L'organisation Le Pélican, fondée par l'Alsacienne Ariane Hiriart, poursuit ses activités éducatives en Afghanistan malgré les restrictions imposées aux femmes depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021. L'association gère six écoles à Kaboul, emploie 56 Afghans et sert 400 repas par jour, selon une enquête publiée par Le Progrès le 25 octobre.
Cette structure, l'une des rares organisations non gouvernementales encore présentes dans le pays, négocie depuis 2022 un agrément annuel avec les autorités de Kaboul pour maintenir ouvertes des classes accueillant des filles de plus de 14 ans, officiellement interdites d'école. Le récit d'Ariane Hiriart, recueilli lors d'un passage en France, éclaire les conditions concrètes d'une action humanitaire sous contrainte autoritaire.
Une scolarisation maintenue par la négociation
Ariane Hiriart s'est rendue pour la première fois en Afghanistan en 2000, dans le cadre d'une mission de l'organisation humanitaire chrétienne Medair. Cette expérience l'a conduite à créer Le Pélican, qui développe aujourd'hui un dispositif éducatif complet dans la capitale afghane.
L'association gère six établissements : deux écoles pour enfants sourds, deux pour enfants porteurs de trisomie ou de déficiences mentales, une école d'éducation classique et un atelier de couture. Le programme afghan y est partiellement suivi, complété par des cours d'informatique et d'anglais, ainsi que par des moments de jeu et de sport destinés à des enfants qui travaillent en dehors de l'école.
Le financement repose sur un budget annuel de 400 000 dollars, intégralement consacré au projet de Kaboul. Cette contribution à l'économie locale constitue, selon la fondatrice, un élément d'acceptation auprès des autorités.
Je pense qu'ils nous acceptent aussi parce que notre budget annuel de 400 000 dollars est uniquement destiné à ce projet à Kaboul et c'est une grande aide pour l'économie du pays.
La distribution quotidienne de 400 repas, soit environ 25 kilos de riz, facilite également le maintien d'un enseignement religieux adapté, que l'organisation parvient à moduler au quotidien.
Comment l'association contourne-t-elle l'interdiction d'école pour les filles ?
Le retour des talibans au pouvoir a entraîné l'évacuation d'Ariane Hiriart, qui n'a pu regagner l'Afghanistan qu'au début de l'année 2022. À son retour, la réouverture des écoles a exigé de longues négociations avec le ministère de l'Économie et celui des Affaires sociales.
Les autorités refusaient initialement la réouverture des classes pour filles. Un agrément a finalement été signé, mais il doit être renouvelé chaque année, ce qui maintient une incertitude permanente sur la poursuite des activités.
Il ne voulait pas que les écoles pour filles rouvrent, mais on a réussi à obtenir la signature d'un agrément, qui doit être renouvelé tous les ans.
Les élèves les plus âgées, de 14 à 16 ans, ne sont plus autorisées à fréquenter les établissements. L'association a mis en place un dispositif de protection élaboré : des caméras de sécurité et des gardes signalent les patrouilles de la milice des mœurs, tandis qu'un contrôle d'identité systématique retarde l'entrée de tout visiteur. Pendant ces vérifications, les filles trop âgées revêtent masques, hijabs et gants et baissent la tête, afin qu'un contrôle inopiné ne révèle que des têtes couvertes de foulards.
Des employées féminines malgré l'interdiction
Au-delà des élèves, l'association maintient en poste des institutrices et des femmes travaillant aux côtés du cuisinier, une pratique totalement interdite par le régime. Un circuit de fuite a été aménagé pour permettre à ces employées d'échapper à une arrivée imprévue de talibans.
Ce maintien de l'emploi féminin illustre la capacité d'adaptation des opérateurs humanitaires dans un environnement juridique hostile aux droits des femmes, que le droit international conteste sans parvenir à infléchir. L'Alsace relève que Le Pélican figure parmi les dernières ONG encore actives sur le territoire afghan, information également reprise par Titre Presse.
Pour les politiques publiques européennes de solidarité, ce cas démontre qu'un financement modeste, ciblé et négocié localement peut préserver un accès à l'éducation là où les instruments diplomatiques classiques échouent. La question de l'appui budgétaire aux organisations restées sur place figure désormais parmi les options envisageables pour les bailleurs internationaux.
Questions fréquentes
Quelle ONG française intervient encore en Afghanistan ?
Le Pélican, fondé par l'Alsacienne Ariane Hiriart, gère six écoles à Kaboul et emploie 56 Afghans, avec un budget annuel de 400 000 dollars.
Les filles peuvent-elles aller à l'école sous les talibans ?
L'éducation des filles au-delà de la primaire est largement interdite. Le Pélican accueille clandestinement des élèves de 14 à 16 ans grâce à des dispositifs de protection.
Comment l'association protège-t-elle ses élèves ?
Des caméras, des gardes, un contrôle d'identité à l'entrée et des consignes de dissimulation permettent d'éviter la détection lors des patrouilles de la milice des mœurs.
