L'Insee publiera vendredi 30 octobre 2026 la première estimation du produit intérieur brut du troisième trimestre, que les économistes anticipent en stagnation ou en très légère progression, de l'ordre de 0,1 % entre juillet et septembre. Cette publication interviendra après un premier semestre marqué par une quasi-récession, avec un recul inattendu de 0,2 % au premier trimestre et une stagnation au deuxième.
Comme la Banque de France, qui table également sur 0,1 % pour la période, l'Institut national de la statistique et des études économiques attend une croissance française atone, selon les informations rapportées par Boursorama. Cette trajectoire contraste avec la tenue des économies voisines de la France.
Une conjoncture marquée par la « vigilance orange » de l'Insee
Dans sa note de conjoncture trimestrielle publiée en septembre et intitulée « Vigilance orange sur la croissance », l'Insee constatait que « relativement à la bonne tenue de ses voisins, l'économie française décroche ». Ce diagnostic institutionnel éclaire l'ensemble des indicateurs publiés depuis l'été et souligne la nécessité d'une vigilance renforcée sur les perspectives économiques nationales.
Quels sont les moteurs défaillants de l'économie française ?
La consommation des ménages, pilier traditionnel de la croissance française, est restée terne durant l'été. Elle a progressé de 0,4 % en juillet, principalement sous l'effet des dépenses d'énergie liées à la canicule, avant de reculer de 0,5 % en août. Le chiffre de septembre sera publié vendredi en même temps que celui du PIB.
La production industrielle a reculé en juillet et en août. La production manufacturière a certes légèrement augmenté en août, mais l'économiste d'ING Charlotte de Montpellier y voit « un rebond trop modeste pour annoncer une reprise ». Elle relève par ailleurs une « accumulation de signaux » convergents en faveur « d'une nouvelle stagnation au troisième trimestre », et anticipe une croissance annuelle d'au mieux 0,3 %, contre 0,5 % pour le gouvernement et 0,4 % pour l'Insee et la Banque de France, rappelle BFMTV.
Investissement, commerce extérieur : l'absence de relais de croissance
L'institut Rexecode anticipe pour sa part 0,1 % de croissance au troisième trimestre, selon son économiste Anthony Morlet-Lavidalie. Celui-ci observe que l'industrie, « qui a tiré son épingle du jeu » en début d'année, « est en train de caler », tandis que les services n'afficheraient qu'une croissance modérée.
L'investissement des entreprises a vraisemblablement « souffert » cet été en raison de la hausse des taux d'intérêt. L'investissement des ménages devrait être resté « en souffrance » et celui des collectivités locales avoir subi le contrecoup des dépenses engagées avant les municipales. Le commerce extérieur n'offre guère de perspectives favorables : « les données des douanes ne sont pas particulièrement bonnes », note-t-il.
« Il n'y a pas de relais de croissance aujourd'hui dans l'économie française, pas de moteur », résume Anthony Morlet-Lavidalie, à l'exception de « quelques poches comme l'aéronautique ou les data centers ». Cette atomisation des dynamiques positives complique la mise en œuvre de politiques de soutien ciblées.
Inflation : un pic proche mais une consommation plombée
Ce ralentissement s'inscrit dans un contexte de hausse des prix, alimentée par l'envolée des carburants. L'inflation atteignait 3 % sur un an en septembre, pesant sur la consommation des ménages. L'indice d'octobre sera dévoilé vendredi, de même que le PIB du troisième trimestre de plusieurs pays de la zone euro, dont l'Allemagne.
Pour Anthony Morlet-Lavidalie, l'économie française se situe toutefois « pas loin du pic, voire au pic » des prix. Dans un contexte d'activité déprimée, les fabricants éprouveront des difficultés à augmenter leurs prix de vente, ce qui devrait contenir la dynamique inflationniste à moyen terme.
Budget, déficit public et climat social : un quatrième trimestre incertain
Le quatrième trimestre ne s'annonce guère plus favorable. Le gouvernement négocie l'adoption d'un budget ramenant le déficit public de 5,4 % du PIB estimé cette année à 5 %, tout en y intégrant de nouvelles mesures, dont celles promises lundi aux lycéens et étudiants, pour plus d'un milliard d'euros. Cet arbitrage budgétaire illustre la tension croissante entre consolidation des finances publiques et demandes sociales.
Le mécontentement social demeure élevé. Les commerçants redoutent que de prochaines manifestations contre la vie chère donnent lieu, comme le 17 octobre, à des pillages de magasins à l'approche des fêtes de fin d'année. L'économiste de S&P Global Joe Hayes constate que les perspectives d'activité à douze mois des entreprises sont tombées « au plus bas niveau depuis six ans et demi ». Ce pessimisme « reflète les inquiétudes relatives aux élections présidentielles de 2027 », qui « s'annoncent particulièrement tendues », analyse-t-il.
L'indicateur de confiance des ménages de l'Insee a quant à lui atteint en octobre son plus bas niveau depuis plus de treize ans, les Français se disant particulièrement préoccupés par leur situation financière et par la hausse du chômage. La Banque de France avait elle-même souligné une économie résiliente mais freinée par un environnement incertain et la hausse des coûts, une analyse relayée par Partners Finances.
Questions fréquentes
Quelle croissance est attendue pour le troisième trimestre 2026 en France ?
L'Insee et la Banque de France anticipent une croissance de 0,1 % du PIB entre juillet et septembre 2026, après un recul de 0,2 % au premier trimestre et une stagnation au deuxième.
Quand l'Insee publiera-t-il le PIB du troisième trimestre ?
La première estimation du PIB du troisième trimestre sera publiée vendredi 30 octobre 2026, en même temps que l'inflation d'octobre et les chiffres de consommation des ménages de septembre.
Quel est le niveau de l'inflation en France en septembre 2026 ?
L'inflation s'établissait à 3 % sur un an en septembre 2026, principalement en raison de la hausse des prix des carburants.
Quel est le déficit public visé par le gouvernement pour 2026 ?
Le gouvernement négocie un budget ramenant le déficit public de 5,4 % du PIB estimé cette année à 5 %, tout en intégrant plus d'un milliard d'euros de nouvelles mesures.
