Cinéma et IA : le sommet de Saint-Paul-de-Vence dessine une feuille de route internationale
Le président de la République, Emmanuel Macron, a ouvert lundi 7 septembre 2026, à Saint-Paul-de-Vence, un sommet international inédit consacré à l'avenir du cinéma. Cette rencontre, co-organisée avec la Corée du Sud, visait à définir une réponse collective face aux mutations technologiques, en particulier l'intelligence artificielle (IA), qui bouleversent le secteur de l'image animée.
Dans son discours d'ouverture, le chef de l'État a appelé à « reprendre le contrôle » sur ces technologies, soulignant que l'IA ne doit pas se substituer aux auteurs. « Nous ferions une erreur formidable si cette technologie devenait un instrument qui se substitue ou prétendrait se substituer aux auteurs », a-t-il déclaré, devant un parterre de professionnels issus de 65 pays.
Un sommet pour répondre aux défis de la filière
Ce sommet, baptisé « Sommet Lumière », s'inscrit dans un contexte de fragilisation du secteur, marqué par la baisse de la fréquentation en salles et la concurrence des plateformes numériques. Quelque 220 invités, représentant studios hollywoodiens, chaînes de télévision, streamers, producteurs et éditeurs de jeux vidéo, ont participé aux échanges. L'objectif : trouver un « terrain d'entente » face aux défis communs.
Gaëtan Bruel, président du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), qui copilote l'événement, a reconnu qu'il ne s'agissait pas de « régler toutes les difficultés en une journée », mais de « relever la tête » et de prendre des « mesures concrètes ».
Des annonces structurantes : fonds commun et organisation internationale
En ouverture des débats, la France et la Corée du Sud ont annoncé la création d'un fonds d'un milliard d'euros, abondé à parité, destiné à soutenir « la filière de l'image » au sens large sur les cinq prochaines années. Ce fonds bénéficiera à des entreprises françaises et sud-coréennes de l'image animée.
Par ailleurs, le président Macron a détaillé la création d'une nouvelle organisation internationale, dénommée Iris, qui rassemblera « l'ensemble des salles de cinéma indépendantes » afin de « préserver la diversité de ce modèle ». Le président sud-coréen, Lee Jae Myung, a insisté sur la nécessité de « s'attaquer à la crise qui frappe les salles de cinéma ».
Une présence sélective des acteurs du numérique
Si les grands studios américains, tels que Sony Pictures et Disney, ainsi que l'Académie des Oscars, ont répondu présents, certains acteurs majeurs du numérique ont décliné l'invitation. YouTube et Meta (Instagram) étaient absents, de même que les grandes sociétés d'intelligence artificielle générative, pourtant au cœur des débats sur la propriété intellectuelle.
Vincent Florant, secrétaire général du sommet, a réaffirmé que « la propriété intellectuelle n'est pas négociable », en référence à la déclaration finale attendue. Les tables rondes, très orientées business, ont notamment porté sur la « valeur de l'image animée » et le « financement de l'ambition créative ».
Un événement entre économie et prestige
Malgré une tonalité résolument économique, le sommet a conservé une dimension symbolique, avec la présence de la star américaine George Clooney, récemment aperçu à la Mostra de Venise. Le réalisateur Martin Scorsese et l'actrice Isabelle Huppert ont également apporté leur soutien à distance.
Ce rendez-vous, présenté comme un « Davos du cinéma », ambitionne de poser les jalons d'une gouvernance internationale de l'image animée, à l'heure où l'IA redéfinit les équilibres du secteur.