L'École de danse de l'Opéra de Paris, modèle d'excellence publique
Un patrimoine immatériel porté par la transmission orale
L'École de danse de l'Opéra de Paris constitue un pilier de l'action culturelle publique française. Héritière de l'Académie royale fondée sous Louis XIV, cette institution triséculaire perpétue un art classique reconnu mondialement, tout en s'adaptant aux enjeux contemporains d'attractivité internationale.
Installée depuis 1987 dans les locaux de Nanterre conçus par l'architecte Christian de Portzamparc, l'institution accueille 144 élèves répartis en six divisions filles et six divisions garçons. Ces jeunes, âgés de 9 à 18 ans, sont issus d'une sélection d'entrée particulièrement exigeante. Au-delà de sa mission éducative, l'École assure une mission patrimoniale essentielle. Il s'agit de conserver le style français, hérité de la danse de cour et du romantisme, dont le vocabulaire technique demeure francophone.
Ce savoir-faire se distingue par son mode de transmission, principalement fondé sur l'oralité. Comme le souligne Elisabeth Platel, directrice de l'établissement depuis 2004, les écrits théoriques sont peu nombreux face à l'importance des archives vidéo. Le cursus s'incarne dans le corps des interprètes et se transmet de maître à élève.
Notre cursus, il est en nous. On le transpire! C'est une base très solide.
Perpétuation et modernisation de la technique française
Les enseignants se considèrent comme des passeurs d'un héritage technique défini par la rapidité des pas, la virtuosité et la précision des mouvements. Stéphane Bullion, professeur et répétiteur, et Carole Arbo, enseignante en première division, s'inscrivent dans cette continuité. Cette dernière indique d'ailleurs transmettre à 90 % les acquis de ses propres maîtres.
Néanmoins, cette tradition n'exclut pas la modernisation. Elisabeth Platel veille à faire évoluer le cursus en fonction des besoins du Ballet de l'Opéra et de l'évolution sociétale. Afin de renforcer la technique masculine, les apprentissages ont été réajustés, par exemple en avançant l'enseignement des tours en l'air. Par ailleurs, le curriculum intègre des disciplines complémentaires telles que la danse de caractère, le jazz ou le mime.
Attractivité internationale et rayonnement culturel
Cette exigence institutionnelle positionne l'École comme un établissement d'excellence très convoité à l'international. La part d'élèves étrangers ne cesse de croître, passant de 20 sur 153 en 2018 à 47 cette année, soit un tiers de l'effectif. Ces jeunes proviennent de vingt pays différents, de la Malaisie aux États-Unis, en passant par le Brésil et le Japon. Pour ces danseurs, souvent formés à d'autres méthodes comme la technique Vaganova, l'adaptation au style français s'impose comme une nécessité pour accéder à cette excellence reconnue.
Si l'intégration au corps de Ballet de l'Opéra de Paris reste l'objectif final pour de nombreux élèves, la formation dispensée offre des débouchés vers les plus grandes compagnies internationales. L'an dernier, sur 23 élèves de dernière division, sept ont été engagés dans la compagnie, validant ainsi l'efficacité du modèle public de formation artistique.