L'Observatoire du football du CIES a publié, selon Maxifoot, son étude comparant la valorisation des joueurs recrutés depuis 2022 par les clubs de football. Les écarts sont considérables : l'Eintracht Francfort affiche 527 millions d'euros de plus-value, tandis que Manchester United enregistre une dépréciation de 405 millions d'euros, pire bilan d'Europe.
L'étude, rapportée le 14 octobre 2026 par Maxifoot, agrège deux indicateurs : les plus-values effectivement réalisées sur les joueurs revendus et la valeur estimée des recrues encore détenues par les clubs. Elle mesure ainsi la performance économique des opérations de transfert, indépendamment des résultats sportifs obtenus sur le terrain.
Une lecture économique du marché des transferts
Le football européen a fait du mercato un instrument de gestion patrimoniale à part entière. Les clubs investissent des montants considérables dans l'acquisition de joueurs, dont la valeur marchande évolue en fonction de la performance, de l'âge et du contrat. Cette dynamique rappelle, à une autre échelle, les débats sur la maîtrise des finances publiques, comme ceux qui entourent les négociations sur le budget 2027 : la capacité à valoriser un investissement conditionne la soutenabilité d'un modèle.
Le classement du CIES met en évidence une disparité profonde entre les institutions sportives. Certaines ont construit une politique de recrutement cohérente, d'autres ont accumulé les opérations déficitaires sans parvenir à stabiliser leur actif.
Manchester United, une dépréciation de 405 millions d'euros
Le club anglais présente le pire bilan du continent. Selon les chiffres relayés par Maxifoot, les Red Devils accusent un déficit de 186 millions d'euros sur les recrues déjà revendues, auquel s'ajoutent 219 millions d'euros de pertes potentielles sur les joueurs conservés. Ce résultat intervient alors que le volume de transferts du club atteint 1,319 milliard d'euros depuis 2022.
À l'échelle mondiale, seul Al Hilal fait pire, avec un déficit total de 502 millions d'euros, dont 315 millions sur les joueurs cédés. Le club saoudien atteint ce bilan avec un volume de transferts inférieur à celui de Manchester United, soit 880 millions d'euros, ce qui aggrave la lecture de son inefficacité économique.
Les difficultés ne se limitent pas à ces deux formations. Al Nassr affiche une dépréciation de 229 millions d'euros et Tottenham de 188 millions. Le cas des Spurs est particulièrement instructif : pour un volume de transferts de 1,632 milliard d'euros, le club londonien ne comptabilise que 46 millions d'euros de bénéfices sur ses recrues revendues, contre 234 millions d'euros de dépréciation estimée sur celles encore sous contrat. West Ham (82 millions de pertes) et Leicester (88 millions) complètent le tableau anglais, tandis que quatre des cinq dernières places du classement mondial sont occupées par des clubs saoudiens.
Francfort et le Real Madrid, deux modèles de valorisation
À l'opposé, l'Eintracht Francfort domine le classement mondial avec 527 millions d'euros de valorisation. Cette performance repose sur 293 millions d'euros de bénéfices réalisés à la revente et 234 millions d'euros de valorisation estimée des recrues conservées. Le modèle allemand illustre une gestion active du portefeuille de joueurs : acheter, développer, revendre au moment opportun.
Le Real Madrid suit à un million d'euros près, avec 526 millions d'euros de valorisation, mais selon une logique différente. Le club madrilène ne comptabilise que 27 millions d'euros de plus-values réalisées, contre 499 millions d'euros de gains potentiels sur son effectif. Cette valorisation repose notamment sur Kylian Mbappé, arrivé sans indemnité de transfert et désormais estimé à plus de 150 millions d'euros, ainsi que sur Arda Güler, recruté pour 30 millions d'euros et évalué à 120 millions.
Le Paris Saint-Germain complète le podium, devant Benfica et Manchester City. En France, le bilan est contraste : Nice affiche 60 millions d'euros de pertes et Rennes 21 millions, tandis que Lorient présente une valorisation positive de 6 millions d'euros.
Quelles limites pour cette méthodologie ?
L'étude du CIES comporte une nuance méthodologique que Maxifoot souligne à juste titre : les chiffres intègrent des gains potentiels, correspondant à des estimations de valeur et non à des transactions effectives. La valorisation d'un joueur conservé peut évoluer, à la hausse comme à la baisse, selon sa forme, son âge et le marché.
Par ailleurs, la rentabilité économique d'un recrutement ne préjuge pas de sa réussite sportive. Un transfert coûteux peut se révéler déficitaire à la revente tout en contribuant à des conquêtes de titres, qui génèrent des revenus par d'autres canaux : droits télévisés, billetterie, revenus commerciaux.
Le marché des transferts reste, selon les données publiées par Foot Mercato, un objet d'analyse suivi en continu par les observateurs du football, avec deux fenêtres annuelles d'environ quatre mois, comme le rappelle Les Transferts. Cette continuité fait du mercato un sujet de gouvernance permanant pour les directions sportives.
Questions fréquentes
Quel club domine le classement du CIES ?
L'Eintracht Francfort occupe la première place mondiale avec 527 millions d'euros de valorisation sur ses recrues depuis 2022, devant le Real Madrid (526 millions) et le Paris Saint-Germain.
Quel club affiche le pire bilan européen ?
Manchester United présente la plus forte dépréciation d'Europe, à 405 millions d'euros, pour un volume de transferts de 1,319 milliard d'euros depuis 2022. Seul Al Hilal fait pire à l'échelle mondiale, avec 502 millions d'euros de pertes.
Comment le CIES calcule-t-il la valorisation des recrues ?
L'étude additionne les plus-values réalisées sur les joueurs revendus et la valeur estimée des recrues encore détenues par les clubs depuis 2022. Les gains sur joueurs conservés demeurent des estimations potentielles.
La rentabilité d'un transfert garantit-elle la réussite sportive ?
Non. Les chiffres mesurent la performance économique des opérations, indépendamment des titres remportés. Un recrutement déficitaire peut accompagner des succès sportifs, et inversement.
