Assassinat de Federico Aramburu : Loïk Le Priol maintient sa thèse du réflexe militaire devant la cour d'assises
Loïk Le Priol, jugé pour l'assassinat du rugbyman argentin Federico Aramburu, a ajusté sa défense lors de son interrogatoire devant la cour d'assises de Paris, le 21 septembre 2026. L'ancien militaire de 32 ans, lié à l'ultradroite, reconnaît désormais avoir cherché la confrontation, mais continue d'invoquer un « réflexe militaire » face à une agression. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
L'auteur des tirs mortels sur le rugbyman argentin Federico Aramburu, Loïk Le Priol, n'invoque plus explicitement une « légitime défense » et ne parle plus de tirs de sommation. Il maintient toutefois avoir agi pour se défendre face à « un tabassage total », évoquant un « pur réflexe militaire ». Cet ancien soldat, militant de l'ultradroite parisienne, a fait évoluer sa défense ce lundi devant la cour d'assises de Paris, lors de son interrogatoire.
Une défense qui évolue, une préméditation contestée
L'accusé a d'abord persisté : il aurait été la cible de « provocations » de l'ami de la victime, Shaun Hegarty, puis d'une « agression » de Federico Aramburu, avant d'être frappé. Il aurait alors tiré pour « que ça s'arrête ». Cependant, la carapace s'est « fissurée » lorsque Yann Le Bras, l'avocat de la veuve, Maria Codino Aramburu, a demandé ce qu'il pensait de l'expression « grenade dégoupillée » pour décrire l'homme qu'il était alors. « Vous avez 100 % raison », a répondu Le Priol. « Vous avez fait un pas, monsieur », lui a retourné Me Le Bras. Mais non, il n'a pas mené de « chasse à l'homme » et n'était « en mode bagarre ».
Même si les témoins l'ont présenté unanimement comme le responsable de l'escalade dans la dispute sur la terrasse du Mabillo, Le Priol a maintenu sa ligne : celui qui a, à ce moment-là, « le droit d'être énervé », c'est lui. Après la querelle et une courte bagarre, son coaccusé Romain Bouvier est le premier à avoir tiré sur l'Argentin boulevard Saint-Germain, où Le Priol était parti à pied, en quête des rugbymen pour en découdre encore, selon l'accusation. En découdre peut-être, a concédé pour la première fois Le Priol. Mais pas pour tuer, selon lui. La préméditation constitue un enjeu majeur pour lui.
Le récit des faits : un « effet tunnel » et des tirs dans le dos
« Là j'entends des détonations », a expliqué Le Priol, qui a claqué quatre fois des mains pour les reproduire ; « ça me propulse ». En sprintant, pour retrouver Bouvier et sa petite amie, il est dans un « effet tunnel », a « le palpitant à 200 », du « sang dans la bouche ». Il « retombe sur les rugbymen », se fait « percuter sur la gauche » par Aramburu, prend « un énorme coup dans le visage », puis un autre à l'arrière du crâne. Par « pur réflexe militaire, alors que je suis tenu par l'arrière », « je sors mon arme » et tire, « jusqu'à ce que l'agression s'arrête », a-t-il raconté. « Qu'est-ce qu'il fallait que j'attende ? Qu'ils me fracturent la nuque ? » Le président Franck Zientara a ensuite rappelé que les tirs mortels avaient atteint la victime dans le dos. « Je ne peux l'expliquer que dans l'effet rotatif » de la bagarre, a répondu l'ancien militaire, évoquant « une tragédie grecque », « un drame absolu qui a duré quelques secondes ».
Un engagement d'ultradroite minimisé, des propos racistes contestés
Même si la justice ne les retient pas comme circonstances aggravantes du crime, Le Priol minimise enfin son engagement d'ultradroite et nie être raciste. Il est confronté aux photos dans son téléphone du « George Floyd Challenge », défi populaire dans les milieux suprémacistes blancs consistant à rejouer la mort de cet Américain noir étouffé par un policier, ou ce photomontage montrant Marine Le Pen tenant une pancarte « Bon ramadan les bougnoules ». Quant à ce message à sa compagne où, six jours avant le crime, il évoque un « nègre d'Uber Eats », il s'agirait sans doute d'« une faute de frappe », tente-t-il.
Jugé pour assassinat, Loïk Le Priol encourt un verdict de réclusion criminelle à perpétuité. La cour d'assises de Paris poursuit son délibéré, tandis que les parties civiles et la défense s'affrontent sur la question centrale de la préméditation.