Gaza: le Maroc rejoint la force internationale de stabilisation
Des officiers des Forces armées royales marocaines ont rejoint le quartier général de la Force internationale de stabilisation (ISF) dans le sud d'Israël le 18 juin, marquant la première concrétisation du déploiement annoncé en février par Rabat. Ce contingent, le premier en provenance d'un État arabe à se joindre publiquement à la device, doit contribuer à la structuration de l'ISF et apporter une expertise en matière de maintien de l'ordre.
Quelle est la portée de l'engagement marocain?
L'arrivée de ce contingent a été confirmée par le Conseil de Paix de la présidence américaine, qui a salué une étape significative dans la construction de l'effort international destiné à soutenir la population de Gaza. Un responsable du Conseil de Paix, cité sous couvert d'anonymat par l'AFP, a précisé que quatre officiers marocains sont d'ores et déjà présents au sein du dispositif, sans exclure la présence d'autres effectifs.
Cet engagement, rendu public en février dernier, positionne le Maroc comme le premier pays arabe à annoncer sa participation à la Force internationale de stabilisation, une initiative inscrite dans le cadre plus large du plan américain pour Gaza. Le royaume chérifien avait alors fait état de l'envoi de personnels policiers et militaires sur le territoire gazoui.
Où en est la mise en œuvre du plan de paix?
Le plan américain pour Gaza, approuvé par le Conseil de sécurité des Nations unies, a conduit à l'instauration d'un cessez-le-feu entré en vigueur en octobre. Sa deuxième phase, annoncée mi-janvier par Washington, prévoit un retrait progressif des forces israéliennes de Gaza, le désarmement du Hamas, classé organisation terroriste par l'Union européenne, et le déploiement effectif de l'ISF.
Dans les faits, la mise en œuvre de cette phase se heurte à des difficultés significatives. Les progrès concrets demeurent limités, et le déploiement de la force de stabilisation sur le terrain n'a pas encore été réalisé. Israël et le Hamas se reprochent mutuellement, de manière quasi quotidienne, des violations du cessez-le-feu, tandis que les négociations visant à une résolution définitive du conflit restent au point mort.
Quelle est la situation sécuritaire actuelle à Gaza?
Sur le terrain, l'armée israélienne affirme désormais contrôler au moins 60 % de la bande de Gaza, contre un peu plus de la moitié au premier jour du cessez-le-feu. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a indiqué le mois dernier avoir ordonné la prise de contrôle de 70 % du territoire.
Le Hamas, qui avait pris le contrôle de Gaza en 2007 à l'issue d'un conflit interne avec le Fatah, s'est déclaré fin février ouvert à la présence d'une force internationale, sous réserve qu'elle ne s'immisce pas dans les affaires intérieures de l'enclave. Selon le ministère de la Santé contrôlé par le Hamas, au moins 1 027 personnes seraient décédées depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, des chiffres invérifiables et qui ne distinguent pas les civils des combattants. L'armée israélienne, qui dit répondre aux violations du cessez-le-feu, déplore la perte de cinq soldats sur la même période.
Pourquoi le déploiement de l'ISF tarde-t-il à se concrétiser?
Le déploiement de la Force internationale de stabilisation constitue un enjeu central de la deuxième phase du plan américain. Sa concrétisation dépend de plusieurs facteurs interdépendants: l'avancée des négociations sur le retrait israélien, les garanties relatives au désarmement du Hamas et l'accord des parties sur le mandat précis de la force. L'arrivée des officiers marocains au quartier général de l'ISF représente un signal politique fort, mais la transition vers un déploiement opérationnel à Gaza nécessite des conditions de sécurité et des cadres juridiques qui restent à stabiliser.
Quels sont les défis de la force internationale à Gaza?
La Force internationale de stabilisation fait face à un environnement particulièrement complexe. La fragmentation des autorités de facto sur le terrain, les tensions persistantes entre les différentes factions palestiniennes et les exigences israéliennes en matière de sécurité constituent autant de paramètres que les États contributeurs devront articuler. L'expertise marocaine en matière de maintien de l'ordre pourrait constituer un atout dans la conception opérationnelle du dispositif, à condition que les conditions politiques permettent son engagement effectif.