Vacances organisées par l'IA : entre promesses et risques, l'administration face à un nouveau défi
Près de 27% des Français envisagent désormais de confier l'organisation de leurs congés estivaux à une intelligence artificielle. Cette pratique émergente, qui séduit particulièrement les moins de 35 ans, soulève des questions nouvelles pour les politiques publiques, entre enjeux de protection des consommateurs, de fiabilité des informations et de sécurité des voyageurs.
Une adoption croissante des outils d'intelligence artificielle pour préparer les vacances
Selon un baromètre Kantar mesurant l'adoption de l'IA dans les foyers français, près de 27% des Français envisagent de recourir à ces outils pour organiser leurs congés. Ce chiffre atteint 30% pour les moins de 35 ans. Les assistants conversationnels se substituent progressivement aux guides papier et aux recherches en ligne traditionnelles.
Les utilisateurs interrogés soulignent un gain de temps significatif. Thomas, consultant parisien de 34 ans, explique ainsi : « Avant, je cherchais pendant trois heures sur Google. Maintenant, je commence par lui demander de me dégrossir le terrain. » L'outil compare les quartiers, organise les visites et estime les temps de trajet.
L'adaptation des professionnels du tourisme à la recommandation algorithmique
Cette évolution des pratiques touristiques conduit les acteurs économiques du secteur à adapter leur stratégie de référencement. Les établissements hôteliers cherchent désormais à fournir aux systèmes d'IA suffisamment d'informations pour être recommandés lors des requêtes des utilisateurs.
Olivier Cohn, directeur général de Best Western, indique que son groupe nourrit les IA avec une multitude de données : « Plus on fournit de contenu, plus on dit qu'on est à proximité, par exemple, d'un monument, plus c'est quelque chose qui va pouvoir être utilisé, qui va pouvoir faire remonter les établissements. »
Les limites des systèmes : des erreurs aux conséquences potentiellement graves
L'utilisation de ces outils comporte toutefois des risques significatifs. Le phénomène dit d'« hallucination », par lequel l'IA produit des réponses cohérentes mais non conformes à la réalité, peut entraîner des conséquences allant de la simple déconvenue à des préjudices financiers ou sécuritaires.
Une étude de l'agence britannique SEO Travel a ainsi démontré que 90% des itinéraires générés par ChatGPT comportaient au moins une erreur. Dans 24% des cas, l'IA recommandait un établissement définitivement fermé.
Des cas concrets d'erreurs préjudiciables
Plusieurs exemples illustrent ces défaillances. Une voyageuse se rendant en Italie s'est vu recommander un restaurant qui n'existait pas, l'IA ayant inventé l'établissement et ses avis. Dans un autre cas, une influenceuse a perdu 700 euros après qu'une IA lui a assuré qu'aucun visa n'était nécessaire pour se rendre aux îles Fidji, information erronée pour un passeport marocain.
Le cas le plus préoccupant concerne des randonneurs au Pérou qui s'apprêtaient à suivre un itinéraire vers un lieu inexistant, le « Canyon Sacré d'Humantay », créé de toutes pièces par l'IA en combinant deux sites distincts. Miguel Angel Gongora Meza, directeur d'une agence de voyages locale, a souligné que cette erreur aurait pu coûter la vie aux deux touristes.
La réponse des pouvoirs publics : l'exemple du parc national des Cévennes
Face à ces risques, certaines institutions ont déjà pris des mesures. Le parc national des Cévennes a publié en mars un communiqué mettant en garde contre les itinéraires générés par IA, après avoir constaté l'arrivée de visiteurs munis de parcours présentant des distances irréalistes et des dénivelés sous-estimés.
« Une intelligence artificielle ne marche pas sur les sentiers. Préparer une randonnée, ce n'est pas seulement tracer une ligne sur une carte. C'est adapter un itinéraire à une météo, à un niveau physique (...) et, pour cela, rien ne remplace l'humain. »
Adrien Majourel, responsable de la communication du parc, confirme : « Ça a commencé l'été dernier. On constate qu'il y a de plus en plus de gens qui viennent pour faire valider un itinéraire IA. »
Quelles perspectives pour l'action publique ?
Le développement de ces outils interroge les pouvoirs publics sur plusieurs plans. La question de l'information des consommateurs sur les limites des systèmes d'IA apparaît centrale, tout comme celle de la responsabilité en cas de préjudice. Les plateformes de réservation développent d'ailleurs leurs propres assistants, comme Booking.com avec son AI Trip Planner lancé en 2023, ou Expedia avec Romie en 2024, s'appuyant sur des données vérifiées.
En attendant une éventuelle régulation, les utilisateurs adoptent leurs propres stratégies de prudence. Camille, 24 ans, demande systématiquement à son IA de citer ses sources et de distinguer les informations certaines des suppositions : « Je lui écris littéralement : si tu n'es pas sûr, dis-le-moi et ne complète pas. »
Cette situation invite à une réflexion plus large sur l'encadrement de ces technologies émergentes et sur la nécessaire éducation des citoyens à leurs usages, dans un contexte où l'innovation doit s'accompagner de garanties pour les consommateurs.