L'expertise asiatique au cœur de la montée en puissance de l'industrie française des batteries électriques
L'implantation d'usines de batteries pour véhicules électriques sur le territoire français s'accompagne d'un transfert de compétences technologiques sans précédent. Cette stratégie industrielle, portée par les pouvoirs publics dans le cadre de la souveraineté énergétique européenne, illustre les défis de la réindustrialisation face à la domination asiatique du secteur.
Un écosystème industriel en structuration dans les Hauts-de-France
La région des Hauts-de-France s'impose comme un pôle d'excellence pour l'industrie des batteries électriques. L'usine AESC, implantée près de Douai et détenue majoritairement par le groupe chinois Envision, mobilise 150 experts chinois et japonais pour encadrer 800 salariés locaux. Cette approche de transfert technologique s'inscrit dans une démarche de montée en compétences progressive du personnel français.
Parallèlement, l'entreprise ACC (Automotive Cell Company), fruit de la collaboration entre Stellantis et TotalEnergies, poursuit sa montée en cadence dans le nord de la France. Ces initiatives s'inscrivent dans la stratégie européenne de réduction de la dépendance aux fournisseurs asiatiques, notamment CATL et BYD qui contrôlent plus de la moitié du marché mondial.
Un modèle de formation industrielle adapté aux enjeux technologiques
Le directeur des opérations d'AESC France, Ayumi Kurose, souligne l'expertise pointue des spécialistes asiatiques dans les domaines du contrôle par vision industrielle et des techniques de soudure avancées. Cette mission de formation, limitée dans le temps entre six mois et deux ans, vise à autonomiser progressivement les équipes françaises.
Cette approche pragmatique répond aux défis de reconversion professionnelle, comme l'illustre le parcours d'Ericka Redjimi, ancienne vendeuse reconvertie dans la production de batteries. Les difficultés linguistiques, nécessitant parfois le recours à des outils de traduction, témoignent des ajustements nécessaires à cette coopération industrielle.
Des perspectives de production ambitieuses pour 2026
Les objectifs de production témoignent de l'ampleur des ambitions industrielles. AESC projette d'équiper entre 150 000 et 200 000 véhicules électriques dès la fin du premier trimestre 2026, notamment les modèles Renault 5, R4 et la nouvelle Nissan Micra. Cette montée en puissance s'accompagne d'une amélioration continue des processus, comme le confirme Yann Vincent, directeur général d'ACC, qui observe une multiplication par trente de la production quotidienne depuis le début de l'année.
Cette dynamique industrielle s'inscrit dans la stratégie gouvernementale de souveraineté technologique, tout en soulevant des questions géostratégiques, notamment concernant les projets d'implantation de CATL en Espagne avec plusieurs milliers d'employés chinois.