Dialyse et canicule : un défi sanitaire pour les patients et les politiques publiques
Les vagues de chaleur successives de l'été 2026 aggravent les conditions de vie des patients sous dialyse, une population particulièrement vulnérable aux fortes températures. Entre restrictions hydriques sévères, logements non climatisés et contraintes de déplacement, ces malades chroniques appellent à des mesures d'adaptation des politiques de santé publique. Le Dr Gaëlle Pellé, néphrologue à l'hôpital Foch de Suresnes, souligne l'urgence d'une réflexion collective sur ce sujet.
Des restrictions hydriques accrues sous l'effet de la chaleur
Les patients dialysés doivent limiter leur consommation d'eau pour éviter une surcharge pondérale entre les séances. Or, la canicule exacerbe la soif. Fatou, 49 ans, confie : « Je bois plus que d'habitude, alors que je ne devrais pas, mais j'ai du mal à me contrôler. » Chaque séance de dialyse commence par une pesée : les kilos supplémentaires représentent l'eau à éliminer. « Si une personne arrive avec cinq litres d'eau emmagasinés en 48 heures, cela va représenter un poids énorme à enlever. Et la mortalité chez les patients dialysés qui ont beaucoup de poids entre chaque séance est beaucoup plus importante », explique le Dr Pellé.
Philippe, 78 ans, a le droit de boire un litre d'eau par jour, mais il avoue ne pas toujours y parvenir. « Il y a une période où j'avais très soif, mais c'est passé », indique-t-il, tout en soulignant les difficultés pratiques : ses veines bouchées, conséquence des dialyses répétées, l'ont contraint à reporter une séance.
Logements inadaptés : le casse-tête de la climatisation
Pour Karine, 44 ans, de Meylan (Isère), la chaleur est un calvaire quotidien. « Je souffre toute la journée, sans répit la nuit où je me réveille sans le moindre air, à m'en faire vomir. Malheureusement, les HLM n'autorisent pas l'installation des climatisations. Je vis enfermée, volets fermés, depuis juin », témoigne-t-elle. Elle plaide pour une dérogation permettant la climatisation pour les personnes souffrant de pathologies lourdes. Cette situation interroge les politiques du logement social et leur capacité à intégrer des critères sanitaires dans les normes d'habitation.
La dialyse à domicile : une piste d'avenir pour la résilience climatique
La dialyse à domicile, notamment nocturne, offre une alternative prometteuse. Fabrice, 50 ans, à Rennes, y a recours : « Réalisée la nuit pendant mon sommeil, elle m'évite les déplacements vers le centre de dialyse aux heures les plus chaudes de la journée. Cette technique permet une épuration plus douce et plus longue, ce qui me permet de boire davantage tout en restant dans les limites compatibles avec mon traitement. » Le Dr Pellé confirme que cette modalité, qui représente « près de 5 % des dialysés », est « une solution d'avenir ». Son développement pourrait réduire les risques liés aux canicules et améliorer la qualité de vie des patients.
Transplantation : des délais d'attente variables selon les régions
L'espoir pour de nombreux dialysés reste la transplantation rénale. À l'hôpital Foch, une petite centaine de greffes sont réalisées chaque année. Les délais d'attente varient selon le groupe sanguin : deux ans pour le groupe A en Île-de-France, entre huit et dix ans pour le groupe B, et cinq ans pour le groupe O. Des délais plus courts peuvent être envisagés dans le reste du pays. Ces disparités territoriales appellent à une harmonisation des politiques de santé publique.
FAQ : questions clés sur la dialyse et la canicule
Pourquoi les patients dialysés doivent-ils limiter leur consommation d'eau ?
La dialyse élimine l'excès d'eau de l'organisme. Une consommation excessive entre les séances entraîne une surcharge pondérale, augmentant les risques cardiovasculaires et la mortalité.
Quelles solutions existent pour les patients en période de canicule ?
Outre la climatisation des logements, la dialyse à domicile nocturne permet une hydratation plus normale et évite les déplacements aux heures chaudes. Les centres de dialyse climatisés offrent également un répit temporaire.
Comment les politiques publiques peuvent-elles mieux soutenir ces patients ?
Des dérogations pour l'installation de climatisation dans les HLM, le développement de la dialyse à domicile, et une réduction des délais d'attente pour la transplantation sont des pistes prioritaires.
Photo : Le Progrès
