L'Union européenne et la Chine développent une approche de « non-nuisance » dans un contexte de tensions transatlantiques
L'intensification des relations diplomatiques entre l'Union européenne et la République populaire de Chine s'inscrit dans une dynamique géopolitique complexe, marquée par la reconfiguration des équilibres transatlantiques sous l'administration Trump.
Une séquence diplomatique européenne inédite
Au cours des deux derniers mois, plusieurs dirigeants européens de premier plan ont effectué des déplacements officiels à Pékin. Le président français Emmanuel Macron, le Premier ministre irlandais Micheál Martin, le Premier ministre finlandais Petteri Orpo et le Premier ministre britannique Keir Starmer ont successivement rencontré les autorités chinoises. Le chancelier allemand Friedrich Merz est attendu prochainement dans la capitale chinoise.
Ces initiatives diplomatiques, principalement orientées vers l'amélioration de l'accès au marché chinois, coïncident avec une montée des tensions transatlantiques résultant de la politique étrangère américaine, notamment illustrée par les récentes déclarations concernant le Groenland.
La stratégie chinoise de diversification géopolitique
Le président Xi Jinping exploite cette conjoncture pour promouvoir une vision multilatérale des relations internationales. Lors de sa rencontre avec Keir Starmer, il a déclaré que « l'ordre international est soumis à de fortes tensions et que le droit international ne peut être vraiment efficace que lorsque tous les pays le respectent », critiquant implicitement l'unilatéralisme et le protectionnisme.
Cette approche vise à consolider l'influence géopolitique chinoise en capitalisant sur les divergences transatlantiques, tout en présentant la Chine comme un acteur responsable du système international.
Les défis économiques structurels
L'Union européenne fait face à un défi d'équilibrage délicat. D'une part, les États membres recherchent activement de nouveaux débouchés commerciaux pour compenser les droits de douane américains de 15 % récemment convenus. La Chine, deuxième économie mondiale, représente théoriquement un partenaire commercial attractif.
Cependant, l'UE doit simultanément gérer un déficit commercial croissant avec la Chine. Pékin a enregistré en 2025 un excédent commercial de près de 1 000 milliards d'euros, le plus important de l'histoire moderne pour un pays.
Cette situation a motivé les critiques du président Macron lors du Forum de Davos, dénonçant la « sous-consommation » chinoise de produits étrangers et les « surcapacités massives et pratiques sources de distorsion » qui menacent les secteurs industriels européens.
L'évolution de la doctrine européenne
Depuis la pandémie de COVID-19, qui a révélé la dépendance européenne aux produits manufacturés chinois, l'Union européenne a progressivement adopté une approche plus assertive. Cette position s'est renforcée après l'invasion russe de l'Ukraine et le maintien du partenariat sino-russe.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a développé le concept de « de-risking » pour réduire les vulnérabilités sécuritaires avec la Chine, accompagné d'enquêtes sur les pratiques commerciales chinoises, notamment dans le secteur des véhicules électriques.
Les contraintes géoéconomiques contemporaines
Le différend sur les terres rares illustre la complexité des rapports économiques. La Chine contrôle environ 60 % de la production mondiale et 90 % des capacités de traitement, créant une dépendance structurelle européenne. Les restrictions chinoises ont contraint certaines entreprises européennes à limiter leurs activités et reporter leurs commandes.
Selon Alicia García-Herrero, chercheuse au think tank Bruegel, ces engagements diplomatiques doivent être compris dans le contexte des « ondes de choc » générées par l'administration Trump, offrant à la Chine une opportunité stratégique sans nécessité de concessions substantielles.
Perspectives institutionnelles
La haute représentante Kaja Kallas a récemment souligné que « la Chine pose un problème à long terme parce qu'elle utilise des pratiques économiques coercitives à l'égard de nos marchés », plaidant pour une diversification commerciale.
Alicja Bachulska, du Conseil européen des relations étrangères, analyse cette période comme caractérisée par un « difficile exercice d'équilibre » visant à renforcer la sécurité économique européenne face aux défis américains et chinois, tout en préservant la stabilité des relations multilatérales.
L'année 2026 s'annonce déterminante pour la redéfinition des équilibres géopolitiques européens dans un environnement international en recomposition.