André et Christine Réveiller, bénévoles du Secours catholique - Caritas France aux Herbiers (Vendée), effectuent depuis 2022 des séjours à la Maison d'Abraham, à Jérusalem. Ce lieu d'accueil, géré par le Secours catholique, reçoit des pèlerins et voyageurs de toutes confessions. Lors de leur cinquième visite, en octobre 2026, ils ont été témoins des tensions qui marquent la région, entre commémorations des attentats du 7 octobre, présence militaire renforcée et difficultés quotidiennes des Palestiniens.
Un contexte sécuritaire prégnant dès l'arrivée
Le couple raconte que le mot « sécurité » était sur toutes les lèvres dès leur départ de France. À l'aéroport d'Orly, ils ont été dirigés vers un comptoir isolé au terminal 3, encadré par des policiers armés. Un sentiment ambivalent les a saisis : inquiétude d'abord, puis une forme d'apaisement. Même expérience à l'arrivée à Tel Aviv, où une bénévole de la Maison d'Abraham, sans billet retour, a subi un entretien approfondi et vu son visa réduit à quinze jours au lieu de trois mois. Son téléphone portable a également été fouillé.
Cette vigilance accrue s'explique par deux événements majeurs : la fête juive de Souccot, qui entraîne des rassemblements à risques et des contrôles renforcés, et le souvenir des attentats du 7 octobre 2023, marqué par de nombreuses commémorations à Jérusalem, au Mont Herzl et à Tel Aviv. Police et armée sont très présentes dans les rues de la ville.
Les conséquences concrètes pour la population palestinienne
Les points de contrôle qui ponctuent le mur de séparation limitent fortement les déplacements entre la Cisjordanie et Jérusalem. Les personnes sans documents requis ne peuvent pas passer, ce qui entraîne de nombreuses absences d'ouvriers et d'employés sur leur lieu de travail. Plusieurs écoles palestiniennes, chrétiennes ou musulmanes, sont fermées car des enseignants et élèves domiciliés en Cisjordanie ne peuvent rejoindre leurs établissements.
André et Christine Réveiller ont rencontré le directeur général de l'école Saint-Georges, l'une des quinze écoles chrétiennes de Jérusalem Est, qui scolarise 800 jeunes Palestiniens chrétiens. L'établissement est en sursis : Israël refuse un permis de travail aux enseignants palestiniens diplômés en Cisjordanie, et non en Israël. Des permis provisoires d'une semaine à six mois ont été accordés à certains. Si la situation n'est pas régularisée d'ici la prochaine rentrée, l'école devra fermer. Les programmes scolaires devraient également être modifiés pour privilégier l'histoire israélienne au détriment de l'histoire palestinienne.
Un écart qui se creuse entre les peuples
Les bénévoles constatent un fossé grandissant entre Israéliens et Palestiniens, ainsi qu'entre les différentes religions. Le directeur de l'école Saint-Georges résume la situation : « L'avenir est noir et mauvais, mais nous gardons un peu d'espérance ».
Dans ce contexte, la Maison d'Abraham continue d'accueillir chaque jour des résidents et pèlerins, notamment des trois grandes religions monothéistes. L'établissement, comme l'économie locale, souffre de la baisse de fréquentation de la Terre Sainte. André et Christine Réveiller appellent, comme la Conférence des Évêques de France l'a proposé en août 2025, à reprendre le chemin de Jérusalem pour encourager les communautés chrétiennes d'Israël et de Palestine, qui se sentent parfois bien seules. « C'est bien là notre état d'esprit. Avec prudence. En toute sécurité », concluent-ils.
(1) Côté israélien, les attentats du 7 octobre 2023 perpétrés par le Hamas ont provoqué la mort de 1 200 personnes, 3 000 blessés et 251 otages. En réponse, l'offensive israélienne dans la bande de Gaza a fait 74 200 morts, selon des chiffres du Hamas jugés fiables par l'ONU.
