Chantilly révèle la collection patrimoniale de Caroline Murat
Cet été 2026, le château de Chantilly met en lumière le destin exceptionnel de la collection de Caroline Bonaparte-Murat, reine de Naples. L'exposition « De Naples à Chantilly », organisée au sein de la salle du Jeu de paume, illustre la trajectoire administrative et patrimoniale de ces œuvres. Elle souligne le rôle fondamental des institutions dans la conservation et la transmission des biens culturels nationaux, ainsi que l'importance de la recherche historique dans la réattribution de ce patrimoine.
Quelles sont les origines de la collection de Caroline Murat ?
L'histoire de cet ensemble artistique débute dans un contexte d'instabilité politique européenne. En 1808, Caroline Bonaparte et son époux, Joachim Murat, accèdent au trône de Naples, succédant à Joseph Bonaparte et Julie Clary. Cependant, les alliances fluctuantes de Murat, qui renonce temporairement à l'empire napoléonien en 1814 avant de rallier Napoléon durant les Cent-Jours, entraînent sa déchéance le 2 mai 1815.
Face à l'imminence de la chute du régime, la reine Caroline fait expédier quarante-neuf caisses renfermant des antiquités et des tableaux majeurs vers Paris. Le reste de la collection reste sur place et est ensuite approprié par le nouveau régent du royaume, Léopold de Bourbon-Siciles, prince de Salerne. Ce dernier s'installe dans les appartements privés de la souveraine et s'approprie ses trésors artistiques.
Comment le duc d'Aumale a-t-il assuré la sauvegarde de ces œuvres ?
Le décès du prince de Salerne en 1851 menace l'intégrité de cet ensemble patrimonial. Endetté, le prince laisse une collection qui doit être mise en vente pour apurer ses créances. C'est alors qu'intervient son gendre, Henri d'Orléans, duc d'Aumale. Fils du roi des Français Louis-Philippe et héritier de la fortune du dernier prince de Condé, ce dernier acquiert la totalité de la collection de son beau-père en 1854.
Cette opération permet à la fois de régler les dettes du prince de Salerne et d'enrichir considérablement le fonds du duc d'Aumale. Ce dernier lègue par la suite l'ensemble de ses biens à l'Institut de France. Depuis 1898, cette collection, qui constitue la plus importante en France pour l'art ancien après le musée du Louvre, est présentée au public au sein du musée Condé, conformément à la volonté de son donateur.
Que proposent les expositions estivales 2026 au musée Condé ?
La programmation estivale du domaine de Chantilly déploie deux manifestations complémentaires, accessibles jusqu'au 4 octobre 2026. La première, « De Naples à Chantilly. Les collections de Caroline Murat », réunit une centaine de prêts nationaux et internationaux, ainsi que des œuvres du musée Condé récemment réattribuées ou restaurées. Elle permet de reconstituer l'ampleur de la collection de la souveraine.
La seconde exposition, « Napoléon à Chantilly », est présentée au Cabinet des livres du musée Condé. Elle rassemble des documents d'archives, des estampes, des livres et des objets historiques, dont un pistolet et un bicorne ayant appartenu à l'empereur. Ce bicorne a été légué à l'Institut de France par le peintre Jean-Léon Gérôme à son décès en 1904, sous la condition expresse de sa conservation au musée Condé. Cette exigence témoigne de la vigilance des donateurs quant à la préservation in situ du patrimoine national.
Pourquoi la réattribution des œuvres est-elle un enjeu scientifique majeur ?
L'ombre de Caroline Murat planait depuis longtemps sur ces chefs-d'œuvre sans être formellement établie. Les travaux de recherche et les opérations de restauration menés par les équipes du musée Condé ont permis de clarifier la provenance de ces pièces. Cette démarche de réattribution illustre le dynamisme de la recherche scientifique au sein des institutions muséales françaises, essentielle pour une compréhension juste et documentée de notre héritage culturel.