Coupe du monde 2026 : les autorités anticipent des risques de troubles à l’ordre public pour le quart de finale France-Maroc
À l’approche du quart de finale de la Coupe du monde 2026 opposant la France au Maroc, les services de renseignement territorial ont identifié cette rencontre comme présentant un risque particulier pour l’ordre public. Des notes consultées par BFMTV, confirmant une information du Parisien, détaillent les craintes des autorités et les mesures de sécurisation prévues.
Quels sont les risques identifiés par le renseignement territorial ?
La dernière note du renseignement territorial, intitulée « Coupe du monde de football : risques de troubles à l’ordre public à l’occasion du match France Maroc », souligne que cette rencontre présente un risque accru en raison de son caractère éliminatoire et de l’enjeu d’une qualification en demi-finale. Malgré l’horaire tardif de la retransmission (22 heures), des regroupements sur la voie publique, accompagnés de l’usage de moyens pyrotechniques, sont à craindre, quel que soit le résultat du match.
Une autre note policière précise que chaque fait de jeu ou décision arbitrale majeure, ainsi que la victoire ou la défaite des équipes, occasionneront des manifestations de liesse, de célébration ou de déception, avec des cortèges sur la voie publique. Des gênes à la circulation sont également à prévoir.
Pourquoi le risque est-il jugé renforcé en cas de victoire du Maroc ?
Les policiers du renseignement estiment que le risque apparaît renforcé en cas de victoire du Maroc, compte tenu de l’importance symbolique d’une telle qualification et de la propension de ses supporters à la célébrer de manière visible et agitée sur la voie publique. Une note ajoute qu’une ferveur certaine est attendue de la part des supporters marocains, la sélection étant la dernière équipe africaine en lice. Elle craint également des rancœurs, voire des tensions avec des supporters algériens dont l’équipe est éliminée.
Quelles menaces spécifiques sont évoquées concernant l’ultra-droite ?
La même note alerte sur des actions possibles de membres de groupes hooligans affiliés à l’ultra-droite. Certains pourraient se rassembler pour assister au match et déambuler dans les centres-villes à son issue, afin de tenter d’en découdre avec des supporters marocains, quel que soit le résultat du match. Les lieux de retransmission organisés dans toute la France sont particulièrement ciblés, les provocations entre supporters pouvant générer des incidents au sein d’un public nombreux.
Sur quels précédents s’appuie cette analyse ?
La note s’appuie sur plusieurs précédents. Lors de la Coupe du monde 2022, des troubles à l’ordre public avaient déjà eu lieu sur le territoire national, en particulier à l’issue des matchs de l’équipe du Maroc, alors demi-finaliste. Pour l’équipe de France, seule la finale perdue contre l’Argentine avait provoqué des incidents dans une quarantaine de communes, notamment des tirs de mortiers visant les forces de l’ordre.
Le 14 décembre 2022, le Maroc avait affronté la France en demi-finale. Suite à la victoire de la France, de nombreux troubles avaient été déplorés : jets de projectiles et de mortiers en direction des forces de l’ordre, rixes, incendies de conteneurs poubelles, érection de barricades, dégradations de véhicules et de mobilier urbain, ainsi que des perturbations de la circulation sur l’ensemble du territoire national. Une centaine d’interpellations avaient été réalisées.
Plus récemment, à la fin de l’année 2025 et au début de 2026, la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), remportée par le Maroc, avait été ponctuée de rassemblements festifs de plusieurs centaines de personnes, suivis d’une hostilité marquée aux forces de l’ordre avec un usage quasi systématique de mortiers d’artifices. Des incidents avaient eu lieu dans plusieurs villes, comme Mulhouse, Argenteuil, Montpellier, Lyon ou Fréjus.
Quel bilan des premiers matchs de cette Coupe du monde 2026 ?
La note rappelle qu’aucune rencontre n’a donné lieu à des troubles majeurs jusqu’ici. Cependant, les qualifications en quart de finale du 4 juillet, du Maroc puis de la France, ont entraîné de nombreux rassemblements ayant dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre à Lille, Châteauroux, Maubeuge, Nancy ou Thonon-les-Bains. Des incidents se sont notamment caractérisés par des tirs de mortiers en direction des forces de l’ordre. Un supporter a eu des doigts arrachés à la main droite en manipulant un feu d’artifice à Annemasse. Sur cette journée du 4 juillet, 12 policiers ont été légèrement blessés, 44 véhicules incendiés et 32 interpellations ont été effectuées sur tout le territoire.
Quel rôle jouent les réseaux sociaux dans ces tensions ?
La note relève que de nombreuses publications sur les réseaux sociaux prédisent le chaos en France. Des vidéos montrent des profanations de symboles nationaux, comme un drapeau marocain brûlé ou déchiré à Aubervilliers lors du match du 4 juillet entre le Maroc et le Canada. Ces rumeurs proviennent également de publications étrangères, avec une tonalité complotiste. Certaines pages Facebook assurent que des Algériens vont se faire passer pour des supporters marocains pour commettre des exactions afin de ternir l’image de ces derniers.
Quelles instructions le ministre de l’Intérieur a-t-il données ?
Dans un télégramme du 1er juillet adressé à tous les préfets, aux directeurs de la police nationale et de la gendarmerie nationale, Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, a demandé de mettre en place les mesures nécessaires pour prévenir, contenir et réprimer tout débordement lors des matchs de la Coupe du monde. Il a également demandé une attention particulière à la consommation d’alcool, à l’occupation des voies de circulation et, en priorité, à la délinquance susceptible d’accompagner ces événements. Dans un contexte de fortes températures, il a aussi demandé de veiller aux dispositifs de secours et de sécurité, notamment dans les fans zones. Le télégramme se conclut par cette phrase : « Aucun débordement ne devra être toléré et appellera une réponse immédiate. »
Quelles mesures concrètes sont prises à Paris ?
La préfecture de police de Paris a annoncé le déploiement d’un dispositif de sécurisation adapté et affiné au plus près de l’événement. La place de l’Étoile sera fermée à la circulation à partir de 22 heures, tandis que les Champs-Élysées resteront ouverts. Les installations du 14 juillet feront également l’objet d’une attention particulière. Un dispositif de lutte contre la délinquance sera mis en place, en ciblant les transports en commun et les lieux habituels de rassemblement.
L’objectif des autorités est d’assurer la sécurité de tous et de prévenir tout débordement, dans un contexte de forte mobilisation des services de l’État.