À l'approche des élections législatives du 27 octobre en Israël, la campagne électorale se déroule dans un contexte inédit : celui d'une diffusion massive de contenus générés par l'intelligence artificielle (IA) sur les réseaux sociaux. Cette évolution, qui transforme les modalités de la communication politique, soulève des questions inédites pour la régulation des pratiques électorales et la confiance dans l'information.
Un recours généralisé à l'IA dans les stratégies de campagne
Les principaux partis politiques israéliens, toutes tendances confondues, ont intégré l'IA à leurs outils de communication. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou, à la tête du Likoud, a notamment partagé une vidéo satirique mettant en scène son adversaire Gadi Eisenkot, leader du parti centriste Yashar !, dans une parodie inspirée de l'univers du jeu vidéo Grand Theft Auto. Cette publication, accompagnée d'un message ironique sur la création d'un État palestinien, illustre une tendance plus large à l'usage de l'IA pour discréditer ses concurrents.
Cette pratique n'est pas limitée à un camp politique. Des personnalités comme Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir ont également recours à ces techniques, parfois de manière controversée. Une vidéo diffusée en septembre, moquant les conditions de détention des Palestiniens, a ainsi suscité une vive émotion.
Une régulation en cours d'adaptation
Face à l'ampleur du phénomène, la Commission électorale israélienne a adopté, fin juillet, des mesures visant à encadrer l'usage de l'IA. Toute propagande électorale utilisant des contenus générés ou modifiés par cette technologie doit désormais le mentionner explicitement, sous peine de retrait après examen. Cette disposition, bien que nécessaire, s'avère difficile à appliquer dans un environnement numérique où les contenus viraux se diffusent rapidement.
Selon les données de l'initiative Ze Be AI, de l'Université ouverte d'Israël, un message sur huit lié à la campagne publié sur les réseaux sociaux a été créé ou modifié grâce à l'IA. Le Likoud serait à l'origine de près de la moitié de ces contenus.
Quels risques pour la fiabilité de l'information électorale ?
Les experts s'inquiètent des conséquences de cette évolution sur la qualité du débat démocratique. Tehilla Shwartz Altshuler, chercheuse senior à l'Institut israélien pour la démocratie, évoque les « premières véritables élections basées sur l'IA au monde ». Au-delà de la période électorale, des craintes persistent quant à l'utilisation de l'IA pour imiter la voix de responsables politiques et diffuser de fausses informations, notamment le jour du scrutin.
Cette situation interroge les mécanismes de régulation existants et appelle à une réflexion plus large sur l'encadrement de l'IA dans les processus démocratiques, un enjeu qui dépasse largement le cadre national israélien.
