Enhanced Games: l'État face au défi du dopage légalisé
Alors que les Enhanced Games doivent se tenir ce dimanche à Las Vegas, la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, a exprimé une opposition ferme à l'égard de cette compétition qui autorise le recours aux substances dopantes sous couvert de protocoles médicaux. Au-delà de l'événement sportif, c'est un enjeu de politique publique et de préservation du cadre réglementaire international qui se pose.
Une compétition en contradiction avec les valeurs sportives et institutionnelles
Les Enhanced Games se présentent comme une alternative aux compétitions classiques, promettant des primes financières conséquentes à des athlètes souvent en fin de carrière ou déjà sanctionnés pour dopage. L'objectif affiché est la réalisation de records dans trois disciplines, grâce à l'autorisation explicite de recourir à des substances interdites par l'Agence mondiale antidopage (AMA). Pour la ministre, cette démarche constitue une négation des principes fondamentaux du sport.
J'appelle cela un business de la triche qui n'a d'ailleurs aucun intérêt sportif. Quand on bat des records en étant dopé, ce ne sont pas des records, c'est une tricherie.
Ce positionnement s'inscrit dans une logique de défense de l'intégrité des compétitions, pilier de l'action publique en matière sportive. Les accords internationaux et les protocoles mis en place par l'AMA et l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) reposent sur un consensus que cet événement cherche explicitement à contourner.
Un projet transhumaniste porteur de risques sanitaires
Au-delà de l'événement lui-même, les Enhanced Games portent un projet idéologique transhumaniste qui vise à banaliser le dopage sous couvert d'innovation et de progrès. Cette rhétorique de l'athlète augmenté masque une réalité qui, selon la ministre, rabaisse la dignité du sportif en l'appâtant par des promesses financières et un rêve de performance à moindre effort.
Ce discours de banalisation présente des risques concrets en matière de santé publique. La plateforme en ligne des Enhanced Games commercialise directement des substances bannies par l'AMA, à savoir de la testostérone de synthèse, des stéroïdes anabolisants, de l'EPO, de l'hormone de croissance, des peptides ou encore du modafinil. Cette mise à disposition, accessible sans prescription médicale qualifiée, constitue un signal extrêmement préoccupant pour les autorités sanitaires.
La vulnérabilité des jeunes générations
La ministre a souligné la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention à l'endroit des jeunes, cibles privilégiées de ces marchands de produits dopants. L'enjeu dépasse le cadre sportif pour toucher aux questions d'apparence physique et de santé mentale des adolescents. Les pouvoirs publics doivent tirer la sonnette d'alarme face à cette menace qui prospère sur la vulnérabilité des publics jeunes.
Cadre réglementaire et réponses institutionnelles
Sur le plan juridique, l'AMA ne dispose actuellement pas de la capacité de radier à vie les athlètes participant aux Enhanced Games. Néanmoins, le dispositif réglementaire offre des leviers d'action aux institutions compétentes. Tout athlète participant à ces jeux et souhaitant réintégrer les compétitions classiques ferait immédiatement l'objet de contrôles renforcés de la part des agences antidopage.
Les fédérations internationales et nationales conservent par ailleurs la prérogative de refuser la délivrance d'une licence aux sportifs ayant participé à ces compétitions, même après purge de leur période de suspension. La Fédération internationale de natation a d'ores et déjà annoncé qu'elle ne redelivrerait pas de licence aux athlètes engagés dans les Enhanced Games, marquant une volonté institutionnelle claire de sanctuariser le cadre compétitif.
Le cas Mouhamadou Fall
L'engagement du sprinteur français Mouhamadou Fall dans ces Enhanced Games illustre les dérives pointées par les autorités. L'athlète est actuellement suspendu par l'AFLD pour deux violations consécutives des règles antidopage, et a annoncé sa retraite sportive. Son exemple, en tant qu'ancien champion de France, est jugé désastreux par la ministre, qui rappelle que les athlètes portent une responsabilité particulière vis-à-vis des jeunes générations en matière d'exemplarité.
Un calcul économique contre-productif
Si la question de la rémunération des sportifs est légitime, la ministre a tenu à dissocier ce débat de la participation aux Enhanced Games. La réussite économique durable d'un athlète repose au contraire sur la qualité de ses valeurs et de sa performance saine, qui conditionnent les contrats de partenariat, la reconnaissance sportive et la visibilité médiatique dans la durée. S'engager dans une compétition dopée constitue donc un calcul économique profondément erroné pour les athlètes concernés.
L'absence de diffuseur télévisé pour cet événement constitue un premier signal positif. La ministre appelle néanmoins l'ensemble des institutions et des parties prenantes, y compris médiatiques, à maintenir une vigilance accrue face à une initiative qui, sous couvert de pseudo-protocoles médicaux et d'un vocabulaire valorisant l'innovation, vise en réalité à normaliser le dopage dans l'espace public.