L'Allemagne devient la quatrième puissance militaire mondiale : enjeux de gouvernance des dépenses de défense
L'Allemagne s'impose désormais comme la quatrième puissance mondiale en matière de dépenses militaires avec 107 milliards de dollars, selon l'Institut international d'études stratégiques (IISS). Cette progression spectaculaire, qui place Berlin devant la France (70 milliards de dollars, huitième position), soulève des questions importantes sur la gouvernance des marchés publics de défense.
Une supervision renforcée des procédures d'acquisition
Le chancelier Friedrich Merz et son ministre des Finances Lars Klingbeil ont initié une démarche de supervision accrue des procédures d'achat du ministère de la Défense. Cette initiative vise à garantir une répartition équitable des investissements publics et à éviter une concentration excessive des contrats au profit des grands groupes industriels.
L'objectif gouvernemental consiste à diversifier les bénéficiaires des fonds alloués à la défense, en intégrant davantage les entreprises innovantes et les divisions de recherche et développement, particulièrement dans les secteurs stratégiques des drones, de l'intelligence artificielle et des technologies quantiques.
Rheinmetall, acteur dominant du secteur
Le conglomérat Rheinmetall illustre parfaitement cette dynamique de croissance. L'entreprise anticipe une progression de son chiffre d'affaires comprise entre 30 et 35% pour 2025, partant d'une base de 7,7 milliards d'euros en 2024. Sa marge opérationnelle devrait atteindre 18,5% à 19%, contre une moyenne de 5% entre 2011 et 2020.
Dans le classement mondial des entreprises de défense, Rheinmetall occupe désormais la 20ème position selon le SIPRI et la 18ème selon Defense News, progressant significativement ces dernières années.
Modernisation des procédures et transparence
Le gouvernement allemand a adopté une législation permettant certains types d'acquisitions sans recours aux appels d'offres traditionnels. Cette mesure, destinée à accélérer les procédures, fait l'objet d'un examen attentif de la part des instances parlementaires, notamment la Commission budgétaire.
Les autorités s'interrogent également sur la nature des équipements acquis, certains contrats concernant des matériels étrangers (F-35 américains, hélicoptères CH-47 Chinook) dont les retombées économiques nationales restent limitées.
Position internationale de l'Allemagne
Sur la période 2020-2024, l'Allemagne se positionne comme le cinquième exportateur mondial d'armement avec 5,6% des parts de marché, derrière les États-Unis (43%), la France (9,6%), la Russie (7,8%) et la Chine (5,9%). Ses principaux clients sont l'Ukraine et l'Égypte (19% chacun), suivis d'Israël (11%).
Cette évolution s'inscrit dans la stratégie gouvernementale visant à faire de l'armée allemande "la plus puissante d'Europe" sur le plan conventionnel, nécessitant une approche équilibrée entre efficacité opérationnelle et optimisation des retombées économiques nationales.