Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, s'est imposé comme une figure centrale de la mobilisation lycéenne qui agite la région parisienne depuis fin septembre. Son rôle de médiateur entre les jeunes et les forces de l'ordre, largement relayé sur les réseaux sociaux, a dépassé les frontières nationales.
Une mobilisation née en banlieue parisienne
Le mouvement de contestation lycéenne a émergé le 21 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil, dans le Val-de-Marne, avant de s'étendre à une grande partie de la banlieue parisienne, notamment en Seine-Saint-Denis. Les élus de La France insoumise, députés et maires, ont rapidement rejoint les rangs des lycéens sur les blocus, comme Clémence Guetté et Louis Boyard.
Une position de médiateur assumée
Le 24 septembre, après l'interpellation de plusieurs jeunes devant le lycée Bartholdi de Saint-Denis, Bally Bagayoko a pris la parole pour la première fois sur la mobilisation. Il a dénoncé l'usage de lanceurs de balles de défense (LBD) par la police municipale, déclarant : « Je ne me satisfais pas de voir que des jeunes sont mis en garde à vue pour leurs revendications. »
L'édile se rend ensuite régulièrement sur les blocus, se défendant de toute instrumentalisation politique. « Ce sont des jeunes qui sont parfaitement conscientisés, ils n'ont pas besoin d'être instrumentalisés », a-t-il affirmé. Il assume un rôle de médiateur, s'interposant entre les manifestants et les forces de l'ordre, éteignant des objets enflammés et dialoguant avec les deux parties pour apaiser les tensions.
Des images virales à l'international
Le 6 octobre, lors de l'« Acte III » de la mobilisation, une vidéo montre le maire s'interposant entre les manifestants et les CRS, criant : « Arrêtez, reculez, vous arrêtez ! » La scène, comparée par certains internautes à une séquence du film Spiderman 2, est reprise par le compte Pop Base, suivi par près de 7,5 millions d'abonnés, puis par des médias internationaux comme TMZ, la BBC et The Guardian.
Des attaques et une saisine de la justice
Ce rôle de médiateur vaut à Bally Bagayoko des critiques de la part de comptes de droite et d'extrême droite sur les réseaux sociaux, l'accusant de participer aux dégradations. Le préfet de police Patrice Faure a saisi la justice pour « provocation à commettre un délit », s'appuyant sur des images du maire « filmé, hilare, dansant à proximité d'une poubelle en feu ». Des images tronquées, selon Libération et L'Humanité.
« On voudrait faire croire que j'appelle à la violence. Il n'en est rien », assure l'élu, qui se dit prêt à répondre aux sollicitations de la justice. Il a également été rappelé à l'ordre après des propos tenus sur BFM, estimant que « la violence à un moment donné, peut être légitime », avant de nuancer : « Mais chaque fois qu'on peut l'éviter, c'est mieux. »
Le soutien inattendu de Victor Wembanyama
Le maire de Saint-Denis a reçu un soutien de taille : celui du basketteur français Victor Wembanyama. Bally Bagayoko avait salué la prise de position du sportif lors d'une conférence de presse aux États-Unis : « Merci Victor Wembanyama. Artistes, sportifs, influenceurs : votre visibilité est une responsabilité. La jeunesse se lève, donnez-lui de l'écho ! »
Le joueur a répondu sur les réseaux sociaux : « De rien Bally t'es un bon wlh » (sic), alimentant un peu plus la ferveur autour de l'élu de Saint-Denis, tant en ligne qu'à l'international.
Quel rôle pour les élus locaux dans les mobilisations ?
Cette séquence interroge sur la place des élus locaux dans les mouvements de contestation. Entre soutien aux revendications, médiation avec les forces de l'ordre et risque de récupération politique, la ligne est parfois ténue. L'expérience de Bally Bagayoko illustre la complexité de ces situations, où l'action publique locale se trouve confrontée à des enjeux nationaux.
