Dans le cadre du débat présidentiel, l'Institut de l'Entreprise, en exclusivité pour L'Express, donne la parole à des experts de premier plan. Bertrand Martinot, économiste et spécialiste des questions sociales, détaille les conditions nécessaires à l'introduction d'un pilier de capitalisation dans notre système de retraite. Une piste qui, selon lui, doit s'accompagner d'une réforme d'ampleur du régime par répartition pour être viable.
Un système par répartition sous tension budgétaire
La France consacre environ deux points de PIB de plus que ses principaux voisins européens à son système de retraite par répartition. Ce niveau de dépenses, conjugué à une espérance de vie en retraite particulièrement élevée, explique cet écart significatif. Le poids des retraites dans les dépenses publiques et les déficits justifie pleinement qu'une réforme structurelle ramène durablement le système à l'équilibre. Toutefois, comme le souligne Bertrand Martinot, une telle réforme doit être complétée par l'introduction d'un pilier par capitalisation.
Les avantages d'une capitalisation obligatoire
La création d'un pilier par capitalisation présenterait plusieurs avantages décisifs pour les générations futures et l'économie nationale :
- Soulager les générations futures en leur permettant de conserver un niveau de pensions équivalent sans hausses massives de cotisations ;
- Redonner des marges de manœuvre aux finances publiques grâce aux excédents dégagés ;
- Apporter un financement de long terme à l'économie française, les fonds étant susceptibles de profiter aux entreprises nationales.
Deux options pour structurer le dispositif
La question des modalités demeure cruciale. Deux grandes options, potentiellement complémentaires, se dessinent. La première consiste à encourager l'épargne-retraite volontaire, via les plans d'épargne-retraite individuels ou collectifs, en favorisant les abondements par l'intéressement, la participation ou l'assurance-vie. Toutefois, cette approche ne suffirait pas à garantir une retraite décente aux salariés les plus modestes, environ un tiers des ménages ne disposant d'aucun patrimoine net.
C'est pourquoi la seconde option, celle d'un pilier de capitalisation pour tous, éventuellement plafonné au niveau du plafond de la sécurité sociale, paraît la plus souhaitable. Elle permettrait de faire bénéficier les salariés modestes des fruits du capital.
Les conditions de réussite d'une telle réforme
La mise en place d'une capitalisation pour tous ne constitue pas une solution de facilité, particulièrement à court terme, lorsque le régime est en phase d'accumulation. Bertrand Martinot insiste sur deux conditions préalables :
- Le redressement concomitant du système par répartition : il serait incohérent d'accumuler des fonds de capitalisation tout en laissant le pilier par répartition creuser ses dettes. Cela implique un recul progressif de l'âge effectif de départ à la retraite et une sous-indexation temporaire des pensions en cours.
- La résolution du problème de la double cotisation : pendant plusieurs années, il faudra épargner pour constituer le nouveau capital tout en finançant les pensions actuelles. La plupart des pays ayant opéré cette transition disposaient de marges financières plus importantes que la France aujourd'hui.
La voie est étroite, mais elle existe. Elle passe notamment par une participation financière des retraités actuels et le recyclage des réserves financières des régimes par répartition. Une réforme d'ampleur, combinant répartition et capitalisation, pourrait ainsi garantir la pérennité de notre système de retraite tout en préservant l'équité entre les générations.