Pesticides et dialogue agricole : Benoît Biteau dénonce un « entre-soi » gouvernemental
Le député écologiste et social de la Charente-Maritime, Benoît Biteau, a vivement critiqué la méthode du gouvernement dans le cadre de la loi d'urgence agricole, estimant que l'exécutif ne s'entretient « qu'avec les agriculteurs qui utilisent des pesticides ». Invité de Franceinfo le 22 juillet 2026, il a plaidé pour une écoute renforcée des porteurs d'alternatives agroécologiques.
Cette intervention intervient alors que la loi d'urgence agricole, adoptée définitivement le 21 juillet, prévoit notamment la réintroduction de certains pesticides sous le contrôle de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES). Un choix que Benoît Biteau juge « dangereux » et « en contradiction avec les attentes citoyennes ».
Un dialogue jugé trop restrictif avec le monde agricole
Benoît Biteau a déploré que le ministre de l'Agriculture, Sébastien Lecornu, ne consulte « que ceux qui utilisent des pesticides », sans jamais aller à la rencontre des agriculteurs ayant développé des alternatives. « À force d'avoir un ministre de l'Agriculture qui ne va voir que ceux qui utilisent des pesticides, et sans jamais aller voir ceux qui ont travaillé les alternatives, on passe à côté des solutions », a-t-il déclaré.
Selon lui, des solutions existent, notamment via des prédateurs naturels comme les syrphes ou les coccinelles pour lutter contre les pucerons vecteurs de la jaunisse nanisante de la betterave. Il a également rappelé le rôle de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) dans l'identification de ces alternatives.
La réintroduction des néonicotinoïdes : une « fuite en avant »
Le député a qualifié la réintroduction des néonicotinoïdes de « fuite en avant ». Il a souligné que la France les avait interdits en 2018 sur la base d'éléments scientifiques démontrant un déséquilibre de la balance bénéfice-risque en faveur du risque. « Plus on va en utiliser, plus on va en avoir besoin », a-t-il averti.
Il a également critiqué l'instrumentalisation de la colère agricole par Sébastien Lecornu, estimant que ce dernier « piétine les attentes sociétales et citoyennes ». La pétition contre la réintroduction des pesticides a recueilli plus de deux millions de signatures, un signal que le gouvernement, selon Benoît Biteau, ne peut ignorer.
La loi d'urgence agricole : des mesures jugées insuffisantes
Benoît Biteau a contesté l'idée que cette loi soit bénéfique pour les agriculteurs. « Trouvez-moi un article qui permet de rémunérer mieux les agriculteurs. Ça n'existe pas dans cette loi », a-t-il affirmé, rappelant que seulement 6 % des agriculteurs sont irriguants et que les mégabassines, également prévues par le texte, ne concernent qu'une minorité.
Il a dénoncé une gestion de l'eau « désastreuse » qui pénalisera les 94 % d'agriculteurs non irriguants, privés d'eau dans les fossés pour abreuver leurs animaux. « C'est proprement insultant », a-t-il conclu.
La démission de Monique Barbut : un geste politique fort
Benoît Biteau a apporté son soutien à la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, qui a annoncé sa démission. « Je pense qu'il faut qu'elle démissionne parce que ce ministère de l'Écologie n'est absolument pas entendu. Il est complètement écrasé », a-t-il déclaré. Il a toutefois regretté que cette démission n'ait pas eu lieu avant le débat sur la loi d'urgence agricole, afin de peser davantage sur le gouvernement.
Selon lui, le ministère de l'Écologie est « victime de coupes budgétaires régulières » et réduit à « de l'affichage ». Il a appelé le chef du gouvernement à faire vivre l'écologie comme une priorité, en lien avec les enjeux de souveraineté alimentaire et de dérèglement climatique.
Vers une union de la gauche pour la présidentielle
Interrogé sur l'avenir politique, Benoît Biteau a estimé que la gauche doit s'unir pour empêcher l'extrême droite d'accéder au pouvoir. « On a rendez-vous avec l'histoire », a-t-il déclaré, appelant à « une union de la gauche forte » dès le premier tour de la prochaine élection présidentielle.
Il a également évoqué son expérience au Parlement européen, où il a côtoyé Viktor Orbán, pour illustrer les dangers d'une arrivée de l'extrême droite au pouvoir. « Ça fait peur », a-t-il confié.
Quels sont les enjeux de la loi d'urgence agricole pour les agriculteurs ?
La loi d'urgence agricole vise à répondre à la crise du secteur, mais ses mesures, notamment la réintroduction de pesticides et le développement des mégabassines, sont critiquées par les écologistes. Selon Benoît Biteau, elle ne permet pas d'améliorer les revenus des agriculteurs et favorise une minorité d'entre eux.
Pourquoi Benoît Biteau critique-t-il le dialogue avec le gouvernement ?
Il estime que le gouvernement ne consulte que les agriculteurs utilisant des pesticides, ignorant ceux qui développent des alternatives agroécologiques. Cette approche, selon lui, empêche de trouver des solutions durables.
Quelles sont les alternatives aux pesticides proposées par Benoît Biteau ?
Il cite l'utilisation de prédateurs naturels comme les syrphes et les coccinelles pour lutter contre les pucerons, et insiste sur le rôle de la recherche agronomique (INRA) pour identifier ces solutions.
Photo : Franceinfo