Fièvre catarrhale ovine : l’administration face à un défi sanitaire dans les estives des Hautes-Pyrénées
Alors que la sécheresse frappe déjà durement les estives des Hautes-Pyrénées, une nouvelle souche de fièvre catarrhale ovine (FCO) se propage dans les troupeaux, soulevant des questions sur l’efficacité de la réponse publique. Huit foyers confirmés et vingt-cinq suspicions depuis début juillet appellent à une mobilisation coordonnée des services de l’État, des chambres d’agriculture et des éleveurs.
Une épidémie qui ravive les inquiétudes sanitaires
Le sérotype 3 de la FCO, apparu dans les Pyrénées-Atlantiques, gagne désormais les Hautes-Pyrénées. Selon la Chambre d’agriculture, sept foyers ovins et un foyer bovin ont été officiellement identifiés. Le Groupement de défense sanitaire 32/65 recommande une vaccination d’urgence, bien qu’aucune mesure obligatoire ne soit actuellement imposée. Cette situation rappelle les campagnes massives de vaccination contre les sérotypes 1 et 8, prises en charge par l’État il y a six ans, mais le contexte diffère aujourd’hui.
Une vaccination sous contrainte logistique et financière
Contrairement aux précédentes campagnes, le vaccin contre le sérotype 3 est à la charge des éleveurs, avec un coût estimé à 200 euros le flacon pour cinquante brebis. Au-delà de l’aspect financier, la vaccination en estive pose des défis logistiques majeurs. Bertrand Gerbet, éleveur en Val d’Azun, témoigne : « Il faut monter avec les sacs à dos, les glacières pour maintenir les doses au frais. Ici, on a mutualisé entre éleveurs pour vacciner 1 400 brebis à 2 500 mètres d’altitude. » L’absence d’aménagements pastoraux adaptés complique encore l’opération dans d’autres secteurs.
Une stratégie sanitaire questionnée
L’éleveur interroge l’anticipation des pouvoirs publics : « En début d’année, j’ai vacciné mes brebis contre les FCO 1 et 8. L’an dernier, j’avais fait la souche 3, qui n’est plus active. Là, je leur injecte un troisième vaccin en quelques mois. N’aurait-on pas pu développer un vaccin multisouche ? » Cette absence de vision globale inquiète, d’autant que les mouvements de bétail et les températures estivales favorisent la propagation du virus par les moustiques.
Des répercussions économiques et sanitaires
Christian Fourcade, président de la Chambre d’agriculture, souligne les conséquences : « La FCO peut affaiblir et même tuer des bêtes, sans compter les répercussions sur les ventes et les exportations. » Bertrand Gerbet ajoute : « Il n’y a eu aucune anticipation, aucune stratégie sanitaire globale. C’est une autre balle dans le pied du monde agricole. »
Quelles perspectives pour l’action publique ?
Face à cette crise, les services de l’État et les acteurs locaux appellent à une coordination renforcée. La vaccination d’urgence, la désinsectisation modérée et l’isolement des animaux malades sont préconisés, mais leur mise en œuvre reste tributaire des moyens disponibles. La question d’une stratégie nationale de prévention, incluant des vaccins multivalents, se pose désormais avec acuité.