et les professeurs sont restés solidaires. »
Le procureur de la République de Vannes a requis l'ouverture d'une information judiciaire en octobre 2023. L'enquête a permis d'identifier 39 victimes au total, dont quatorze élèves de l'école primaire. Jean-Patern Ars encourt une peine de vingt ans de réclusion criminelle.
Un procès suivi de près par les institutions
Ce dossier, qui intervient dans un contexte national de sensibilisation accrue aux violences sexuelles sur mineurs, illustre les enjeux de la protection de l'enfance en milieu scolaire. Les autorités académiques et les services de l'État ont rappelé, à plusieurs reprises, l'importance de la vigilance et du signalement. La cellule de recueil des signalements de violences intrafamiliales et sexuelles, mise en place par le ministère de l'Éducation nationale, reste mobilisée pour accompagner les établissements concernés.
Le verdict est attendu à l'issue des débats, qui doivent s'achever le 18 septembre. Les familles espèrent que cette audience permettra de tourner une page douloureuse, tout en rappelant la nécessité d'une justice exemplaire en matière de violences faites aux enfants.