Guadeloupe : l'État face au défi sécuritaire des outre-mer
La situation sécuritaire en Guadeloupe révèle les défis structurels auxquels font face les territoires ultramarins. Avec 52 homicides recensés en 2025, soit un taux neuf fois supérieur à la moyenne nationale, l'archipel guadeloupéen connaît une dégradation préoccupante de l'ordre public qui interpelle les pouvoirs publics.
Une criminalité multifactorielle nécessitant une réponse adaptée
L'analyse des données révèle une criminalité aux origines diverses : narcotrafic, violences conjugales, rivalités personnelles et vols à main armée constituent les principaux facteurs explicatifs. Cette diversité des causes souligne la complexité du phénomène et la nécessité d'une approche globale de la part des autorités compétentes.
Caroline Calbo, procureure de Pointe-à-Pitre, observe une implication croissante de mineurs dans ces actes criminels. Les tribunaux pour enfants traitent régulièrement des affaires impliquant des jeunes de 13 à 17 ans, auteurs de vols avec armes et de tentatives d'homicide. Cette tendance questionne l'efficacité des dispositifs de prévention et d'accompagnement de la jeunesse en difficulté.
Adaptation des services publics aux nouveaux défis
Face à l'évolution de la criminalité, les services publics adaptent leurs moyens d'intervention. Le personnel hospitalier se forme désormais à la médecine de guerre pour traiter les blessures causées par des armes de guerre, témoignant de la gravité de la situation. Patrick Portecop, chef du Samu du CHU de Pointe-à-Pitre, constate l'évolution des blessures liées à l'utilisation d'armements plus sophistiqués.
Les forces de l'ordre ont également renforcé leur dispositif avec la création de la Brigade de Répression des Armes et du Crime Organisé (BRACO) et le déploiement du Peloton d'Intervention de la Garde Républicaine (PIGR). Ces unités spécialisées mènent des opérations ciblées pour lutter contre les plus de 500 vols à main armée recensés en 2025.
Enjeux de politique publique territoriale
La circulation d'environ 40 000 armes sur le territoire guadeloupéen, selon les estimations préfectorales, représente un défi majeur pour les autorités. Ces armements proviennent principalement d'Haïti via la Dominique, soulignant la dimension transfrontalière du problème et la nécessité d'une coopération régionale renforcée.
Les professionnels du secteur judiciaire, à l'image de l'avocate Sandra Adonis-Navarin, appellent à une mobilisation accrue des moyens étatiques. Ils préconisent une approche structurelle dépassant les seules opérations ponctuelles pour traiter les causes profondes de cette insécurité.
Cette situation guadeloupéenne illustre les défis spécifiques auxquels font face les collectivités ultramarines et questionne l'adaptation des politiques publiques de sécurité aux réalités territoriales. Elle souligne également l'importance d'une coordination renforcée entre les différents échelons administratifs pour apporter une réponse efficace et durable à ces enjeux sécuritaires.