Protection du grand cormoran : neuf pays européens demandent un réexamen des règles
Neuf États membres de l'Union européenne ont officiellement demandé un assouplissement des règles de protection du grand cormoran, une espèce d'oiseau aquatique dont la prolifération croissante suscite des tensions croissantes avec le secteur de la pêche. Cette initiative, portée par la Croatie, la Tchéquie, l'Estonie, la Finlande, la Lettonie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Suède, vise à maintenir la population de l'espèce à un niveau jugé compatible avec les impératifs écologiques et économiques.
Un impact économique et écologique préoccupant
Le grand cormoran, longtemps menacé d'extinction, est aujourd'hui protégé par une directive européenne de 1979. Sa population est désormais estimée à 2 millions d'individus sur le continent, avec une consommation annuelle de 180 kg de poissons par oiseau. Selon la Commission européenne consultative pour les pêches dans les eaux intérieures et l'aquaculture (CEIPEA), l'ensemble des cormorans présents en Europe prélèveraient environ 300 000 tonnes de poissons par an, un chiffre qui alimente les revendications des professionnels de la pêche.
Les pêcheurs locaux, notamment en Slovaquie, décrivent une situation qui se dégrade. Peter Bozik, pêcheur slovaque, a qualifié l'oiseau de 'terroriste' et souligné que les cormorans peuvent, en un instant, prélever l'ensemble de la population de poissons dans les eaux libres de glace ou la blesser mortellement. Pavel Vrana, autre acteur du secteur, a ajouté que les oiseaux stressent les poissons au point qu'ils ne se reproduisent plus, évoquant un 'massacre à la tronçonneuse'.
Un précédent qui fait débat : le cas du loup
Cette demande n'est pas sans rappeler le précédent du loup au sein de l'Union européenne. En 2025, l'UE avait assoupli le statut de protection du loup, passant de 'strictement protégé' à 'protégé', pour répondre aux préoccupations des bergers face à l'augmentation de la population lupine. Les organisations environnementales avaient alors exprimé leurs craintes que cette mesure n'incite à réduire la protection d'autres espèces, comme l'ours, le lynx ou le cormoran.
Un plan d'action proposé par la CEIPEA
Dès avril 2025, la CEIPEA avait présenté un plan d'action visant à réguler la population de grands cormorans en Europe. Ce plan prévoit des abattages massifs des adultes et un badigeonnage des œufs avec de l'huile minérale pour empêcher leur éclosion. Les neuf pays demandent désormais que le statut de protection de l'espèce soit modifié pour permettre une chasse hors période de reproduction et d'élevage des petits, une mesure qui, selon eux, permettrait de concilier préservation de la biodiversité et soutien à une filière économique fragile.
FAQ : questions fréquentes sur le grand cormoran
Pourquoi le grand cormoran est-il protégé ?
Le grand cormoran est protégé par une directive européenne de 1979, adoptée alors que l'espèce était menacée d'extinction. Ce statut interdit sa chasse et sa régulation sauf dérogation spécifique.
Quels sont les impacts du grand cormoran sur la pêche ?
Les cormorans consomment environ 180 kg de poissons par an chacun, et leur prolifération entraîne des pertes économiques pour les pêcheurs, notamment en stressant les poissons et en réduisant leur reproduction.
Quelles sont les alternatives à l'abattage ?
Outre l'abattage, la CEIPEA propose un badigeonnage des œufs avec de l'huile minérale pour limiter les naissances, une méthode non létale mais contestée par les associations environnementales.