Marina Vlady : une vie au service du cinéma et de l'engagement civique
L'actrice Marina Vlady, figure majeure du cinéma français et italien, est décédée jeudi à l'âge de 88 ans. Nourrie par la culture russe familiale, elle laisse derrière elle une carrière riche de près de 80 longs-métrages et un héritage d'engagement citoyen remarquable, du droit à l'avortement à la défense des mal-logés.
Un parcours artistique exceptionnel
Née Catherine Marina de Poliakoff-Baïdaroff le 10 mai 1938 à Clichy, Marina Vlady grandit au sein d'une famille d'artistes russes émigrés. Ses parents, arrivés en France après la révolution, transmettent à leurs quatre filles, connues comme les « sœurs Poliakoff », une passion pour les arts. Sa mère, ancienne danseuse, et son père, aviateur engagé dans l'armée française en 1915 puis chanteur à l'opéra russe de Paris, encouragent très tôt leurs enfants vers une carrière artistique.
Marina Vlady quitte l'école à 12 ans pour se consacrer au cinéma. Petit rat de l'Opéra de Paris, elle tourne dès l'âge de 10 ans et remporte à 16 ans le prix Suzanne Bianchetti, récompensant l'actrice la plus prometteuse, pour son rôle dans « Avant le déluge » d'André Cayatte (1954).
Sa carrière est jalonnée de collaborations prestigieuses. Elle obtient le prix d'interprétation féminine à Cannes en 1963 pour « Le lit conjugal » de Marco Ferreri, incarne Lady Percy dans « Falstaff » (1965) d'Orson Welles et devient l'héroïne de Jean-Luc Godard dans « Deux ou trois choses que je sais d'elle » (1967). Elle tourne également dans des comédies populaires des années 1970, telles que « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » de Jean Yanne et « Que la fête commence » de Bertrand Tavernier.
Une vie personnelle marquée par des figures emblématiques
La vie privée de Marina Vlady est intimement liée à l'histoire culturelle du XXe siècle. Elle épouse à 17 ans le cinéaste Robert Hossein, avec qui elle a deux fils. Après leur divorce, elle se remarie avec l'aventurier Jean-Claude Brouillet, père de son troisième fils. En 1969, elle épouse à Moscou le célèbre poète et chanteur russe Vladimir Vissotsky, avec qui elle vit en URSS jusqu'à la mort de celui-ci en 1980. Elle partage ensuite la vie du cancérologue Léon Schwartzenberg.
Dans ses Mémoires « 24 images/seconde » (2005), elle écrit : « J'ai eu quatre maris, beaucoup d'amants et trois fils. J'ai vécu à côté d'eux et, donc, quand j'écris, c'est pour eux, parce qu'ils sont près de moi, avec moi. »
Un engagement citoyen constant
Au-delà de sa carrière artistique, Marina Vlady s'est illustrée par un engagement civique affirmé. Féministe convaincue, elle signe en 1971 le « manifeste des 343 salopes » en faveur du droit à l'avortement. Avec Léon Schwartzenberg, elle cofonde le DAL (Droit au logement), association de défense des mal-logés, et soutient également la cause des personnes sans-papiers et la liberté de l'euthanasie.
Son action publique témoigne d'une cohérence entre ses convictions et son art. Elle incarne notamment la poétesse Marina Tsvetaïeva dans « Le passage » (1997) et joue dans « Victoire ou la douleur des femmes », téléfilm consacré à la condition féminine. Sur les planches, elle partage avec ses sœurs l'un de ses plus grands bonheurs d'actrice en interprétant l'une des « Trois sœurs » de Tchekhov (1969).
Un héritage pour les politiques publiques
La trajectoire de Marina Vlady illustre la place des artistes dans le débat public français. Son engagement pour le droit au logement et la dignité des personnes précaires résonne avec les politiques sociales menées depuis plusieurs décennies. Le DAL, qu'elle a contribué à créer, demeure une association reconnue d'utilité publique, acteur incontournable des politiques de l'habitat.
Son parcours, de l'exil familial à la consécration artistique, incarne également la richesse de l'intégration culturelle en France. Marina Vlady laisse le souvenir d'une artiste complète, dont la vie et l'œuvre témoignent d'un engagement constant en faveur de la liberté et de la justice sociale.