Gironde : le SDIS dément formellement tout abandon de la commune du Porge face aux incendies
Le directeur du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) de la Gironde, le contrôleur général Marc Vermeulen, a fermement démenti, ce jeudi 6 août dans les colonnes de Sud-Ouest, toute accusation d’abandon de la commune du Porge lors du mégafeu qui a ravagé le massif forestier. Alors que des habitants sinistrés estiment avoir été “sacrifiés” au profit d’autres secteurs, notamment la presqu’île du Cap Ferret, le responsable insiste sur la rigueur de la manœuvre opérationnelle et sur l’absence de toute pression extérieure.
Des accusations d’abandon jugées infondées
“Nous n’avons jamais abandonné Le Porge”, a déclaré Marc Vermeulen, répondant aux griefs formulés par un collectif d’habitants qui envisage de déposer plainte. Selon lui, les mouvements de personnels et de matériels vers les communes de Lacanau et de Lège – situées sur la presqu’île du Cap Ferret – n’ont concerné que des moyens de soutien sanitaire et logistique (médecins, camions de carburant), et non des engins de lutte directe contre le feu. “Il n’y a pas eu de détournement des moyens de lutte contre l’incendie”, a-t-il martelé, tout en reconnaissant que “la manœuvre a pu susciter une incompréhension”.
La polémique est née du fait que Le Porge concentre 183 des 240 habitations détruites par le feu, soit près de 80 % des pertes. Des rumeurs ont circulé selon lesquelles des personnalités résidant sur la presqu’île auraient exercé des pressions pour obtenir un renforcement des moyens de protection. Marc Vermeulen a catégoriquement démenti ces allégations : “Je ne suis pas mondain, ils n’ont pas mon numéro. Personne. Rien. Je vais plus loin : je n’ai reçu aucune pression d’une quelconque autorité, corps préfectoral ou élu.”
Priorité absolue à la sauvegarde des vies humaines
Le directeur du SDIS a justifié la stratégie adoptée par la nécessité de protéger les vies humaines, priorité numéro 1 dans toute intervention de secours. “Les résidents et touristes du Cap Ferret se trouvaient dans un cul-de-sac, le feu arrivant par le nord. Je réponds à la priorité numéro 1 : sauver des vies, qui, jusqu’à nouvel ordre, ont toutes la même valeur”, a-t-il expliqué. Il a assuré que la manœuvre ne visait pas à “protéger telle maison par rapport au revenu de son propriétaire”.
“Oui, chaque maison brûlée est une maison de trop. J’entends les interrogations”, a-t-il concédé. Mais il a souligné qu’aucune victime n’est à déplorer dans la population, et qu’une première étude indique que 90 % du bâti menacé par l’incendie a été préservé. Ce bilan, bien que lourd, est présenté comme un succès relatif au regard des conditions extrêmes.
Un procès injuste, selon le patron des pompiers
Marc Vermeulen a également répondu aux critiques sur la gestion du départ de feu, survenu le 22 juillet à Saumos. Il a fourni un détail chronologique précis : le déclenchement a été signalé à 12 h 02, les premiers pompiers – parmi 14 groupes prépositionnés dans le massif – sont intervenus 16 minutes plus tard, et des moyens aériens (un Dash puis quatre Air Tractor) ont été déployés dans l’heure. “On nous fait un procès injuste”, a-t-il déclaré, visiblement ému. “Après la mort de nos camarades dans un bois à Mérignac (le 21 juillet), quand j’entends que l’on attend le feu sur le bord des routes, j’ai quelquefois du mal à garder mon calme.”
Il a fermement démenti toute consigne de non-engagement dans le massif : “L’engagement des pompiers a été total. Mais au vu des conditions, le combat était inégal. Aujourd’hui, la forêt est une poudrière.” Ce mégafeu, le plus dévastateur en France depuis 1949, est désormais considéré comme “maîtrisé”, mais il reste sous surveillance étroite.
Un enjeu de confiance dans l’action publique
Cette affaire soulève des questions essentielles sur la gestion des crises et la communication des services publics en situation d’urgence. Alors que les habitants du Porge expriment un sentiment d’abandon, les autorités appellent à une évaluation objective des décisions opérationnelles. Le SDIS de la Gironde, fort de son expertise, devra désormais travailler à restaurer la confiance, en expliquant plus clairement les arbitrages rendus face à un sinistre d’une ampleur inédite.
La préfecture de la Gironde et le ministère de l’Intérieur suivent de près l’évolution de la situation. Une mission d’inspection pourrait être diligentée pour tirer les leçons de cet incendie et améliorer les dispositifs de prévention et de réponse aux feux de forêt, dans un contexte de changement climatique qui accroît le risque de mégafeux.