L'interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs : premiers enseignements de l'expérience australienne
L'Australie a mis en œuvre depuis plus d'un mois la première interdiction mondiale des réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 16 ans. Cette mesure réglementaire inédite, qui impose aux plateformes numériques de vérifier l'âge des utilisateurs sous peine d'amendes substantielles, offre des premiers enseignements sur l'efficacité des politiques publiques de régulation numérique.
Mise en œuvre opérationnelle et premiers résultats
Selon les données collectées par eSafety, l'autorité australienne compétente, les principales plateformes ont procédé à la suppression d'environ 4,7 millions de comptes identifiés comme appartenant à des mineurs de moins de 16 ans au cours des quinze premiers jours d'application de la réglementation. Cette mesure s'appuie sur des dispositifs techniques de vérification d'âge incluant la reconnaissance faciale et la lecture de pièces d'identité.
L'objectif affiché par les autorités australiennes consiste à protéger la santé mentale des mineurs, à prévenir le cyberharcèlement et à limiter l'exposition aux contenus inappropriés. Le Premier ministre Anthony Albanese avait anticipé les tentatives de contournement : "Je suis sûr que des individus se feront une priorité de chercher à contourner la loi et certains y parviendront. En aucun cas, cela est une excuse pour ne rien faire."
Défis d'application et stratégies de contournement
Les premiers retours d'expérience révèlent diverses stratégies de contournement développées par les utilisateurs concernés. L'utilisation de réseaux privés virtuels (VPN) et de techniques de modification d'apparence pour tromper les systèmes de reconnaissance faciale constituent les principales méthodes observées.
Par ailleurs, certaines plateformes comme WhatsApp bénéficient d'exemptions, créant des zones de non-application de la réglementation. Cette situation génère des effets de substitution vers des applications moins connues et potentiellement moins régulées, soulevant des questions sur l'efficacité globale du dispositif.
Perspectives françaises et approches alternatives
L'Assemblée nationale française a récemment adopté un projet de loi similaire interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, avec une mise en application prévue pour la rentrée 2026. Une vérification généralisée de l'âge des utilisateurs est programmée pour janvier 2027.
Cependant, des experts français privilégient une approche d'encadrement plutôt que d'interdiction. Deborah Elalouf, Présidente du programme national Internet Sans Crainte, préconise "la responsabilité des plateformes, l'éducation aux médias et l'accompagnement parental" comme alternative plus efficace à l'interdiction pure.
Évaluation institutionnelle et perspectives
La commissaire australienne à la sécurité en ligne, Inman Grant, souligne que "le véritable impact de l'âge minimum sur les réseaux sociaux ne se mesurera pas en semaines ou en mois, mais sera probablement générationnel." Cette perspective temporelle longue interroge sur les méthodes d'évaluation des politiques publiques numériques.
L'expérience australienne met en évidence la complexité de la régulation numérique et la nécessité d'approches multidimensionnelles combinant mesures réglementaires, responsabilisation des acteurs privés et dispositifs d'accompagnement éducatif. Les enseignements de cette expérimentation seront déterminants pour l'élaboration des futures politiques publiques européennes en matière de protection des mineurs dans l'environnement numérique.