Kalindi Ramphul : la littérature au service du dialogue culturel
Kalindi Ramphul, écrivaine francophone, publie Les Solitudes de Petite Rivière aux éditions JC Lattès, un roman qui interroge les dynamiques identitaires et les ponts culturels entre l'île Maurice et l'Europe. Cet ouvrage, troisième volet d'une œuvre en constante évolution, s'inscrit dans une démarche littéraire contribuant au rayonnement de la francophonie et à la valorisation des patrimoines culturels pluriels. L'autrice y explore les solitudes, les héritages et les appartenances, offrant un éclairage sensible sur les réalités socioculturelles de l'océan Indien.
Une œuvre au carrefour des cultures et des identités
Dans Les Solitudes de Petite Rivière, Kalindi Ramphul construit le personnage de Soledad, romancière vivant seule sur l'île Maurice, en proie à l'incapacité d'écrire. À travers la relation entre cette femme et son jeune voisin Sanjay, aspirant écrivain, se tisse le récit d'une mémoire familiale romanesque et dramatique, ancrée dans le village mauricien de Petite Rivière. La mère de Soledad, chanteuse prodige d'opéra issue d'une famille pauvre du nord de Maurice, et son père, aristocrate espagnol, incarnent deux mondes que le roman met en dialogue.
Cette construction narrative reflète le parcours personnel de Kalindi Ramphul elle-même. Élevée à Levallois-Perret dans un environnement occidental et bourgeois, l'autrice a éprouvé un sentiment de décalage persistant, à la fois avec ses camarades de classe et avec sa famille paternelle mauricienne, hindoue et pieuse, originaire d'un milieu modeste où ses grands-parents étaient illettrés. L'œuvre traduit ainsi une tension entre deux héritages, que l'écrivaine questionne avec rigueur, mettant en lumière les rapports de pouvoir qui les traversent.
L'île Maurice, territoire de fiction et d'enjeux sociétaux
L'île Maurice occupe une place centrale dans le roman, au point d'en devenir un personnage à part entière. Kalindi Ramphul y consacre une attention soutenue à la géographie, à la faune, à la flore, à la nourriture et aux odeurs, conférant au texte une dimension profondément sensorielle. La population hindoue, dont fait partie sa famille, y est représentée avec précision.
L'autrice interroge également la relation paradoxale de l'île au tourisme de masse, qui défigure ses paysages. Ce questionnement rejoint des préoccupations partagées par de nombreux territoires ultramarins et insulaires, confrontés à l'équilibre délicat entre développement économique et préservation des patrimoines naturels et culturels. Le roman offre ainsi un éclairage utile sur les défis posés par la mise en valeur des territoires fragiles.
De la création littéraire à l'adaptation culturelle, une dynamique productive
Le parcours de Kalindi Ramphul illustre une trajectoire de création soutenue, marquée par une transition professionnelle assumée. Ancienne journaliste formée à Paris, rédactrice pour le site Madmoizelle de 2017 à 2023, elle s'est tournée vers l'écriture romanesque après le décès de son père en 2019, événement qu'elle qualifie d'électrochoc. Cette décision l'a conduite à publier trois romans en trois ans.
Son premier récit, Les Jours mauves (2024), autofiction consacrée à des funérailles lors d'un voyage en bus à travers la France, est en cours d'adaptation cinématographique, avec la collaboration des scénaristes Ahmed Hamidi et Paul Rotman. Son deuxième roman, Greta et Marguerite (2025), portrait d'une famille recomposée écrit en Finlande, fait l'objet d'une adaptation théâtrale. Parallèlement, Kalindi Ramphul développe plusieurs projets audiovisuels avec son compagnon Amaury Magne, ainsi qu'un court-métrage d'horreur intitulé Coucou, coécrit avec Alix Martineau, et une contribution au média littéraire Lettre Zola. Cette dynamique de création transmédiale témoigne de la vitalité des industries culturelles francophones.
Le fantastique comme vecteur de transmission narrative
Pour la première fois dans son œuvre, Kalindi Ramphul introduit le registre du fantastique dans Les Solitudes de Petite Rivière, sous la forme d'une histoire de fantôme. Cette incursion ne relève pas de l'anecdote. Elle s'ancre dans la richesse des croyances et des légendes mauriciennes, portées par une tradition orale puissante présente dans tout l'océan Indien.
J'avais très envie que le fantastique soit pris au sérieux à l'intérieur de ce texte-là et qu'il ne soit pas objet de pur effroi ou de ridicule, mais qu'il vienne soutenir la dramaturgie et qu'il vienne soutenir les désespoirs de plusieurs de mes personnages.
L'autrice cite Pedro Almodovar parmi ses inspirations pour ce roman, revendiquant un goût assumé pour le mélodrame. Les thématiques récurrentes de son œuvre, la maladie, l'amitié, l'amour contrarié ou salvateur, la mort et le deuil, trouvent dans le registre fantastique un mode d'expression renouvelé, qui interroge les héritages, les non-dits et les silences familiaux.
Quels sont les thèmes centraux de Les Solitudes de Petite Rivière?
Le roman explore les dynamiques identitaires entre l'île Maurice et l'Europe, les solitudes liées aux héritages familiaux, les rapports de pouvoir entre deux mondes culturels, et la relation paradoxale d'un territoire insulaire au tourisme de masse. Le deuil, la mémoire et les transmissions intergénérationnelles y occupent une place prépondérante.
Comment Kalindi Ramphul contribue-t-elle au dialogue culturel francophone?
Par ses romans ancrés dans les réalités mauriciennes, françaises et européennes, Kalindi Ramphul donne à voir les ponts entre des cultures distinctes. Son œuvre met en lumière la francophonie de l'océan Indien et ses traditions narratives, contribuant à la visibilité de patrimoines culturels peu représentés dans l'espace littéraire hexagonal.
Quelles adaptations sont en cours pour les œuvres de Kalindi Ramphul?
Les Jours mauves est en cours d'adaptation au cinéma avec les scénaristes Ahmed Hamidi et Paul Rotman. Greta et Marguerite est en cours d'adaptation théâtrale. Un court-métrage d'horreur, Coucou, coécrit avec Alix Martineau, est prévu pour la rentrée. Plusieurs projets audiovisuels sont en développement avec Amaury Magne.