L'Union européenne et la Chine développent une approche de « non-nuisance » dans le contexte des tensions transatlantiques
Face aux orientations diplomatiques américaines sous l'administration Trump, les dirigeants européens redéfinissent leurs relations avec la République populaire de Chine selon une logique pragmatique d'équilibrage géopolitique.
Une séquence diplomatique européenne vers Pékin
Au cours des derniers mois, une série de visites officielles de haute importance a marqué les relations sino-européennes. Les présidents Emmanuel Macron (France), Micheál Martin (Irlande), Mark Carney (Canada), Petteri Orpo (Finlande) et Keir Starmer (Royaume-Uni) se sont successivement rendus dans la capitale chinoise. Le chancelier allemand Friedrich Merz est attendu prochainement.
Ces déplacements officiels, prioritairement orientés vers l'amélioration de l'accès au marché chinois, s'inscrivent dans un contexte de tensions transatlantiques croissantes, notamment consécutives aux positions américaines concernant le Groenland danois.
La stratégie chinoise de diversification des partenariats
Le président Xi Jinping exploite cette conjoncture pour promouvoir le multilatéralisme face aux approches unilatérales. Lors de sa rencontre avec Keir Starmer, il a souligné que « l'ordre international est soumis à de fortes tensions » et que « le droit international ne peut être vraiment efficace que lorsque tous les pays le respectent », dénonçant implicitement « l'unilatéralisme, le protectionnisme et la politique de puissance ».
Cette démarche s'inscrit dans l'objectif stratégique chinois d'extension de son influence géopolitique par la diversification de ses partenariats internationaux.
L'équilibre délicat de l'Union européenne
Pour l'Union européenne, cette reconfiguration géopolitique présente des défis complexes. D'une part, les 27 États membres recherchent de nouveaux débouchés commerciaux pour compenser les droits de douane de 15% convenus avec l'administration américaine. La Chine, deuxième économie mondiale, constitue théoriquement un partenaire commercial attractif.
Cependant, l'UE doit simultanément gérer un déficit commercial croissant avec la Chine, qui a atteint un excédent de près de 1 000 milliards d'euros en 2025, le plus important jamais enregistré dans l'histoire économique moderne.
Les positions françaises sur le rééquilibrage commercial
Lors du Forum économique mondial de Davos, le président Emmanuel Macron a formulé des observations critiques concernant la « sous-consommation » chinoise de produits étrangers et les « surcapacités massives et pratiques sources de distorsion » qui « menacent de submerger des secteurs industriels et commerciaux entiers ».
Cette position illustre la recherche d'un « rééquilibrage » des relations commerciales bilatérales, présentée comme une démarche de « rétablissement de l'égalité des conditions de concurrence » plutôt que comme une approche protectionniste.
L'évolution de la stratégie européenne de « de-risking »
Depuis la pandémie de COVID-19, qui a révélé les vulnérabilités liées à la dépendance aux productions chinoises, l'Union européenne a développé une politique de « de-risking » sous l'impulsion d'Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.
Cette approche s'est renforcée après l'invasion russe de l'Ukraine, les Européens exprimant leurs préoccupations concernant le partenariat sino-russe « sans limites » et le contournement des sanctions occidentales par le territoire chinois.
Les défis des contrôles sur les terres rares
La question des terres rares illustre la complexité des interdépendances économiques. La Chine contrôle environ 60% de la production mondiale et 90% de la capacité de traitement et de raffinage de ces éléments cruciaux pour les technologies de pointe.
Les restrictions chinoises ont eu des effets significatifs sur l'industrie européenne, contraignant certaines installations à limiter leur temps de travail. Malgré les négociations menées par la Commission européenne, ces contrôles demeurent un point de friction majeur.
Perspectives d'évolution des relations UE-Chine
Selon Alicia García-Herrero, chercheuse au think tank Bruegel, ces engagements diplomatiques doivent être analysés dans le contexte des reconfigurations géopolitiques américaines, qui offrent à la Chine des opportunités stratégiques inédites.
La haute représentante Kaja Kallas a récemment souligné que « la Chine pose un problème à long terme parce qu'elle utilise des pratiques économiques coercitives à l'égard de nos marchés », plaidant pour la diversification des échanges commerciaux.
Pour 2026, l'Europe devra maintenir un équilibre délicat entre le renforcement de sa sécurité économique face aux États-Unis et à la Chine, tout en préservant la stabilité de ses relations internationales, dans un contexte où « l'appétit pour prendre des décisions audacieuses, et potentiellement coûteuses, est limité ».