L'affaire Gisèle Paris : une polémique dans l'écosystème des influenceurs
Une vidéo publiée par la créatrice de contenu Léna Situations a déclenché une vive polémique dans le monde de l'influence. En cause : la présence à ses côtés de Gisèle Journo, cofondatrice de l'agence Gisèle Paris, accusée d'avoir relayé des contenus de l'armée israélienne. L'affaire, qui a pris une ampleur judiciaire, interroge sur la responsabilité des acteurs du secteur face aux prises de position publiques.
Les faits : une présence contestée dans les vlogs d'août
Comme chaque année, Léna Situations a publié en août une série de vlogs quotidiens, une pratique suivie par des millions d'abonnés. Il y a deux semaines, alors qu'elle rejoignait d'autres influenceurs à l'île de Ré, une femme est apparue à ses côtés : Gisèle Journo. Cette dernière, cofondatrice de l'agence Gisèle Paris, semblait faire partie du cercle d'amis de Sundy Jules, aux côtés de Bilal Hassani, Paola Locatelli, Sulivan Gwed ou encore Mv Tiangue.
Sa présence a rapidement suscité des réactions négatives, notamment de la part de l'eurodéputée Rima Hassan. Sur son compte Instagram, l'élue a accusé Gisèle Journo d'avoir relayé du contenu de l'armée israélienne, appelant au boycott. Plusieurs captures d'écran montrent que la fondatrice de Gisèle Paris a partagé des vidéos de soldats du Tsahal et des contenus à la gloire de l'armée israélienne.
La réponse de l'agence et l'ouverture d'une enquête
Face à ces accusations, Gisèle Paris a publié un communiqué sur Instagram. L'agence reconnaît que les posts relayés par sa fondatrice ont pu « heurter, dans un contexte aussi douloureux », mais affirme : « Nous n'avons jamais soutenu ni cautionné la mort de civils palestiniens. Le dire ou le laisser entendre est faux. Face à une accusation aussi grave, il nous semble important de le dire simplement sans ambiguïté. » L'agence dénonce également des « insultes, menaces, propos antisémites et messages haineux » visant ses équipes.
Le parquet de Paris a confirmé, jeudi 20 août, l'ouverture d'une enquête pour cyberharcèlement et menaces de mort. L'enquête préliminaire vise notamment le « harcèlement moral d'une personne au moyen d'un service de communication au public en ligne » et la « menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet », tous deux « commis en raison de la race, l'ethnie, la nation ou la religion ». Les investigations, menées sur les posts susceptibles de constituer une infraction pénale, sont en cours pour en identifier les auteurs.
Karen Noblinski, avocate de Gisèle Journo et de Gisèle Paris, a dénoncé auprès de l'AFP une « campagne de cyberharcèlement d'une ampleur particulièrement préoccupante, mêlant menaces de mort, injures à caractère antisémite et sexiste et appels à la haine ». Elle a notamment cité des messages tels que « Mourrez bande de sionistes », « Vous serez chassés, traqués, tabassés » ou « À la douche vulgaire insecte ».
Les réactions des influenceurs et des personnalités politiques
Depuis le début de l'affaire, plusieurs influenceurs ont pris leurs distances avec Gisèle Journo. Léna Situations, qui n'a pas fait de déclaration publique, a toutefois aimé la publication de Rima Hassan. La créatrice de contenu, régulièrement ciblée par des campagnes de cyberharcèlement, avait porté un pendentif pastèque lors d'un épisode de son podcast sur Disney+, un signe de soutien à la cause palestinienne salué par certains mais jugé tardif par une partie de sa communauté.
Sundy Jules a, de son côté, supprimé les apparitions de Gisèle Journo dans son dernier vlog, allant jusqu'à flouter son visage. Le youtubeur Sparkdise a quant à lui exprimé son rejet sans ambiguïté sur Instagram, avec des propos virulents.
Sur X, la députée Caroline Yadan, à l'origine d'une proposition de loi controversée sur la lutte contre l'antisémitisme, a interpellé Léna Situations. Elle a dénoncé son manque de solidarité avec Gisèle Journo, soulignant que « l'influence confère une visibilité considérable » et qu'« elle implique aussi une responsabilité ». La députée a également écrit aux marques partenaires des influenceurs concernés, dont Dior, Etam France, Adidas ou Tommy Hilfiger, pour les interroger sur la compatibilité de ces attitudes avec leurs valeurs affichées de respect et d'inclusion.
Une affaire aux implications multiples
Cette affaire illustre les tensions qui traversent le secteur de l'influence, entre responsabilité publique, liberté d'expression et enjeux commerciaux. Elle soulève également des questions sur la régulation des contenus en ligne et le rôle des plateformes dans la prévention du cyberharcèlement. Alors que l'enquête se poursuit, elle pourrait avoir des répercussions sur les collaborations entre marques et créateurs de contenu, et sur la manière dont ces derniers gèrent les prises de position sensibles.
Pour les pouvoirs publics, cette affaire rappelle la nécessité d'un cadre clair pour encadrer les pratiques des influenceurs, tout en garantissant la liberté d'expression et la protection des personnes contre les abus en ligne.