Mobilisation lycéenne : le gouvernement face à un mouvement social d'ampleur
À la veille d'un nouvel acte de la mobilisation lycéenne, le ministère de l'Éducation nationale a fait état lundi de 589 établissements perturbés, un chiffre en baisse par rapport à la journée de vendredi. Le mouvement, qui s'est étendu depuis la région parisienne à l'ensemble du territoire, suscite une vigilance particulière des pouvoirs publics, alors que plusieurs syndicats ont appelé à rejoindre les lycéens mardi.
Un bilan humain préoccupant
La journée de lundi a été marquée par un incident grave à Lens, où un adolescent de 15 ans a été grièvement blessé à la main par une grenade lors d'une manifestation. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a qualifié cet épisode de « dramatique » tout en précisant que les circonstances exactes restaient à déterminer. Le parquet n'est pas en mesure, à ce stade, de préciser si le jeune homme a ramassé le projectile ou si celui-ci lui est tombé dessus.
Depuis le début du mouvement, les services du ministère recensent 190 élèves blessés, « pour l'essentiel du fait d'éléments accidentels », ainsi que 78 personnels blessés, « généralement par des personnes extérieures » aux établissements. Vingt-quatre lycées ont par ailleurs été « incendiés ou saccagés ».
Des revendications portées par les lycéens
Au-delà des incidents, les lycéens expriment des revendications claires, comme en témoigne Alma, élève au lycée Charlemagne à Paris : « Manque de moyens, de professeurs, délabrement des locaux, Parcoursup... les problèmes sont clairs. » Elle ajoute : « Quand on voit la chute de notre classement sur PISA, c'est un système d'éducation qui ne fonctionne pas. »
Le gouvernement a adressé dimanche soir une feuille de route aux ministres, demandant que les cours reprennent « partout » où cela est possible. Cinq chantiers ont été identifiés, issus des remontées des conseils académiques de la vie lycéenne, avec « de premières décisions attendues avant la fin du mois ».
Un mouvement qui s'étend aux universités
Le mouvement s'étend également à l'enseignement supérieur, avec 32 sites universitaires bloqués selon l'Union étudiante. Les forces de l'ordre sont notamment intervenues sur un site parisien de Sorbonne Nouvelle pour déloger des étudiants qui occupaient le hall. Les autorités s'attendent à une journée particulièrement dense mardi, avec une mobilisation parisienne estimée entre 20 000 et 40 000 personnes.
L'intersyndicale de l'Éducation nationale a apporté son soutien aux lycéens. Sophie Binet, responsable de la CGT, a affirmé sur TF1 que « les militantes et militants de la CGT seront là pour protéger les lycéennes et lycéens ».
Quel cadre juridique pour les manifestations ?
La porte-parole du gouvernement, Maud Brégeon, a annoncé que le projet de loi « casseurs-payeurs » serait examiné en première lecture au Sénat le 27 octobre. Ce texte vise à faire payer les dégâts à toute personne appartenant à un groupement ayant commis des dégradations, même si elle n'en est pas l'auteur direct.
Depuis le début de la mobilisation, plus de 5 000 personnes, dont 87 % de mineurs, ont été placées en garde à vue. À ce stade, 1 802 personnes font l'objet de poursuites. Six enquêtes de la police des polices sont en cours, tandis que la Ligue des Droits de l'Homme a dénoncé « une dérive globale par rapport à l'état de droit ».
Quelles perspectives pour la reprise des cours ?
Le ministre de l'Éducation nationale a appelé les responsables d'établissements à préparer une reprise progressive des cours mercredi matin, avec un temps dédié aux discussions avec les équipes et les élèves afin d'« objectiver les choses ». Cette approche vise à répondre aux préoccupations exprimées tout en assurant la continuité pédagogique.